Cinéma
Wall Street 2, l'argent ne dort jamais : Gordon Gekko is back ! (ou presque)
Publié le 1 octobre 2010 à 14:20
Ce "Wall Street 2" est rythmé, documenté, complexe, confirme que Michael Douglas a toujours la classe et que Shia LaBeouf a des armes à défendre. Ca ne nous empêchera pas de préférer le premier.

Ressortez vos manuels d’économie ! Vingt-trois ans après avoir signé son premier Wall Street, le professeur Oliver Stone a décidé de nous plonger une nouvelle fois dans ce monde un peu fou qu’est celui de la bourse, de la spéculation, des investissements et des transactions qui se chiffrent en plusieurs centaines de millions de dollars. Un pari forcément risqué puisque le premier volet avait fortement marqué les esprits dans les années 1980, valu un Oscar à son acteur et fait naître une nouvelle génération de traders.

Ce Wall Street version 2010 n’est pas aussi corrosif que son aîné, on se perd parfois dans les limbes d’une intrigue financière explicative et complexe, mais Oliver Stone n’a pas perdu son sens de la mise en scène et notre plaisir coupable de retrouver Michael Douglas dans le complet de Gordon Gekko l’emporte sur le reste. Une suite qui n’est ni ratée, ni indispensable. Mais on prend quand même.



Huit ans de prison, ça vous change un homme. Mais Gordon Gekko est-il vraiment un homme comme les autres ? Après un passage derrière les barreaux suite à ses frasques dont on avait suivi l’évolution il y a vingt ans, le cynique et manipulateur Gekko est de retour. Mais il n’a plus ni argent, ni famille. Sa fille refuse de lui pardonner et c’est par son gendre que va peut-être venir la délivrance… Digne successeur de Charlie Sheen dans la peau d’un jeune loup ambitieux, le fameux gendre Shia LaBeouf se révèle l’excellente surprise de ce deuxième opus. A des années lumières de son rôle insipide dans la franchise Transformers, l’acteur étonne par son charisme et rend crédible son rôle de trader et petit génie débarqué dans le grand bain de la finance. Ses face-à-face avec le toujours impeccable Michael Douglas sont les points forts du film.

Le reste du cast (Franck Langella, Josh Brolin, Eli Wallach) remplit parfaitement sa mission et c’est malheureusement le personnage principal féminin de son film qu’Oliver Stone massacre. La charmante Carey Mulligan a beau avoir fait ses preuves par le passé, elle ne parvient jamais à nous rendre attachante Winnie, la fille de Gekko. Son personnage ne reste finalement qu’un prétexte tout au long du film et ses retrouvailles avec son paternel, légende vivante à Wall Street, sonnent faux à chaque fois. Un constat qui nous rappelle qu’Oliver Stone a toujours été plus à l’aise dans les univers virils et masculins (Platoon, pour ne citer que lui). Une chose est sûre, Stone n’est pas Almodovar…



En cinéaste averti, rigoureux et consciencieux, Oliver Stone a bien travaillé son sujet et ça se voit à l’écran. Son Wall Street 2 est très documenté (voire trop), mais il dépeint assez bien le monde contemporain de la finance qui nourrit sa propre caricature avec son avidité toujours plus exacerbée. Si la première partie du film se perd en bavardages, à l’instar du premier volet, certaines répliques resteront certainement dans les mémoires (« L’avidité, c’est bien. Et maintenant, c’est légal » ou encore « Arrêtez de dire des mensonges sur moi, et je cesserai de dire la vérité sur vous »). Rythmé par une mise en scène nerveuse et une bande-son efficace (mais un peu paresseuse, puisqu’on notera que le compositeur Craig Armstrong n’hésite pas à repiquer des musiques de ses anciens films comme Guns 1748), ce Wall Street se révèle à l’image de sa génération : vif, trépidant, instable et passionné.

Avec ce retour dans le monde du Dollar-Tout-Puissant, le réalisateur américain ne mettra pas tout le monde d’accord. Les cinéphiles férus du Gordon Gekko d’antan regretteront de ne pas retrouver (ou que trop tardivement) toutes les facettes de celui qu’ils vénéraient avant. Gekko a vieilli, son cynisme est peut-être moins mordant et il verse quelquefois dans un humanisme qui lui était totalement étranger quand il était au sommet. Mais c’est toujours comme ça les retrouvailles. Ca rend nostalgique. Oliver Stone le sait. On ne lui reprochera pas de nous avoir fait ressortir nos manuels scolaires d’économie. Et ceux qui le lui reprocheront pourront toujours se repasser le DVD du premier volet...

Par puremedias |
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