C'est le nouveau carton de Netflix. Sorti le 9 octobre dernier, "Animals" s'est rapidement hissé à la première place du classement des films les plus regardés de la plateforme dans 82 pays, dont la France, les États-Unis et le Japon, selon le site spécialisé FlixPatrol. Un succès qui aurait pourtant bien pu ne jamais voir le jour.
Réalisé par Ben Affleck, qui partage l'affiche avec Kerry Washington ("Scandal"), Gillian Anderson ("Sex Education") et Steven Yeun ("The Walking Dead"), ce thriller suit Mark Kimball, un candidat à la mairie de Los Angeles dont le fils est kidnappé. Prêts à tout pour réunir l'argent de la rançon, Mark et son épouse vont progressivement révéler de sombres secrets. Mais derrière ce scénario haletant se cache une histoire de production pour le moins mouvementée, comme l'a récemment raconté Ben Affleck à "Entertainment Weekly".
Tout commence en 2024. Alors que le tournage d'"Animals" doit débuter dans deux semaines, Ben Affleck apprend que Spike Lee prépare lui aussi un thriller sur un enlèvement, avec Denzel Washington en tête d'affiche. Il s'agit de "Highest 2 Lowest", adaptation du classique japonais "Entre le ciel et l'enfer" (1963) d'Akira Kurosawa. Problème : les deux histoires présentent d'importantes similitudes, notamment autour d'un kidnapping et d'un dilemme moral lié au paiement d'une rançon. "Oh merde", se souvient avoir pensé Ben Affleck, qui assure pourtant ne jamais avoir vu le film de Kurosawa. "Ça m'a fait peur", reconnaît-il.
Craignant que son long-métrage soit perçu comme une copie ou une version concurrente, le réalisateur prend une décision radicale. "Nous étions à deux semaines du tournage et j'ai dit : 'On ne le fait pas'", raconte-t-il. "C'est déjà assez difficile de faire un bon film. Pas besoin de se rajouter ce genre d'obstacles." Quelques mois plus tard, Ben Affleck change pourtant d'avis. Fasciné par Los Angeles et ses inégalités sociales, il souhaite explorer les rapports entre apparences et réalité, notamment au sein des familles privilégiées et de leurs employés domestiques. Mais entre-temps, son casting initial n'est plus disponible. Matt Damon, qui devait incarner le personnage principal, s'est engagé sur un tout petit film… "L'Odyssée" de Christopher Nolan. Ben Affleck décide donc de reprendre lui-même le rôle, non sans ironie : "Un meilleur acteur a dû reprendre le rôle, naturellement."
Un changement qui entraîne le départ de Jennifer Garner, son ex-épouse, initialement choisie pour jouer sa femme à l'écran. "J'en ai parlé à Jen et elle m'a dit : 'On ne devrait pas faire ça. Notre passé commun risquerait de prendre trop de place.'", raconte Ben Affleck. L'acteur assure pourtant qu'il aimerait toujours retravailler avec elle : "Elle est formidable, nous sommes de très bons amis et je lui suis profondément reconnaissant." Mais pas question de laisser leur passé commun parasiter le film : "Ce qu'on ne veut pas, c'est que les spectateurs projettent notre histoire personnelle sur le film et que ça joue contre nous."
C'est finalement Kerry Washington qui rejoint le projet. Ben Affleck, qui souhaitait depuis longtemps collaborer avec la star de "Scandal", lui propose le rôle d'Abigail. "Elle est très élégante, mais aussi très chaleureuse. Je me suis dit : 'Mon Dieu, elle serait parfaite pour ce rôle'", se souvient-il. L'actrice se montre immédiatement séduite par les ambitions du réalisateur.
"J'ai beaucoup aimé les thèmes qu'il voulait explorer", explique-t-elle à "Entertainment Weekly". Son arrivée permet également d'enrichir le scénario, notamment autour des questions raciales, puisque les deux personnages forment désormais un couple interracial. "Je ne voulais pas ignorer cet aspect", explique Ben Affleck. Les deux acteurs ont ainsi imaginé tout un passé commun à leurs personnages, donnant naissance à de nouvelles scènes et à des échanges plus authentiques. Et au vu de son succès sur Netflix, Ben Affleck peut se féliciter d'avoir suivi son intuition.