Attentats : Pourquoi la BRI et le RAID ont saturé l'espace médiatique pendant 10 jours

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Attentats : Pourquoi la BRI et le RAID ont saturé l'espace médiatique pendant 10 jours
Par Benjamin Meffre Rédacteur en chef
Passionné par les médias, l’économie et la politique, Benjamin est rédacteur en chef de puremedias.com dont il a intégré la rédaction en 2013.
La RAID et la BRI sur tous les écrans.
La RAID et la BRI sur tous les écrans.
La communication massive dans les médias des deux unités d'élite de la police intervenues durant la vague terroriste ne doit rien au hasard.

Depuis dix jours, ils sont partout. Alors que la France vient d'être frappée par la pire vague d'attentats de son histoire, les policiers d'élite de la BRI et du RAID ont occupé l'espace médiatique comme jamais auparavant. Cagoulés ou non, en uniforme ou pas, on les a vus sur toutes les télévisions et dans tous les journaux raconter avec un soin méticuleux leurs interventions à haut risque au Bataclan et à Saint-Denis.

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Cet activisme médiatique, s'il est évidemment indissociable de la situation exceptionnelle actuelle, n'en répond pas moins à une logique de communication bien réfléchie de la part du ministère de l'Intérieur. Pour ces unités d'élite traditionnellement adeptes de la discrétion, ces prises de paroles répétées dans les médias n'ont rien d'anodines et remplissent des objectifs de communication bien précis.

"Minute par minute"

Le premier d'entre eux est évidemment de répondre à l'exigence de transparence exprimée par les médias et les citoyens. L'adoption d'une communication très détaillée autour des assauts doit notamment permettre de tuer dans l'oeuf d'éventuelles polémiques. Depuis dix jours, les forces de police ont ainsi alimenté la presse avec une multitude de détails sur leurs opérations, de la configuration des lieux au déroulé "minute par minute" des faits, jusqu'à des considérations techniques sur les armes employées : fusils d'assaut HK G36 contre kalachnikovs, utilisation de grenades offensives, assourdissantes, etc. Le tout illustré par les médias à l'aide de nombreuses infographies.

"Dans ce genre de circonstances, il y a une telle émotion et une telle attente des médias que les institutions ont tout intérêt à ce que ce soit elles qui donnent un maximum de détails sur les opérations. Cela permet notamment de tarir les sources non-officielles ou non-autorisées sur ces sujets", décrypte Guillaume Didier, du cabinet Vae Solis. Un souci méticuleux du détail que l'on retrouve aussi dans les communications très précises du procureur de Paris, François Molins, dont les prises de parole ont été saluées par de nombreux médias comme "Libération" et "Le Monde". "Plutôt que de subir la communication sur un sujet aussi grave, les pouvoirs publics ont décidé depuis plusieurs années de la maîtriser, ce qu'ils ont fait avec succès lors des derniers évènements", estime le communicant de Vae Solis.

Un "RAMSES" dans une "société de l'image"

Cette communication totale prend aussi à bras le corps la "société de l'image" dans laquelle nous évoluons. Dès le 16 novembre, les policiers de la BRI ont témoigné de la violence sévissant au Bataclan en faisant fuiter dans les médias la photo du bouclier criblé de balles ayant protégé leur colonne d'assaut. Dans un reportage de la chaîne américaine NBC réalisé dans les locaux de l'unité d'élite quelques jours après l'opération, on peut d'ailleurs voir les policiers poser fièrement devant le fameux "RAMSES" de 80 kilos (photo ci-dessous).

Capture du reportage de NBC du 20 novembre dernier
Capture du reportage de NBC du 20 novembre dernier © NBC

Dans cette séquence, le patron de la BRI apparaît aussi en train de répondre aux questions du journaliste américain avec, exposés derrière lui, un imposant fusil et des gilets d'intervention de son unité. Si elle est un moyen de valoriser le savoir-faire et l'équipement des forces de police hexagonales auprès des médias internationaux, cette com' par l'image permet aussi de rassurer la population française en montrant que l'Etat sait répondre à l'ultra-violence déployée par les terroristes.

Twitter au coeur du dispositif

Mais les périlleuses interventions des 13 et 18 novembre ont aussi été l'occasion, pour les services de communication du ministère de l'Intérieur, de créer un lien direct avec la population française. Pour cela, la police s'est massivement tournée vers Twitter, média direct et émotionnel par excellence. Outre la publication de nombreuses informations pratiques destinées aux habitants des zones concernées par les assauts, les comptes officiels des pouvoirs publics ont aussi utilisé le réseau social pour célébrer l'héroïsme réel de ses policiers superstars.

C'est aussi via ce média que la police a souhaité annoncé la mort triste, mais somme toute anecdotique au vu des terribles évènements, du chien d'attaque du RAID, le désormais célèbre Diesel. "On approche là des limites de l'exercice", admet d'ailleurs Guillaume Didier de Vae Solis. Le communicant souligne malgré tout que cette expression sur les réseaux sociaux a été globalement bien perçue par la population.

"Eviter de se poser d'autres questions"

Reste cependant à savoir si cette communication massive et efficace a pu contribuer à masquer des questions légitimes sur d'éventuels dysfonctionnements au sein des services de police. Certains observateurs se posent la question sans détour. "Il y a la volonté d'exposer des choses pour éviter de se poser d'autres questions", tranche ainsi un syndicaliste policier interrogé. Et de citer en exemple l'équipement insuffisant des policiers "de base" ayant opéré autour du Bataclan avant l'arrivée du RAID et de la BRI, vendredi 13 novembre. Un état de fait difficilement acceptable 10 mois après les précédents attentats qui ont en partie eu lieu dans le même secteur.

Certains observateurs pointent aussi du doigt la responsabilité de la presse dans cette mise sous le boisseau des "questions qui fâchent", selon l'expression de Christophe Barbier dans "Médias le mag" dimanche dernier. Particulièrement friands de ces unités prestigieuses bien identifiées par le grand public, les médias auraient naturellement focalisé leur attention immédiate vers l'action de la BRI et le RAID, des unités chez qui ils possèdent en outre des contacts facilités. "Ca fait une meilleure histoire à raconter", résume un policier.

"Version héroïsée des évènements"

Sur ce sujet, Christophe Barbier appelle d'ailleurs le public et les médias à "s'interroger", comme toute société démocratique doit selon lui le faire. "Il faut faire très attention à la version héroïsée des évènements", met en garde le patron de "L'Express" qui, dès la semaine dernière, s'interrogeait sur le temps écoulé entre le début de l'attaque au Bataclan et le début de l'intervention de la BRI et du RAID.

Sans vouloir faire de "mauvais procès" à la police, Christophe Barbier appelle chacun à "être circonspect" face à une vérité unique donnée sur les évènements. Une vérité qui ne manquera pas d'être complétée par une autre, plus lente à établir mais sans doute plus complète : celle de l'enquête.

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