"Moins 50 millions d'euros en 2025, selon toutes les probabilités". Ce vendredi, lors de la conférence de presse dédiée à l'offre fiction 2025/2026 de France Télévisions, organisée au Festival de la fiction de La Rochelle, Delphine Ernotte a surpris son auditoire en prenant la parole pour lancer un avertissement : la probable nouvelle baisse du budget de France Télévisions, qui toucherait principalement les fictions. Une conférence à laquelle Puremédias a assisté.
"Si j'en crois ce que le gouvernement précédent (de François Bayrou, ndlr) avait prévu dans les financements publics, c'est une nouvelle baisse l'année prochaine", a-t-elle déclaré devant les professionnels. La présidente de France Télévisions a rappelé que le groupe avait déjà contribué, ces dernières années, à l'effort de réduction de la dépense publique. "On a essayé de prendre notre part toutes ces dernières années à l'effort pour baisser le poids que représente l'audiovisuel public et France Télévisions en son sein dans les finances publiques. Et je crois qu'on a donné des gages en tout cas qu'on était capable, avec responsabilité, de faire des efforts pour préserver précisément la création et se transformer pour continuer, alors même que les finances publiques baissaient, à augmenter les investissements en création", défend-t-elle.
Mais la situation apparaît désormais critique. "Avec un déficit de 50 millions cette année, une prévision du précédent gouvernement des finances publiques encore fortement en baisse l'année prochaine, en gros, c'est un effort demandé à l'entreprise d'à peu près 150 millions. Et l'État avait prévu dans son arbitrage de faire baisser à peu près tous les postes de la maison : les effectifs, le flux, le sport. Absolument tout. Y compris les investissements dans la création. Et de revenir finalement à ce qui est strictement dans la loi. C'est-à-dire au lieu d'avoir 440 millions d'euros d'investissements par an, on reviendrait à 380 millions."
Un scénario qui inquiète fortement la dirigeante : "60 millions de moins, c'est, pour l'ensemble de notre profession, et étant donné le poids que représente France Télévisions dans la création, un choc économique très important." Et de prévenir : "Je voulais vous alerter là-dessus, c'est peut-être la première fois que je le fais en 10 ans. Il y a là un réel danger pour notre profession. Ça veut dire que très concrètement on va devoir arrêter des projets si ces chiffres devaient se confirmer. C'est ça la réalité et c'est un crève-cœur parce que ça va à l'encontre de tout ce qu'on a fait ces dernières années."
La présidente a insisté sur l'importance de la fiction au sein du service public. "On a augmenté les budgets certes, mais aussi travaillé sur une fiction très plurielle, très diverse sur nos antennes avec tous les genres représentés : des formats plus courts, des formats longs, des séries internationales, et puis des unitaires français. Tout ce foisonnement que vous nous avez aidés à bâtir, avec aussi – et ça aussi on en est très fiers – le souci d'avoir la plus grande liberté possible pour les créateurs. C'est essentiel, cette liberté-là, c'est ce qui donne aussi la richesse et la singularité de la fiction du service public."
La dirigeante a également rappelé l'impact du numérique. "La fiction sur nos antennes, c'est essentiel. Vous le savez sur les antennes traditionnelles, mais aussi sur France.tv qui est désormais notre principale antenne. Le numérique a autant cru à France Télévisions aujourd'hui grâce à l'excellence de la fiction. France.tv peut se réclamer de la première plate-forme de streaming gratuite avec, le mois dernier encore, 46 millions de visiteurs par mois. C'est encore plus haut que le record battu lors des Jeux olympiques de Paris."
Pour elle, la menace ne touche pas seulement France Télévisions, mais l'ensemble du secteur audiovisuel. "On n'a pas complètement admis qu'on allait devoir arrêter des projets. On est plutôt à essayer de convaincre et on va avoir besoin de vous. Tous ceux qui ont un avis et qui votent notre budget doivent comprendre que ça va être un choc économique très important. L'audiovisuel public emploie en France 260.000 personnes, c'est plus que l'industrie automobile. Quand on coupe des crédits, on ferme des usines. C'est des vrais gens, avec des vrais métiers. Quand on va baisser les financements, des gens vont perdre leur emploi."
Et d'insister : "Ce n'est pas juste le financement de France Télévisions dont on parle là. On parle du financement d'une filière qui pèse lourd, qui est positive, qui crée de la valeur ajoutée en France, qui crée énormément d'emplois. On ne fait pas des plans B ou C si on nous coupe encore des budgets l'année prochaine, on se bat pour garder notre budget." Selon "Les Échos", le précédent gouvernement envisageait en effet une réduction de 60 millions d'euros des investissements de France Télévisions dans les créations audiovisuelles françaises, hors cinéma. Un scénario noir qui jette une ombre sur les annonces du groupe à La Rochelle.
Car parallèlement à cet avertissement, France Télévisions a dévoilé son line-up de rentrée. Parmi les projets présentés, "Bêtes de flic", un pilote loufoque porté par Fred Testot, "Les Rives du fleuve" adapté du livre "Les Fossoyeurs" de Victor Castanet, "Une relation dangereuse" signée Douglas Kennedy avec Ophélia Kolb et Grégory Fitoussi, ou encore "Mitterrand confidentiel" avec Denis Podalydès. Des sagas estivales sont également en préparation, comme "L'or bleu", "D'écume et de sang", "Orage à Guéthary" et "Sangs mêlés". Un foisonnement créatif dont l'avenir pourrait être remis en cause par les arbitrages budgétaires. "Tout cet édifice que nous avons bâti ensemble toutes ces dernières années aujourd'hui est menacé", a conclu Delphine Ernotte.

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