Fabien Namias : "Nous voulons fixer un nouveau cap à LCI"

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Fabien Namias : "Nous voulons fixer un nouveau cap à LCI"
Le générique de "24H Pujadas" sur LCI © CHRISTOPHE CHEVALIN / TF1
Le directeur de LCI commente pour puremedias.com la saison écoulée et dévoile sa stratégie pour celle à venir.

Où va LCI ? Troisième chaîne info de France, l'antenne du groupe TF1 a stagné cette saison du côté des audiences après plusieurs années de forte hausse. LCI réunit désormais une moyenne de 1,1% du public, loin derrière le leader BFMTV et CNews, dont la croissance a été particulièrement forte ces derniers mois. Alors que la grille de LCI va profondément changer la saison prochaine, puremedias.com est parti interroger Fabien Namias, le directeur général adjoint de la chaîne info du groupe TF1. L'occasion pour lui de nous annoncer un nouveau cap éditorial.

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Propos recueillis par Benjamin Meffre.

puremedias.com : Après plusieurs saisons de hausse, LCI a stagné cette saison du côté des audiences, à 1,1% de PDA, tandis que CNews s'est envolée dans le même temps. Est-ce une déception ?
Fabien Namias :
LCI s'est maintenue et a consolidé son audience cette saison. Le bilan est très satisfaisant pour nous. Nous sommes au rendez-vous de nos objectifs. Depuis 2017, nous avons connu une progression assez extraordinaire avec une audience qui a quadruplé. Cette saison, nous avons solidifié notre socle. Pour la saison prochaine, l'objectif est de le faire croître encore en diversifiant notre public.

Vous vous apprêtez à bouleverser en profondeur votre grille. Est-ce à dire que la précédente ne marchait pas ?
Non, même si certaines tranches étaient évidemment plus performantes que d'autres. Les soirées chez nous fonctionnent bien, avec un 18h-20h puissant et un 22h-minuit en forme. Nous avons eu plus de difficulté sur la matinale et la matinée plus largement. Je tiens à préciser que nous n'avons pas décidé de changer uniquement des cases qui étaient moins performantes que les autres. Nous changerons aussi des tranches qui fonctionnent bien, comme le 22h-minuit. Pourquoi ? Parce que nous voulons aller vers un changement de modèle éditorial pour la chaîne. Nous voulons lui fixer un nouveau cap. Et cela implique des modifications importantes.

Ils ont dit
"Il nous faut gagner davantage en rythme et en dynamisme"
Fabien Namias

Quel est justement ce nouveau cap fixé à LCI ?
Avec Thierry Thuillier, nous avons souhaité apporter une réponse à la question de l'utilité d'une chaîne info comme LCI dans cette période particulière. Notre société va traverser une présidentielle dans un contexte compliqué, marqué par une situation sanitaire encore floue, des difficultés liées à l'économie, à l'identité, à l'environnement. Avec Thierry, nous voulons donc sortir du "tout débat". Nous considérons que le débat a envahi tous les plateaux, bien souvent au détriment de l'information, des faits et de leur vérification. Nous voulons donc tout simplement revenir au base du journalisme : les faits. Nous voulons les analyser et leur donner du sens en plateau grâce à nos journalistes et nos experts. Nous voulons aussi montrer les choses en allant davantage sur le terrain, à l'extérieur de Paris, et renforcer notre lutte contre les fake-news. Le débat ne va pas disparaître de l'antenne mais occupera une portion plus réduite. Il sera aussi plus haut de gamme et devra véritablement nourrir la réflexion. C'est ce qu'on va faire par exemple avec Ruth Elkrief en semaine et Darius Rochebin le week-end.

En quoi ce nouveau cap a-t-il guidé vos nombreux recrutements extérieurs pour la saison prochaine ?
La majeure partie des incarnations de notre antenne est reconduite la saison prochaine, avec parfois une ventilation différente. Nos équipes internes ont un important savoir-faire et incarnent une forte crédibilité et un esprit de responsabilité. Ce sont des points forts pour notre chaîne et ils doivent perdurer. Mais il nous faut en revanche gagner davantage en rythme et en dynamisme. C'est la raison pour laquelle nous sommes allés chercher des personnalités dont la pratique journalistique va nous enrichir en capacités d'accélération de l'antenne. Quand nous allons chercher Stefan Etcheverry, nous allons le chercher pour ça. Idem pour Thomas Misrachi ou Ruth Elkrief.

Pourquoi autant recruter chez vos concurrents, notamment BFMTV ?
Parce que nous sommes ouverts à tous les talents, d'où qu'ils viennent ! Certains viennent de BFMTV, d'autres de CNews comme Solenn Riou qui rejoint notre matinale. Nous allons chercher le savoir-faire où il est. Et si nous le trouvons chez des gens qui ne nous ressemblent pas, tant mieux !

Pourquoi vouloir créer des duos d'animateurs ?
Nous manquons parfois un peu de sourire et d'énergie dans une période morose pour de nombreux Français. C'est pour cela que nous voulions rompre avec le présentateur/trice tronc, et miser sur une présentation plurielle. Nous voulons créer des bandes et de l'accueil, apporter de la convivialité, tout en gardant nos exigences en matière d'information. Nous voulons aussi une grille plus lisible, avec des tranches plus longues et une antenne moins hachée.

Ils ont dit
"C'est entre 6h et 12h que nos marges de progression sont les plus importantes"
Fabien Namias

Les binômes, c'est surtout pour vos matinées, peu pour vos soirées...
Le matin, Hélène Mannarino et Stefan Etcheverry précéderont Marie-Aline Meliyi et Thomas Misrachi, puis Julien Arnaud et Claire Fournier. L'après-midi, Bénédicte Le Chatelier animera une grande tranche de trois heures mais sera accompagnée par Thierry Coiffier pour les journaux. David Pujadas sera comme toujours entouré d'une bande qui aura une large place dans son émission. Ruth Elkrief sera aussi très entourée avec une tablée de reporters politiques de haut vol - dont Paul Larrouturou - qui raconteront les coulisses de la campagne présidentielle. Pour le 22h-minuit, la part d'opinion sera plus assumée avec Eric Brunet aux commandes. Il sera cependant lui aussi accompagné par Julie Hammett durant toute la tranche. Cette pluralité d'animation dure ainsi du matin au soir, en semaine comme le week-end.

Vous changez l'incarnation d'une matinale après quatre saisons avec Pascale de La Tour du Pin qui n'ont pas permis de booster les audiences de cette case stratégique. N'est-ce pas un rendez-vous manqué ?
Quand quelqu'un s'en va, nous sommes toujours tristes et jamais satisfaits. Pascale va nous manquer. Elle a eu un dévouement et une implication pendant quatre saisons qui forcent le respect. Nous avions envie de faire évoluer notre matinale dont les résultats ne sont pas à la hauteur de l'investissement des équipes, et en premier lieu de Pascale. Nous en avions parlé avec elle il y a déjà plusieurs mois. Nous voulions travailler sur un nouveau modèle de bande dans lequel elle ne s'est pas forcément reconnue. Nous avions des projets pour elle mais elle a choisi de revenir dans sa maison. Je le comprends et le respecte profondément.

La matinale, c'est votre priorité numéro 1 de la saison prochaine ?
Le chantier prioritaire, c'est de faire évoluer le modèle général de la chaîne pour l'adapter à la société et à l'univers concurrentiel. Au sein de cette grille, il y a des endroits où nos résultats ne sont pas suffisants et où nous devons progresser. C'est le cas de la matinale, et plus généralement de la matinée. Il va donc y avoir une attention particulière sur ces tranches. Après, les habitudes du matin sont extraordinairement longues à changer. Mais c'est bien entre 6h et 12h que nos marges de progression sont les plus importantes.

Quelle coloration voulez-vous donner à votre nouvelle matinale : moins de hard news et plus d'accueil ?
Nous serons dans une matinale d'accueil, collégiale, de bande, où la bienveillance et l'énergie seront omniprésentes. L'essentiel de l'info sera évidemment là. Nous aurons Elizabeth Martichoux pour une interview politique allongée, le savoir économique de Pascal Perri, la bonne humeur de Solenn Riou. Il y aura aussi une ouverture sur la France grâce à cinq bureaux en région (Lille, Bordeaux, Nantes, Lyon, Marseille) dont les journalistes nous proposeront chaque jour une initiative ou une illustration locale d'une actualité nationale. Nous voulons sortir du studio et de Paris. Nous voulons nous ouvrir et mettre en avant l'esprit de création.

Ils ont dit
"Yves Calvi à 19h sur BFMTV : j'y vois un hommage au formidable travail de David Pujadas"
Fabien Namias

BFMTV dégainera Yves Calvi à 19h la saison prochaine. N'est-ce pas une attaque frontale contre David Pujadas plus qu'une réponse à Eric Zemmour sur CNews ?
Plutôt qu'une "attaque frontale", j'y vois plutôt un hommage au formidable travail de David Pujadas et à son succès ! Ce que nous avons construit patiemment avec David et ses équipes, en faisant le pari de l'intelligence et de l'approfondissement, nous a permis de devancer nos camarades de BFMTV. Ils réagissent. C'est bien normal.

Recrue vedette de la saison dernière, Darius Rochebin perd sa case. Pourquoi ce choix alors que vous vous félicitez régulièrement de ses performances ?
Nous aurions pu en effet être dans une logique d'installation au vu des scores de la case de Darius en semaine. Mais nous voulons nous renforcer le week-end. Contrairement à une idée répandue, le week-end est un gros réservoir d'audience pour nous. Nos plus grosses audiences tous jours confondus, nous les réalisons le dimanche entre 18h et minuit. Avec la séquence électorale de la saison prochaine, nous pouvons raisonnablement nous dire que cet état de fait va encore se renforcer. Je pense évidemment aux meetings tenus par les candidats les samedis et dimanches, aux élections et résultats des élections le dimanche, au campagne de primaires... Il faut donc que nous nous renforcions le week-end. Pour cela, il nous faut des incarnations fortes. Darius Rochebin en est une. C'est l'un des meilleurs intervieweurs que je connaisse. Il est particulièrement respecté par les responsables politiques. C'est la raison pour laquelle il sera désormais programmé le vendredi, le samedi et le dimanche soir, il double au passage son temps d'antenne.. Il sera accompagnée en plateau par une recrue en provenance de l'extérieur. Autre signature forte : Amélie Carrouer, qui a fait de l'excellent travail sur le 18h-20h le week-end. Nous aurons ainsi une belle continuité de 18h à minuit le week-end la saison prochaine.

Vos soirées évènementielles marchent plutôt bien. Voulez-vous les multiplier en marge de la présidentielle ?
A fond oui ! La politique, nous adorons ça à LCI ! Et quand nous en faisons, cela marche bien. Nous avons fait trois débats sur les régionales et ils ont été les plus regardés des chaînes info. Cela confirme une tendance déjà notée lors des européennes ou des municipales. La saison prochaine, il y aura toujours "La grande confrontation" de David Pujadas et nous allons bâtir des soirées spéciales présidentielles avec Ruth Elkrief, sans doute à un rythme mensuel dans un premier temps, avant une accélération. Nous pourrons également nous appuyer sur nos experts maisons que sont Elizabeth Martichoux, Adrien Gindre, Arlette Chabot, Jean-Michel Aphatie, Valérie Nataf...

Ils ont dit
"J'ai aimé et j'aime profondément Europe 1"
Fabien Namias

Manuel Valls arrivera sur BFMTV la saison prochaine. Ségolène Royal ou Roselyne Bachelot ont travaillé pour LCI. Ce mélange des genres ne fragilisent-il pas et les chaînes info et les politiques ?
Il faut que les rôles soient bien clairs pour chacun. Les personnalités politiques en question ne doivent plus être dans le jeu électoral. Leur nombre doit être limité et la démarche doit être de faire profiter de leur expérience.

Ségolène Royal restera-t-elle sur votre antenne ?
Chaque dimanche soir, nous aurons un débat entre Daniel Cohn-Bendit et Luc Ferry. Cela va perdurer. Nous n'avons pas encore parlé avec Ségolène Royal mais nous allons le faire. Il est clair que son expérience apporte à la chaîne. Nous ne souhaitons cependant pas faire de cette démarche de recruter d'anciens responsables politiques une marque de fabrique. Et quiconque aura un engagement actif dans la campagne présidentielle ne pourra évidemment pas exercer un emploi d'éditorialiste chez nous.

Les chaînes info renforcent-elles une droitisation du pays ou ne font-elles que se faire l'écho d'une droitisation pré-existante ?
Il n'est pas question de favoriser la droitisation, la neutralisation ou la gauchisation du pays mais de rapporter les choses telles qu'elles sont. Notre rôle n'est pas d'orienter le vote mais il faut que nous soyons très vigilants à ne pas renvoyer qu'une seule image du pays. Est-ce que tout va bien en France ? Bien sûr que non. Est-ce que tout va mal en France ? Bien sûr que non. Il faut trouver la troisième voie. Elle est dure, moins facile, moins commerciale, mais plus responsable et honorera ceux qui la portent.

Vous avez longtemps dirigé l'information d'Europe 1. Est-elle selon vous en danger ?
(Silence) J'ai aimé et j'aime profondément Europe 1. J'y ai appris mon métier en grande partie. Il y a là-bas un talent incroyable.

Etes-vous cependant triste de ce qu'il s'y passe actuellement ?
Je n'ai rien de plus à dire qu'exprimer mon affection et mon respect pour cette maison, cette marque et ses équipes.

Malgré le prolongement de France 4, convoitez-vous le canal 19 - celui de France O ?
Nous avons pris acte de la décision concernant France 4. Aujourd'hui, la question du canal semble ne plus devoir se poser. Il ne faudra compter que sur nos propres contenus pour croître et pas sur une changement de numérotation. C'est possible !

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