Pierre Lescure monte au créneau pour défendre Canal+. À l'occasion du retour de son émission "Beau geste" sur France 2, ce dimanche 18 octobre, l'ancien patron de la chaîne cryptée est revenu, dans un entretien accordé à "Diverto", sur la polémique autour de la tribune "Zapper Bolloré", publiée en mai dernier dans "Libération", en plein Festival de Cannes.
Signé initialement par plusieurs centaines de professionnels du cinéma, avant de recueillir plus de 4.500 signatures, ce texte dénonçait "l'emprise grandissante de l'extrême droite" sur le cinéma français, à travers notamment l'influence de Vincent Bolloré, actionnaire de référence de Canal+ et propriétaire de plusieurs médias aux lignes éditoriales très marquées à droite, comme CNews, Europe 1 ou le "Journal du dimanche".
Parmi les signataires figuraient notamment Juliette Binoche, Swann Arlaud, Anna Mouglalis, Raymond Depardon ou encore Jean-Pascal Zadi. Ces professionnels s'inquiétaient des conséquences de la concentration des médias et de l'influence idéologique du milliardaire sur la liberté de création et l'indépendance du cinéma français. Interrogé par "Diverto", Pierre Lescure, qui a cofondé Canal+ avec André Rousselet en 1984, estime qu'il faut distinguer les activités de la chaîne des autres médias détenus par Vincent Bolloré.
"Je pense qu'il ne faut pas mélanger les combats", affirme-t-il. "Aujourd'hui, la chaîne a décidé qu'elle n'avait plus besoin du clair. Je ne vois pas très bien ce qu'il y a de politique dans la programmation de Canal+ cryptée". L'ancien dirigeant rappelle ainsi l'évolution de Canal+, dont les programmes diffusés en clair constituaient autrefois "la vitrine". Il ajoute que c’est "une chose d’être en désaccord avec Bolloré", mais pas sûr que "Canal+ soit la cause de l'objet".
Une prise de position qui peut surprendre de la part de Pierre Lescure. En 2015, il avait notamment démissionné du conseil d'administration du groupe Havas pour protester contre les menaces de suppression des "Guignols de l'info", alors prêtées à Vincent Bolloré. "J'ai démissionné d'Havas en apprenant la nouvelle qu'il y avait une menace de suppression de l'émission", expliquait-il à l'époque aux "Échos".
La tribune "Zapper Bolloré" avait provoqué une réaction particulièrement ferme de Maxime Saada, président du directoire de Canal+. "Je suis fatigué d'avoir à répéter que Canal+ soutient l'ensemble du cinéma et sa diversité", avait-il déclaré, annonçant ne plus vouloir travailler avec les signataires du texte. Une position réaffirmée en juillet, au lendemain de la signature d'un nouvel accord de financement du cinéma français et européen, prévoyant près d'un milliard d'euros d'investissements sur cinq ans.
Dans une nouvelle tribune publiée le 14 octobre dans "Le Monde", plus de 170 cinéastes, dont Jacques Audiard, Justine Triet et Julia Ducournau, ont alerté sur les conséquences d'une éventuelle hausse de la TVA sur les abonnements aux chaînes payantes, prévue dans le projet de budget pour 2027.
Selon les signataires, cette mesure pourrait remettre en cause l'accord de financement conclu avec Canal+ et priver le cinéma français de centaines de millions d'euros d'investissements. Certains professionnels ont d'ailleurs signé les deux tribunes, illustrant la complexité des rapports entre la contestation de l'influence de Vincent Bolloré et la défense d'un acteur majeur du financement de la création française.