Comme Jean-Pascal Zadi quelques jours plus tôt, Juliette Binoche fait quelque peu machine arrière. Les deux comédiens faisaient partie des signataires d'une tribune anti-Bolloré, dénonçant l'emprise de l'extrême droite et du milliardaire breton sur le cinéma français. Ce texte avait déclenché une vive polémique pendant le Festival de Cannes et conduit Maxime Saada à menacer ces centaines d'artistes à ne plus travailler avec Canal+, premier financeur de cette industrie. Une prise de parole jugée "épidermique" par certains, que le concerné a nuancé au cours d’une assemblée générale de la chaîne, notamment sur le sujet de la "liste noire". Mais Juliette Binoche n'a pas attendu cette mise au point pour regretter certains points de cette fronde.
Tout en continuant de défendre ce texte sur le fond, l'actrice a déclaré vendredi, au micro de France Culture, que la pétition était "maladroite". "Je pense que l’utilisation du mot fasciste était déplacée", a-t-elle ajouté. "Et c’est vrai que je regrette les huées entendues devant la Croisette au moment du générique des productions Canal+. Les employés de ce groupe travaillent très bien. Ils font vraiment un travail d’orfèvre et sont très attentifs à la diversité du cinéma".
Mais la présidente du Festival de Cannes 2025 pointe aussi la responsabilité de Maxime Saada dans l'embrasement de la polémique : "Je regrette aussi évidemment la réaction très forte du directeur de Canal , c'est pour ça que ça s'est emballé." La comédienne oscarisée ("Le patient anglais") assume toujours cet acte collectif, qui était l'expression d'"une grande inquiétude" des professionnels du monde du septième art. "Je ne regrette pas la solidarité entre artistes. Certains ont pris le risque d'être sur cette liste", a-t-elle indiqué.
Juliette Binoche décrit un contexte politique de pressions multiples ayant motivé la tribune : "Il y a eu un tremblement du service public, des reproches faits au Centre National du Cinéma", alors que la commission sur l'audiovisuel public venait de se terminer dans un contexte électrique. Pour elle, l'enjeu dépasse les signataires : "Les artistes doivent vivre dans une liberté évidente. Pour qu'une nation soit rayonnante, vivante, il faut que les artistes soient libres."
Alors que son groupe a été assigné en justice pour discrimination, le patron opérationnel de Canal+ a assumé son coup de sang, tout en démentant l'existence d'une liste noire. "Il n’est pas question pour nous d’aller traquer les techniciens qui ont signé la pétition et de ne plus travailler ou de ne plus financer les films pour lesquels ils travaillent", a déclaré Maxime Saada.
De son côté, Cyrille Bolloré, fils du PDG, a appelé à "l’apaisement" lors d’une conférence devant les actionnaires du groupe, qui détient 30,4 % du capital de Canal+. "Ne pas aller financer un scénariste […] est un truc qui, à mon avis, n’est pas à la hauteur du débat", a-t-il notamment déclaré avant de rappeler que son père et lui n’avaient qu’une simple "participation" dans le premier financeur du cinéma hexagonal.

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