Claire Keim : "Je trouve ça fou d'avoir à me justifier"

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Claire Keim : "Je trouve ça fou d'avoir à me justifier"
Crédits : Abaca
Crédits : Abaca © Claire Keim
A l'occasion de la sortie de son premier album, "Où il pleuvra", Claire Keim explique pourquoi il a fallu attendre si longtemps et évoque la question de sa légitimité, son passage face à Naulleau et Zemmour ou encore sa vision de la presse people.

Cela fait huit ans déjà que le grand public a pu découvrir la voix de Claire Keim sur son duo "Je ne veux qu'elle" avec Marc Lavoine. La comédienne avait été révélée huit ans plus tôt dans la saga de l'été de TF1 Les Yeux d'Hélène. Mais il aura fallu attendre le début de l'année 2011 pour découvrir son premier opus, "Où il pleuvra", un album plus folk que réellement variété et que Claire Keim a presque entièrement écrit et composé.

A l'occasion de la sortie de l'album, Claire Keim a accordé un entretien à Puremédias. La comédienne et désormais chanteuse à temps (presque) plein explique pourquoi elle a attendu si longtemps, ce qu'elle a refusé pour y arriver et pourquoi il était si important pour elle d'écrire ses propres chansons. Elle évoque le besoin de se justifier en permanence sur sa légitimité de chanteuse, son passage mouvementé devant Eric Zemmour et Eric Naulleau (voir la séquence), sa relation un peu contradictoire avec la presse people et la tendance des médias à donner trop d'importance à des choses qui n'en ont pas.

« Un album clé en main ? C'était inconcevable »



Puremédias : Ca fait combien d'années que vous rêviez de faire cet album ?
Claire Keim : Je ne sais même pas depuis quand. En réalité, je ne me l'étais jamais vraiment verbalement dit... J'ai commencé quand j'avais seize ans, par la comédie musicale, et au fond de moi j'ai toujours su que j'essaierais tôt ou tard de faire un album. Tous mes potes sont des musiciens - que ce soit l'équipe de Caravan Palace ou le groupe Watcha -, du coup au fil des années, j'apprenais, je participais, je faisais des tout petits featurings. Plus tard il y a eu la participation au duo avec Marc Lavoine... Tout ça participait du même désir de chanter.

On ne vous avait jamais proposé de faire un album ?
Si, en fait, après le duo avec Marc Lavoine, la maison de disques a voulu transformer l'essai et enregistrer tout de suite un album. C'était en 2002-2003, mais ils m'ont proposé à l'époque un album clé en main, parce qu'ils ne savaient pas, d'une part que je faisais du piano depuis que j'avais sept ans et que j'écrivais des chansons depuis mon adolescence, et d'autre part que j'avais réellement envie de proposer mes textes.

Et vous avez refusé...
Oui, parce que pour moi c'était inconcevable. J'avais vraiment envie - et je pense que j'avais vraiment besoin - de faire mon truc. Et de toute façon, les gens qui me connaissent et qui m'aiment me l'ont déconseillé aussi. Je voulais me concentrer sur mon album à moi, prendre le temps d'aller chercher les gens. Donc j'ai choisi mes musiciens, j'ai choisi les arrangeurs... La moindre personne qui va faire la note de violon, j'ai parlé avec elle. J'avais envie de vraiment proposer quelque chose d'intègre, et pour ça il fallait être partout. C'est pour ça que ça a mis du temps. Parce que je ne pouvais pas être partout à la fois.

« Cet album est à mon image : bourré de défauts »



L'arrivée si tardive de cet album, c'est un simple concours de circonstances ? Ce n'était pas un choix d'attendre si longtemps ?

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Non non, il n'y avait pas du tout de plan. Mais il n'y en a pas non plus dans ma carrière de comédienne. De toute façon, j'ai toujours été incapable de faire ça. Je ne me disais pas consciemment que je mettais quelque chose de côté, c'est juste une question d'opportunités. Mais même si la comédie a pris le pas pendant pas mal de temps, de mon côté je faisais toujours de la musique. C'était quasiment quotidien. Je joue du piano tous les jours, je chante tous les jours, je suis toujours en train de passer chez les potes pour essayer des petits sons...

Le fait de présenter ce type de projet très personnel, ça ne met pas une pression supplémentaire ? Vous êtes jugée non seulement sur votre interprétation, mais aussi vos chansons...
Mais c'est ça qui est intéressant dans la vie, non ? Etre jugée sur son propre travail, pas sur des choses sur lesquelles on ne peut rien.

Mais être interprète c'est aussi un travail. Jean-Jacques Goldman par exemple aurait pu vous proposer un album et vous auriez posé votre voix sur ses textes...
Oui, c'est vrai. Je trouvais que c'était important pour moi, justement peut-être pour sortir de la tête des gens cette image de l'actrice qui chante, je trouvais que c'était important de leur présenter mon monde à moi, ce dont j'avais envie de parler. J'avais envie que cet album soit à mon image, c'est-à-dire bourré de défauts...

« Je trouve ça fou d'avoir à me justifier »



Il est bourré de défauts ?
Oui, il est bourré de choses imparfaites, tout comme moi.

Quels sont les défauts de cet album ?
C'est par exemple chercher à ce que la voix ne soit pas parfaite. J'adore les voix de femmes, j'écoute surtout des chanteuses. Et ce qui me touche le plus, c'est quand la voix se casse, quand la chanteuse n'arrive pas à aller au bout du souffle parce que l'émotion est trop forte. J'ai beaucoup d'admiration pour les chanteuses à voix, mais ce n'est pas ce qui me touche le plus, parce que ça a un côté trop parfait, trop lisse. Donc j'ai vraiment essayé sur cet album de garder mes défauts. C'est ce qui a le plus d'intérêt, je pense. La perfection, ce n'est pas très émouvant.

Quand on lit la présentation du label de cet album, et même dans vos réponses, on a l'impression que vous défendez votre légitimité. Vous faites du piano depuis toute petite, vous chantez tous les jours... C'est important pour vous de montrer que vous êtes légitime ?
C'est marrant parce que ça ne l'était pas, mais je me rends compte que toutes les interviews que je fais me ramènent à cette légitimité. Et je trouve ça fou. Je trouve ça incroyable d'avoir à me justifier d'avoir la tête que j'ai, par exemple. D'avoir à me justifier d'être déjà comédienne. Je trouve ça fou. Chacun sa croix, je suis tout à fait d'accord pour répondre à ça, mais je ne pensais pas à avoir à autant me justifier.

Vous pensez que c'est quelque chose de culturel, qu'on mette les gens dans des cases ?
Oui. Mais quelque part, moi-même je dois le faire avec d'autres gens dans la vie. Ce n'est pas moi contre le monde entier ! C'est une nature qu'on a, ça nous rassure de savoir qu'on attend les gens à tel endroit et qu'on les retrouvera toujours là. Malheureusement la vie n'est pas comme ça, les gens évoluent, ils ont des envies. Moi, la plupart des artistes que j'aime, ce sont des gens qui s'expriment sur énormément de supports. On peut être photographe et peintre, ce n'est pas interdit ! Pourquoi on ne pourrait pas chanter et jouer la comédie, ce n'est pas interdit ? C'est qui le mec qui a décidé que c'était interdit ? Et puis tout ça n'est pas très grave. C'est ça la folie de la promo. C'est-à-dire que tout à coup, on se pose des questions existentielles très très très très graves sur des choses qui n'ont finalement pas beaucoup d'importance. Ce disque, ce n'est quand même "que" de la musique. Ce sont des chansons, ce n'est pas un disque engagé politiquement ou autre. Il n'y a pas mort d'homme. Qu'on m'interroge sur ma légimité, je l'accepte très bien. A mes yeux, elle ne fait aucun doute puisque pour moi, la musique a toujours été là.

Et la légitimité n'est pas forcément un gage de qualité...
Voilà, en plus.

Vous pourriez faire du piano depuis l'âge d'un an et être très mauvaise !
Exactement, et c'est peut-être même le cas ! (Rires)

« "On n'est pas couché" ? Ce serait mentir que de dire que c'est un bon moment à passer »



Pour continuer sur la promo, comment on ressort d'un passage devant Zemmour et Naulleau où on vous dit que vous êtes plus là pour votre physique que votre musique ?
Je suis vraiment capable d'accepter toutes les critiques, à partir du moment où elles se basent sur mon travail.

On vous en a fait justement des critiques sur votre travail sur cet album ?
(Gênée) Bah... J'ai envie de vous dire que... ça se passe plutôt bien ! Je suis plutôt heureuse des retours que j'ai, en tout cas je trouve que les gens ont perçu l'album vraiment tel que moi je l'ai conçu donc ça me fait plaisir. Pour parler de l'épisode On n'est pas couché, je pense que ce serait mentir que de dire que c'est un bon moment à passer. Mais je pense qu'il ne faut pas lui donner trop d'importance non plus. C'est marrant parce que je suis assez surprise par les réactions des gens...

Par rapport à ce qui s'est passé ?
Oui, je trouve que leur réaction est étonnante. En fait, finalement je... J'ai trouvé ça assez formateur pour moi. J'ai trouvé que c'était pas si mal, ce que j'avais répondu. Je me suis dit "Tiens bah, sous la pression, je ne suis pas complètement à l'ouest". Donc ça m'a rassurée.

Il y a quelques temps, Isabelle Mergault s'était retrouvée à votre place face à Zemmour et Naulleau et son film avait été fortement critiqué. Elle avait ensuite regretté dans la presse que ce qui est populaire soit souvent descendu par la critique, c'est un sentiment que vous partagez ? La variété, par exemple, est souvent regardée de haut et dénigrée...
Bah oui mais c'est dommage. Enfin en tout cas, la variété ça veut dire beaucoup de choses. Je ne sais pas quoi vous dire là-dessus. Je ne sais pas faire avec autre chose que ce que je suis, et il n'est pas question pour moi qu'il y ait erreur sur la marchandise. Pour moi ce sont des chansons, quand on me dit que c'est de la variété, ça me convient. Quand on me dit que c'est de la chanson ça me convient, ou de la folk, ça me convient aussi. C'est toujours la même chose, même une interview, on en apprend souvent plus sur la personne qui pose les questions que sur celle qui répond. Parce que votre interview elle est déjà vue d'un certain angle, elle est déjà orientée. Donc je pense que les gens, quand ils écoutent mon album, ils l'écoutent avec leur façon d'appréhender les choses, et évidemment, on sait qu'en France il y a ce fossé. Moi je m'en accomode depuis des années parce que je suis très heureuse de faire ce que je fais, mais qu'on me dit toujours que je suis très populaire comme si c'était quelque chose de négatif. "Un téléfilm qui fait 9 millions, ça ne peut pas être bien"...

C'est frustrant ou vous avez appris à passer outre ?
C'est... une petite musique redondante avec laquelle il faut composer. Ce n'est pas très grave. Je pense que le principal, vraiment, c'est de faire les choses sincèrement. Et en tout cas je pense qu'il n'y a pas de recherche, de biaisé sur cet album. Il est d'une simplicité enfantine et j'en suis très fière.

« C'est le public qui me permettra de continuer ou non »



Vous vous lancez dans la musique à une époque où la gratuité a fait qu'elle a perdu beaucoup de sa valeur aux yeux des gens.
Non, elle a perdu sa valeur marchande, mais les gens n'ont jamais écouté autant de musique qu'aujourd'hui.

Malgré tout, les gens estiment que la musique est toujours très chère, certains pensent qu'elle devrait être gratuite, beaucoup refusent désormais de payer pour en écouter...
Bah ouais... Je suis des deux côtés de la barrière donc c'est compliqué. Moi j'achète beaucoup de musique sur Internet. J'ai un compte iTunes et j'achète vraiment beaucoup, beaucoup d'albums. J'ai du mal à voir où va mon argent ! (Rires) Mais moi j'ai fait mon album en pensant à la scène, et je pense que c'est ça qui fait la grande différence. Entre les gens qui font un album un peu comme ça et ceux qui ont vraiment envie d'aller défendre leurs morceaux sur scène. Là je n'attends qu'une chose, c'est que les concerts commencent. Alors c'est sûr que si j'avais sorti mon album clé en mains il y a dix ans, j'aurais peut-être vendu plus de disques, mais ça n'aurait pas été mon album...

Maintenant que vous avez sorti cet album qui est vraiment le vôtre, pour le suivant, s'il y en a un, vous envisagez de chanter les chansons d'autres ?
Peut-être oui, peut-être qu'on ira ailleurs.

Vous y avez déjà réfléchi ? Le premier vient à peine de sortir...
Non, pas du tout. De toute façon, c'est le public qui me laissera continuer ou pas. Ce sont les gens qui décideront d'acheter ou pas l'album et de me soutenir dans cette aventure.

C'est aussi parfois une question de chance, de hasard le succès d'un album. Il y a des très bons albums qui ne marchent pas du tout - et inversement.
Oui exactement.

Ca vous fait peur ?
Non parce que je n'y peux rien. J'essaie dans la vie de ne pas me prendre la tête pour des choses contre lesquelles je ne peux rien. Quoi qu'il arrive, je suis déjà tellement heureuse d'avoir pu poser cette pierre dans le jardin de la chanson. Je rêve de continuer à faire de la musique, de faire un deuxième et un troisième album, mais ce n'est pas moi qui décide.

« Je ne suis jamais dans la presse people »



La chanson "Les pommes flashées" parle de la presse people. Vous en souffrez de cette attention ?
Non pas du tout.

On ne vous y voit pas beaucoup...
Jamais. A part il y a quelques années, quand ma vie a changé brutalement et qu'il a fallu absolument que tout le monde soit au courant, je ne sais pas pourquoi... Là à ce moment-là j'étais très en colère et j'ai commencé une chanson où je disais "J'en ai marre" et j'étais un peu furieuse. Et tout à coup j'ai levé les yeux et je me suis rendu compte qu'il y avait trois magazines people sur mon bureau. Donc je me suis dit "Faut se calmer à un moment donné". Donc finalement cette chanson est assez tendre, elle n'est pas du tout agressive - enfin j'espère qu'elle n'est pas perçue comme ça. Elle dit juste "Je trouve ça un petit peu nul mais sous mon lit y en a des tonnes". On est tous pareil. Ca nous emmerde quand c'est nous mais voilà... Encore une fois, elle est dans le même esprit que l'album. C'est une chanson qui dit quelque chose et qui à la fois dit que ce n'est peut-être pas si grave.

On prend trop les choses au sérieux ? La presse, les médias y participent peut-être ?
Oui. De toute façon, aujourd'hui, on est vraiment dans une époque où les messages sont résumés d'une manière tellement succincte qu'elle en devient très violente. Et puis la formule a pris le pas sur le fond, c'est d'ailleurs ce qu'a dit Arditi dans l'émission (On n'est pas couché, ndlr). Il était en train de passer (Manuel) Valls à la moulinette et tout à coup ils ont retenu juste une petite phrase sur les 35 Heures, alors que derrière il y a quand même toute une idéologie. C'est plus ça ce qui m'embête aujourd'hui, les phrases qui sont mises comme ça en exergue, les gros titres en rouge soulignés trois fois alors que quand tu lis l'interview, tu te rends compte que ce n'est pas tout à fait ce que dit l'artiste. Donc oui, je trouve qu'on accorde trop d'importance à des choses qui n'en ont pas, et pas assez à des choses qui en ont vraiment.

« On peut me taxer de beaucoup de choses, mais pas de lâcheté »



Ces choses qui ont de l'importance, vous ne vouliez pas en parler dans vos chansons ? Ecrire des textes un peu plus engagés ?
Je ne me sentais pas encore la carrure d'écrire des textes à la hauteur de ce que j'ai envie de dire. Donc j'ai préféré rester pour le moment dans quelque chose de très personnel, de très quotidien. J'ai ébauché des idées, il y a une chanson qui s'appelle "C'était mieux avant" dans laquelle je dis qu'il faut arrêter de dire tout le temps que c'était mieux avant. Evidemment c'est le cas pour certaines choses, mais avant on mourait à 40 ans et il n'y avait pas de protection sociale et il y a des tas de choses qui étaient bien pires qu'aujourd'hui. Mais j'avais envie de rester à ma place pour ce premier album. Et puis j'ai le temps d'aller me faire défoncer chez Machin parce que j'aurai écrit des textes engagés ! (Rires)

En tout cas vous serez déjà préparée à ce qui vous attend...
J'étais déjà préparée, je savais à quoi m'attendre.

On n'est jamais à l'abri des surprises, ils auraient pu adorer...
Non... Ca se voyait que non. Quelque part, ça aurait été tellement peu courageux de vouloir biaiser et éviter ça. Je crois qu'on peut me taxer de beaucoup de choses, mais en tout cas pas de lâcheté.

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