Le recadrage de l’Arcom n’aura pas suffi. Alors que le gendarme de l’audiovisuel a rappelé aux chaînes de télévision "la plus grande vigilance dans le traitement des manifestations et des troubles à l’ordre public survenant depuis le 17 octobre", une nouvelle séquence fait polémique sur l’antenne de LCI. Elle ne concerne pas la mobilisation générale contre la vie chère mais l’attaque meurtrière survenue vendredi dans les Yvelines. Dans la matinée, un homme de 39 ans a tiré en rafales sur plusieurs kilomètres entre Trappes et La Verrière, faisant un mort et plusieurs blessés. Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête, et Emmanuel Macron, sur place, a dénoncé un "attentat terroriste raciste" qui constitue "un tournant dans la vie de notre République".
Les chaînes d’info en continu ont traité en édition spéciale cette fusillade tout au long de la journée, et certaines réactions en plateau ont choqué les téléspectateurs. Notamment, celle d’un éditorialiste de LCI, jugée hors de propos et dénuée d'empathie. Pascal Perri a présenté Trappes comme "une ville dans laquelle il y a des enfants de l’immigration". Au milieu de son intervention, il a glissé une observation particulièrement mal venue : "Il m'est arrivé d'aller à Trappes il n'y a pas très longtemps... Je crois au passage que j’ai été le seul à payer le bus". Sa réflexion a suscité un petit rire autour de la table avant que son auteur la présente comme "une anecdote" qui "ne veut pas dire grand-chose".
Mais sur les réseaux sociaux, la séquence a été abondamment relayée et qualifiée de racisme décomplexé, notamment par une ribambelle de responsables politiques. Plusieurs internautes et élus ont également fait le parallèle avec la suspension de la même antenne de l’éditorialiste Isabelle Saporta, à la suite d’un échange très houleux avec la macroniste Prisca Thévenot. L'Arcom a d'ailleurs été prévenue de ces propos ayant "pour objet de conforter les préjugés et à encourager des comportements discriminatoires", selon l'un des collectifs à l'initiative de cette saisine.
Face au tollé suscité par son commentaire, Pascal Perri a réagi dans l’après-midi sur X pour une mise au point. Le journaliste économique y évoque "un extrait isolé d’une de (ses) interventions" sur Trappes qui "fait beaucoup réagir", affirmant "comprendre" que la séquence "ait pu émouvoir". "J’en suis désolé", poursuit l’éditorialiste, qui assure que "(son) intention était pourtant d’essayer de décrire une réalité complexe et contrastée". Il assure qu’il a aussi cherché à mettre en avant les "personnes engagées" et les "entrepreneurs brillants" pour "dépasser les idées reçues" sur la ville francilienne. Avant de conclure son message par une pique : "Je ne suis pas dupe des intentions de ceux qui cherchent des prétextes pour entretenir des conflits. Les raccourcis ne font pas les vérités".
Mais son argumentaire s’est heurté à un antécédent, toujours au micro de LCI. En 2023, Pascal Perri s’était retrouvé au cœur d’une controverse après avoir évoqué un "antisémitisme couscous", peu après les attentats du 7-Octobre en Israël. Des mots, là aussi, qui avaient été jugés racistes et qui lui avaient valu un signalement par le député insoumis Thomas Portes. Dans sa décision rendue publique, l'autorité de régulation avait fait part à la chaîne du "vif émoi suscité" par cette séquence et reconnaissait que " l’expression (avait) pu être perçue comme péjorative et véhiculant des stéréotypes à l’égard d’un groupe de personnes".
