L’Arcom hausse le ton. Alors que la France connaît des événements particulièrement sensibles depuis le samedi 17 octobre, le régulateur de l’audiovisuel a décidé d’interpeller les chaînes de télévision et les radios sur leur traitement médiatique de l’actualité. Dans un courrier adressé aux éditeurs ce jeudi 22 octobre, l’autorité appelle les médias à "la plus grande vigilance" dans la couverture des manifestations et des troubles à l’ordre public. Dans sa lettre, l’Arcom insiste sur la nécessité d’un traitement rigoureux et équilibré des événements, particulièrement "lorsque les informations diffusées à l’antenne sont susceptibles de provoquer la peur ou d’accentuer les risques de troubles à l’ordre public".
Ces derniers jours, l’autorité indique avoir été saisie "de nombreuses fois" concernant "plusieurs séquences" diffusées à la télévision. "L’Arcom a engagé l’instruction de plusieurs séquences en vue, le cas échéant, d’éventuelles interventions auprès des chaînes ou sanctions. L’Arcom se réserve également la possibilité de signaler tous les propos pénalement répréhensibles tenus à l’antenne au procureur de la République, afin que la responsabilité individuelle des auteurs puisse être engagée", peut-on lire.
Depuis ce week-end, plusieurs séquences diffusées sur CNews, LCI, France 2 ou franceinfo sont au cœur des débats sur les réseaux sociaux. Ainsi, Lara Tchekov (le JDD) avait affirmé en direct sur CNews que des armes de guerre avaient été retrouvées entre les mains d’émeutiers en marge des manifestations du week-end dernier. Après un démenti de la DGSI, la journaliste s'est excusée ce matin d'avoir propagé de fausses informations. Sur franceinfo, l'éditorialiste Alix Bouilhaguet a également présenté "ses excuses" ce matin après avoir "commis une erreur" à propos de Jean-Luc Mélenchon. Elle avait affirmé dans l'une de ses chroniques que Jean-Luc Mélenchon n'avait pas "condamné les violences du 17 octobre, ni les pillages, ni les dégradations de bâtiments publics comme la mairie de Limoges".
Sur France 2, la diffusion dimanche soir dans le "20 Heures" de Laurent Delahousse d'un reportage d'une dizaine de minutes a mis le feu aux poudres. Certains syndicats de France Télévisions appellent même à la démission de toute l'équipe du journal, y compris du présentateur. Enfin, après un échange musclé avec Prisca Thévenot, l'éditorialiste Isabelle Saporta a été suspendue d'antenne par LCI pendant une semaine.
L’Arcom a également tenu à apporter son soutien aux journalistes mobilisés sur le terrain, dont elle salue le travail dans des conditions de sécurité parfois « extrêmement précaires ». Elle dénonce les intimidations et les agressions dont certains ont pu être victimes alors qu’ils couvraient les rassemblements.
Au-delà des médias audiovisuels traditionnels, l’Arcom dit suivre de près la situation sur les réseaux sociaux, en lien avec le gouvernement et la Commission européenne. Le régulateur échange régulièrement avec les plateformes, auxquelles il rappelle leurs obligations au regard de la loi, du règlement européen sur les services numériques (RSN) et de leurs conditions générales d’utilisation, notamment concernant le retrait des contenus illicites signalés.
Dans ce contexte de circulation massive des informations en ligne, l’Arcom souligne enfin le rôle essentiel des rédactions professionnelles dans la production et la diffusion d’une information vérifiée et contextualisée.
