C'est une séquence qui a déjà fait beaucoup parler. Dimanche 18 octobre, à la fin de son journal de "20 Heures", Laurent Delahousse lançait un sujet d'une dizaine de minutes "en immersion" au cœur des violences qui ont émaillé les manifestations du 17 octobre à Paris, Lyon ou encore Marseille. Les téléspectateurs s'étaient retrouvés face à un long reportage sans commentaire journalistique, un parti-pris qui avait beaucoup surpris. "Comme nous le faisons régulièrement dans la partie magazine du journal, après 20h40, nous avons proposé un reportage long format avec une écriture différente. Nous aurions dû être plus clairs, en contextualisant davantage, s'était défendu le patron de l'information de France Télévisions, Philippe Corbé, auprès du Médiateur de France Télévisions. Laurent Delahousse a bien précisé que c’était un document en immersion, mais nous aurions dû être plus lisibles dans le bandeau [qui accompagne le sujet] et donner davantage d'informations contextuelles dans le montage et le commentaire."
En interne également, la diffusion de ce sujet brut, sans commentaires, a créé le débat, voire même la stupeur. "À nos yeux, [le journal de "20 Heures"] tenait la route jusqu’à 20h44. Puis, c’est le dérapage, total et non contrôlé, avec cette séquence qui est un ovni. Une analyse que nous partageons à peu près tous, rédacteurs, chefs de service et même certains rédacteurs en chef. On est tous unanimement heurtés par cette séquence", a affirmé le président de la Société des journalistes à France Télévisions, Valéry Lerouge, à "Télérama". Selon le journaliste, la diffusion de cette séquence est née des conditions très particulières de la diffusion de ce journal, avant la prise de parole d'Emmanuel Macron et à l'issue d'un week-end émaillé de violences. Initialement, c'est une interview de la chanteuse Angèle qui aurait dû être diffusée à partir de 20h30, mais le sujet semblait en total décalage avec l'actualité. La rédaction a donc du trouver une solution pour conclure son JT du soir, dans l'urgence : "C’est à ce stade que cela ne va plus : lancer la réalisation d’un douze minutes à 15 heures, avec une journaliste qu’on fait revenir de toute urgence et un monteur qui découvre les rushes, ne peut pas techniquement aboutir à un sujet de qualité. Je pense qu’ils ont un peu péché par excès d’optimisme…", explique Valéry Lerouge.
"Ni la rédaction en chef ni le directeur d’info n’étaient au courant que c’était un 'no comment', format qui demande du temps de montage et de belles séquences pouvant se suffire à elles-mêmes, sans commentaire. Ce n’était pas le cas, mais quand on l’a découvert, il n’y avait plus de plan B. La séquence a été diffusée, mais personne ne s’en satisfait." Valéry Lerouge affirme avoir tout de suite réagi avec la Société Des Journalistes de France Télévisions. "Dès 23 heures, j’ai échangé avec le directeur de l’info au téléphone. Puis lundi, nous avons reçu une avalanche de mails et de SMS. Les équipes habituelles du '20h30 le samedi' et '20h30 le dimanche' sont assez meurtries, car elles passent leur temps à essayer de fabriquer des sujets qui tiennent la route. Un résultat éclipsé par cet objet non identifié, qui n’est même pas passé au mixage. Douze minutes non mixées, je n’ai pas le souvenir que ça soit déjà arrivé !".
