Interview
Jean-Baptiste Marteau ("Homos en politique, le dire ou pas ?" sur France 5) : "Beaucoup d'élus n'ont pas voulu apparaître, ce qui montre que c'est encore une question aujourd'hui"
Publié le 28 octobre 2025 à 14:51
Le joker du "20 Heures" de France 2 a interrogé des élus nationaux et locaux sur leur vécu en politique en tant que personne homosexuelle. Entretien.
La bande-annonce de "Homos en politique, le dire ou pas", documentaire de Jean-Baptiste Marteau et Renaud Saint-Cricq diffusé ce mardi 28 octobre 2025 à 21h10 sur France 5. © France 5, France Télévisions

À l'instar d'Émilie Tran Nguyen, à la réalisation de "Je ne suis pas chinetoque, histoire du racisme anti-asiatique" avant lui, Jean-Baptiste Marteau incarne un documentaire sociétal ce mardi 28 octobre 2025 à 21h10 sur France 5. Avec "Homos en politique, le dire ou pas ?", le journaliste, aux manettes du "20 Heures" de France 2 pendant les congés de Léa Salamé, recueille la parole d'hommes et femmes politiques – parmi lesquels l'ancien Premier ministre Gabriel Attal, les anciens ministres Sarah El Haïry et Franck Riester ou encore le député RN Jean-Philippe Tanguy – qui parlent librement de ce qui a changé ou non dans leur parcours après la révélation au grand jour de leur homosexualité. La soirée continue se poursuivra à 22h35 avec "C ce soir" : Karim Rissouli mènera le débat sur le thème "Homos en politique, le dire suffit-il pour combattre l’homophobie ?".

Propos recueillis par Ludovic Galtier Lloret

Puremédias : Comment est né le documentaire ?
Jean-Baptiste Marteau : Un sondage de l'Ifop, publié en 2023, indiquait qu'environ 35% des Français se disent gênés de voter pour un candidat ouvertement homosexuel à la présidentielle de 2027. En parallèle, Gabriel Attal, alors à Matignon, glissait dans son discours de politique générale qu'en 2024, un peu plus de dix ans après l'adoption de la loi sur le mariage pour tous, on peut être Premier ministre et homosexuel. Je me suis dit qu'il y avait quelque chose à creuser. La politique reste un des milieux où se déclarer homosexuel est un risque qui pourrait couper le candidat d'une partie de son électorat. Ceux qui le font sont peu nombreux, sont courageux, et j'ai voulu les entendre et retracer l'évolution de cette question.

Dans la continuité d''Homos en France', auquel vous aviez participé, "Homos en politique" part de votre histoire. Dès la scène d'ouverture, on vous voit avec votre mère et votre grand-mère vous souvenir de votre coming-out. Comment avez-vous vécu le tournage de cette séquence et l'avez-vous rendu naturelle ?
C'est la première séquence du documentaire que nous avons tournée, c'était un moment très stressant. Je me suis dit que c'était intéressant de confronter les regards de ma mère et ma grand-mère, qui sont les deux personnes auprès desquelles j'ai fait mon coming-out la première fois, et de voir leur perception 20 ans après sur le garçon passionné par le journalisme et la politique que j'étais. Je voulais qu'elle raconte aussi comment elles avaient vécu ce moment-là. La séquence n'a pas été évidente à tourner mais elle pose les bases de ce documentaire. Comme les politiques que j'ai interviewés ensuite, je voulais jouer cartes sur table, dire qui je suis, d'où je viens, quel a été mon parcours. Le fait que je me prête à ces confidences a donné envie à certains des témoins de se confier davantage. Nous partions en quelque sorte sur un pied d'égalité.

Qu'est-ce qui a été le plus exaltant dans la réalisation ? 
La mise en images des témoignages. Quand vous faites parler les gens pendant une heure et demie, cela peut être très vite ennuyeux à la caméra. Il faut qu'il se passe des choses. Il a donc fallu mettre en image les éléments recueillis, gommer les répétitions... C'était un challenge, un exercice dans lequel je me suis beaucoup amusé, questionné. Je me suis entouré d'une super équipe, que ce soit à l'image, au montage, au son. 

"Quand Bertrand Delanoë fait son coming-out dans 'Zone interdite' sur M6 en 1998, c'est un événement national"

Bertrand Delanoë, qui raconte son agression au sein de l'Hôtel de ville de Paris pendant une Nuit blanche, a fait son coming-out dans "Zone interdite" sur M6 en 1998. En quoi était-ce un événement à l'époque ?
Il faut se souvenir de ce qu'était cette émission en prime time en 1998 à la télévision. Y voir une personnalité d'envergure nationale faire son coming-out, c'était un événement national, le sujet de conversation numéro un dans les entreprises, à la cafétéria au lycée où j'étais. Nous avons du mal aujourd'hui à nous en rendre compte. À ce moment-là, Bertrand Delanoë a pris beaucoup de risques, brisé un tabou. Le garçon de 15 ans que j'étais à l'époque qui se posait plein de questions a regardé cette déclaration en se disant : "Peut-être que c'est possible d'avoir une carrière politique ou journalistique, tout en étant homosexuel". L'histoire l'a prouvé, il a été maire de Paris trois ans plus tard.

En quoi le témoignage de Franck Riester, esseulé dans sa famille politique en 2013, lors des débats sur le texte ouvrant les droits au mariage aux couples de même sexe, est-il intéressant ?
Il montre la solitude à laquelle il a dû faire face dans sa famille politique (opposée au texte, ndlr) durant toute cette période. Il a non seulement eu le courage de défendre le texte seul contre tous mais il a fait en outre son coming-out en employant les termes – "Je suis homosexuel" – contre l'avis parfois de ses collaborateurs qui lui conseillaient de préférer l'expression : "Je suis différent". Au moment du vote, dans l'hémicycle, il est traversé par la satisfaction d'un combat abouti mais se remémore aussi la haine qui s'est fait entendre que ce soit dans la rue ou à l'Assemblée nationale et tout ce qu'il a fallu endurer pour que l'on en arrive là. Il a du mal à être totalement heureux. J'étais moi-même traversé par ce sentiment.

"Les propos de Philippe de Villiers sur le Pacs feraient scandale aujourd'hui"

Vous avez été président des jeunes de l'UMP de l'Oise au début des années 2000. Aviez-vous en tête les messages hostiles au PACS qu'avait pu porter la famille politique à laquelle vous apparteniez ?
Je m'engage surtout après le 21 avril 2002 dans un contexte politique très précis (la qualification de Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national, au second tour de l'élection présidentielle, ndlr). En 2000, j'ai 18 ans, j'ai envie de m'engager mais cela ne dure que quelques mois avant que je m'oriente vers ce que je voulais vraiment faire, le journalisme.

Dans le documentaire, on voit Philippe de Villiers, aujourd'hui remis en selle par CNews, qui parlait du PACS comme "un retour à la barbarie"...
Je pense que réécouter ces phrases permet de réaliser le chemin parcouru. Lors de la première projection du documentaire, des jeunes qui y avaient assisté m'ont dit qu'ils n'imaginaient pas ce qui a pu être dit à l'époque. C'était d'une telle violence. Aujourd'hui, ce sont des propos qui feraient scandale, nous n'accepterions pas heureusement d'entendre autant de haine s'exprimer ouvertement. On pourrait évidemment être contre le mariage pour tous, on a le droit de s'opposer à un texte mais pas avec cette violence. Je voulais recontextualiser et montrer ces archives pour ne pas oublier l'ambiance de l'époque.

"Il était intéressant d'entendre Jean-Philippe Tanguy justifier l'évolution du RN sur la question de l'homosexualité"

Ils ne sont que trois parmi les témoins du documentaire – Mélissa Camara, députée européenne Les Verts, Jean-Luc Romero-Michel, adjoint à la mairie de Paris et le maire de Chenevelles (Vienne) Cyril Cibert, à se montrer avec leur compagne ou compagnon. Pourquoi si peu ?
Certains ont choisi de témoigner tout en préservant leur vie privée et je le respecte parfaitement. D'autres personnalités n'ont aussi tout simplement pas voulu témoigner. Il y en a beaucoup que j'ai contactées, que j'ai rencontrées mais qui n'ont pas voulu apparaître pour plein de raisons, qui sont là aussi totalement respectables. Un élu national de premier plan m'a dit, par exemple, que, malgré son expérience, ses parents ne sont toujours pas au courant. C'est aussi une réalité et ce qui montre aussi que c'est encore une question aujourd'hui. 

Les témoins répondent par la positive à la question posée par votre documentaire. Sans les juger bien sûr, quels mots utiliseriez-vous pour convaincre ceux qui se cachent encore de se révéler au grand jour ?
Ce que je disais à tout le monde est "votre témoignage sera utile" pour ce fameux droit à l'indifférence que beaucoup de personnes LGBT espèrent. J'ai reçu personnellement des milliers de témoignages très touchants. Très récemment encore, une mère de famille m'a arrêté dans la rue pour m'expliquer à quel point ce que j'avais pu dire l'a aidé à renouer le dialogue avec son fils de 15 ans qui avait fait son coming-out des mois auparavant. Qu'à présent, il vient à la maison avec son petit copain, qu'il a passé le réveillon de Noël avec elle et que tout va bien. Quand vous avez une conversation comme ça sur le trottoir, on pleure bien sûr mais cela montre que c'est utile.

Il aurait été très difficile d'imaginer Jean-Philippe Tanguy, député RN, participer à ce documentaire il y a ne serait-ce que 10 ans. N'est-ce pas l'aboutissement de la stratégie de dédiabolisation du RN et de dépolitisation de l'identité sexuelle ?
Le RN est un parti qui a une histoire, qui a fait entendre son homophobie décomplexée. Les propos tenus par Jean-Marie Le Pen en 1997 sont assez clairs en la matière. Et de fait, aussi, c'est un parti dans lequel il y a un certain nombre d'élus qui ont fait leur coming-out et qui semblent avoir des responsabilités, sans que cela pose de problème au sein du parti. Dans tous les partis politiques, les choses ont évolué, y compris au RN. C'est la raison pour laquelle il était intéressant de pouvoir l'entendre justifier cette évolution au sein du parti et comment il a pu en tant qu'homosexuel y occuper une place de cadre. 

Ce sujet est déclinable dans plusieurs univers. À quand un "Homos dans les médias" ?
C'est le premier documentaire que je faisais. Je ne savais pas si cela allait plaire. Mais il y en aura peut-être d'autres – on peut imaginer explorer cette question dans le cinéma ou le sport – mais pour l'heure, rien n'est acté.

Par Ludovic Galtier Lloret | Journaliste
Né en Isère entre le tirage de la première boule noire de l'histoire de "Motus" et la première visite de candidats à "Fort Boyard", Ludovic Galtier est journaliste à Puremédias depuis octobre 2021. Il est passionné par la politique, l'économie des médias et leur stratégie de programmation.
Mots clés
Interview TV Video
Tendances
Toutes les personnalités
Top articles TV
Dernières actus TV
TV
Dernières actualités
"Mariés au premier regard" 2026 : Que va dire Stéphane après avoir interrompu son mariage avec Estelle ? player2
TV
"Mariés au premier regard" 2026 : Que va dire Stéphane après avoir interrompu son mariage avec Estelle ?
20 avril 2026
L'actrice Nadia Farès est morte à l'âge de 57 ans
Personnalités
L'actrice Nadia Farès est morte à l'âge de 57 ans
18 avril 2026
"Je suis très triste de vous voir partir" : Stéphane Rotenberg ému par l'élimination d'un binôme dans "Pékin Express" 2026 player2
TV
"Je suis très triste de vous voir partir" : Stéphane Rotenberg ému par l'élimination d'un binôme dans "Pékin Express" 2026
17 avril 2026
"Je sais ce qui leur a déplu" : Anthony Colette dévoile les vraies raisons de son éviction de "Danse avec les stars" après la saison 13 player2
TV
"Je sais ce qui leur a déplu" : Anthony Colette dévoile les vraies raisons de son éviction de "Danse avec les stars" après la saison 13
17 avril 2026
"Pas dangereux mais extraordinairement désagréable" : Stéphane Rotenberg dévoile la plus grosse difficulté pour les candidats et la production sur le tournage de "Pékin Express" 2026 player2
TV
"Pas dangereux mais extraordinairement désagréable" : Stéphane Rotenberg dévoile la plus grosse difficulté pour les candidats et la production sur le tournage de "Pékin Express" 2026
17 avril 2026
"Du jamais vu dans 'Mask Singer'" : TF1 dévoile la première prestation d'un personnage de la saison 9, les internautes pensent déjà l'avoir démasqué player2
TV
"Du jamais vu dans 'Mask Singer'" : TF1 dévoile la première prestation d'un personnage de la saison 9, les internautes pensent déjà l'avoir démasqué
16 avril 2026
Dernières news