Jean Massiet (Twitch) : "Les médias traditionnels n'ont rien à m'offrir"

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Jean Massiet (Twitch) : "Les médias traditionnels n'ont rien à m'offrir"
Par Tom Kerkour Journaliste
Ayant grandi à l'heure où YouTube empiète sur le petit écran, Tom Kerkour savoure autant un épisode de "Cauchemar en cuisine" que du Joueur du Grenier. Captivé par le bouleversement des médias à l'ère digitale/numérique, il intègre la rédaction de Puremédias en décembre 2022.
France Télévisions arrive sur Twitch © Jean Massiet
Le streameur depuis 2015 est devenu au fil de l'eau l'une des têtes d'affiche du Twitch français, notamment grâce à son talkshow très populaire "Backseat".

La parfaite alliance entre la verve d'un homme politique et le charisme d'un présentateur TV. Voici peut-être ce qui pourrait expliquer le succès fulgurant du streameur français Jean Massiet. Installé sur la plateforme de vidéo en direct depuis 2015, depuis la présidentielle de 2022, sa cote de popularité ne cesse d'augmenter. Une réputation d'autant plus surprenante que la matière de prédilection de cet ancien assistant parlementaire n'est nulle autre que la politique. Un sujet qu'on aurait cru - à tort - déserté par la jeunesse.

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Seul sur cette brèche, celui qui tient en plus de son émission quotidienne un talkshow hebdomadaire prénommé "Backseat" a réussi à surfer sur l'actualité sociale et politique brûlante française, se propulsant au rang de chaîne la plus regardée au monde lorsque les députés français ont mis au vote deux motions de censure du gouvernement. Pour puremedias.com, Jean Massiet décode ses programmes, les raisons de sa réussite et les motivations qui l'animent. Sans oublier son petit "défaut", ne pas connaître les codes des médias traditionnels.

Propos recueillis par Tom Kerkour.

puremedias.com : Comment résumer votre proposition éditoriale pour ceux qui ne vous connaissent pas ?
Jean Massiet : Mon objectif est d'offrir un suivi de l'actualité politique pour permettre de rendre accessible la politique à un public éloigné. On l'aborde sous l'angle institutionnel, c'est ma spécialité. Et ça prend différentes formes. Pour ce qui est de mon public, ce sont principalement les jeunes, avec 24 ans de moyenne d'âge. J'ai mené une étude sociologique il y a deux ans qui montre que la fenêtre d'âge va du collège au mariage. Malheureusement, il y a parmi eux beaucoup de garçons, 85% environ, c'est lié au fait que les représentations traditionnelles du jeu vidéo et de la politique éloignent les femmes. Ça, et le fait que je sois un mec.

On veut avant tout parler aux jeunes en divorce avec la politique, pas les militants ou les étudiants en sciences politiques. Ceux qui ne lisent jamais un article de presse, ne cliquent jamais sur une vidéo s'il y a une cravate.

Donc on peut faire s'intéresser les jeunes à la politique. Quelle est votre recette ?
En diffusant sur leurs plateformes. On est sur Twitch, ce n'est pas une plateforme de politique, c'est un lieu de la culture web, du jeu vidéo. Ensuite, en montrant que l'émission a été pensée pour eux. Le côté jean, basket, t-shirt, on se tutoie et on dit des gros mots. On est à la maison. Sans oublier le lien, la proximité avec le tchat, je fais des émissions et j'interagis avec eux tous les jours. En plus, il y a une certaine complicité, je suis de leur côté, là où un journaliste traditionnel va être à équidistance entre le public et l'invité. Ce n'est donc pas que les jeunes ne s'intéressent pas à la politique. Ils ne s'intéressent pas aux formes traditionnelles de la politique. C'est ça toute la différence.

Donc vous n'avez pas de posture de journaliste, comment vous définissez vous ?
Vulgarisateur. Je m'impose tout de même des règles éditoriales et éthiques. Sur la prohibition de la discrimination, de l'incitation à la haine et à la violence... Ca s'appelle aussi se conformer à la loi ! Pour ce qui est des règles éditoriales, par exemple, le fait que je garde une distance critique par rapport à l'actualité politique. Je fais la différence avec le fait d'être neutre ou d'être objectif, en disant bien que mon objectif étant de rendre la politique accessible, j'estime que ce n'est pas en donnant mon opinion que je vais aider les gens à se positionner. En fait, mon opinion n'est pas très intéressante, elle n'est pas plus intéressante qu'une autre. J'ai plus de choses à apporter sur mes connaissances du fonctionnement de la vie politique et des institutions, donc, je m'en tiens à ça.

Les viewers ne veulent pas connaître votre opinion ?
Non, je la donne assez peu et la plupart des viewers le comprennent. Ils m'en sont même assez reconnaissants. Il y a parfois une demande de personnes qui veulent que je me positionne, car ils ne veulent pas se laisser manipuler par n'importe qui. Et je trouve ça plutôt bien ! C'est une prise de distance critique, ils ne se laissent pas raconter n'importe quoi par n'importe qui. Ils veulent savoir qui tu es, d'où tu viens, et moi je suis très transparent.

Ils ont dit
"Non, la porte n'est pas ouverte à ce que l'extrême droite vienne s'exprimer"
Jean Massiet

Mais vous refusez d'inviter des personnalités d'extrême droite ?
Oui. "Backseat" est une émission que j'ai créée, que j'assume, que j'anime et que je diffuse en mon nom - et ce n'est même pas un pseudo. Cette émission est un dispositif éditorial dans lequel on cherche à comprendre la vie politique, où nous invitons certains représentants pour qu'ils nous en parlent. Moi, je refuse de mettre sur un pied d'égalité les victimes de discriminations et les auteurs de discrimination. Je refuse ce petit jeu devenu central dans le jeu médiatique où on renvoie dos-à-dos gauche et droite, extrême gauche et extrême droite. On se trouve ensuite dans un monde où les tenants de l'extrême droite sont validés médiatiquement, invités sur les plateaux en toute logique.

Ma philosophie est la même que celle de Jean-Luc Godard qui disait "L'objectivité, c'est 5 minutes pour les juifs et 5 minutes pour Hitler". Je suis comme lui, je refuse ce signe égal entre des camps qui n'ont pas la même histoire et pas le même statut. Il n'y a pas qu'une différence de degré, pas qu'une échelle gauche droite, il y a une différence de nature profonde entre les différentes écoles politiques. Donc, non, la porte n'est pas ouverte à ce que l'extrême droite vienne s'exprimer. Pour autant, on parle d'actualité et l'extrême droite en fait partie donc on la traite comme tel, mais sans leur donner la parole.

Ils n'ont jamais demandé à être invités ?
Non, aucun responsable politique d'extrême droite ne m'a dit vouloir venir. Parce qu'ils savent qu'ils ne seraient de toute façon pas invités.

Et dans votre public, il y a des personnes avec une sensibilité d'extrême droite ?
Il y en a effectivement. Des jeunes qui ont été séduits par exemple pendant la présidentielle par des profils comme celui d'Éric Zemmour, dans son côté étoile filante et perturbateur du paysage politique. Et d'ailleurs, mon émission ne cherche pas à les faire changer d'avis. On ne cherche pas particulièrement à éliminer (l'extrême droite; ndlr). C'est une émission qui refuse le racisme mais qui pour autant ne cherche pas à faire quoi que ce soit d'autre que de leur expliquer l'actualité politique.

Ils ont dit
"Le seul point commun entre la TV et nous c'est le format d'image 16/9, tout le reste est différent"
Jean Massiet

En tant que personnalité du web, quel est votre regard sur la télévision ?
Je n'ai pas de regard sur la télé parce que je ne la regarde pas. En fait, ça fait 15 ans que je n'ai pas sérieusement regardé la télévision. Je sais d'ailleurs que c'est un défaut que j'ai, parce que je suis très éloigné du paysage audiovisuel classique. On me parle parfois de personnalité de plateau dont je ne connais même pas l'existence. Je confonds encore "C ce soir" et "C à vous" ! Après, je suis très proche de la télé de par ma famille parce que ma maman travaille dans la télévision et donc depuis j'en suis imprégné depuis tout petit. Je sais comment fonctionne la télé et donc je suis un peu informé.

En fait, la télévision est un média et un mode de diffusion que je ne consomme pas et que le public auquel je parle ne consomme pas. Donc on passe complètement à côté, et on vit très bien.

Vous ne regardez pas la télévision, même les émissions politiques ? Ce 23 mars vous étiez diffusés en même temps que "L'Événément" sur France 2...
C'est quoi ? C'est l'événement politique ? Je ne savais même pas que c'était ce soir.

Donc vous n'êtes pas en concurrence ?
Non, il n'y a pas de concurrence. On ne parle pas au même public. Je ne pique pas de public à la TV et vice-versa. On a vu en plus avec les chiffres de moyen d'âge qui sont tombés récemment que ces émissions là touchent des personnes entre 55 et 65 ans en moyenne, moi je touche un public de 24 ans. On ne se pique pas de public, on ne parle pas le même langage, on ne diffuse pas la même chose. Le seul point commun entre la TV et nous, c'est le format d'image 16/9, tout le reste est différent.

C'était un atout pour récupérer les droits de diffusion de l'interview d'Emmanuel Macron auprès de TF1 et France 2 ?
Je leur ai expliqué que c'est un public qui allait se rajouter. Ils se trouvent qu'ils me connaissent, j'ai déjà acheté des droits de diffusion par le passé, donc ils ont accepté, puisqu'ils connaissent aussi mon dispositif éditorial. Et cette fois, j'étais le seul à les vouloir. La dernière fois, pendant le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, Samuel Etienne et Hugo Décrypte avaient aussi acheté les droits.

Il y a un tarif réduit pour Twitch ?
Non, ils ne font pas de tarif Twitch. Ça coûte très cher, on peut même dire que ça coûte un bras. Je crois par contre qu'ils ont des tarifs pour les TV locales et les petites chaînes satellitaires.

Au final, le dialogue est facile avec la télévision ?
Pas vraiment ! C'est très marrant car, je ne regarde pas la TV, mais je discute beaucoup avec des gens de la TV, que ce soit côté diffuseur ou côté producteur. C'est vraiment drôle parce qu'on ne parle pas le même jargon, vraiment on ne se comprend pas. Ils utilisent des mots et des termes pour désigner des postes techniques etc, que je ne connais pas et que je ne comprends pas. Nous c'est pareil sur Twitch, on a du vocabulaire qu'ils ne comprennent pas. Les deux médias ont leurs grammaires. Eux ils utilisent le terme diffuseur par exemple. Moi je n'en ai pas, je suis diffuseur, producteur, animateur... Je ne vends pas mon programme à un diffuseur, c'est moi !

Vous avez déjà été en collaboration avec des médias traditionnels. Au vu de votre succès actuel, est-ce qu'ils ont tenté de vous débaucher ?
Effectivement, j'ai été producteur pour Public Sénat, chroniqueur pour France Info, France Inter, LCI, ainsi que quelques émissions avec France Télévisions. J'ai eu plein de propositions diverses et variées. Le problème c'est que les médias traditionnels n'ont rien, ou pas grand-chose, à m'apporter. Ils n'ont pas d'audience à m'amener, c'est plutôt moi qui en général leur apporte de l'audience. Ils n'ont pas de savoir faire sur ce que je sais faire, c'est plutôt ce qui les intéresse, et ils n'ont pas non plus d'argent contrairement à ce qu'on pense. En-tout-cas pour internet.

En général, quand on discute et qu'on cherche à imaginer ensemble des formats, trouver quelque chose d'intelligent et mutuellement profitable, mais on n'y arrive jamais. Moi je ne sais pas faire et ne veux pas faire de TV ou de radio. Et eux, ne veulent pas et ne savent pas diffuser sur des plateformes d'influences sur lesquelles les marques médias ne marchent pas. Typiquement, je veux bien faire des émissions mais si elles sont diffusées sur ma chaîne. Or, un diffuseur, par définition ne va pas payer un mec pour diffuser sur une autre plateforme que la sienne, c'est normal. On a souvent du mal à bosser, après je crois que l'avenir va être à la collaboration, on va y arriver petit à petit. Mais on n'a pas encore de recette parfaite.

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