Jérôme Niel comme vous ne l'avez jamais vu. Exit les vidéos humoristiques sur Instagram ou YouTube, celui qui a débuté sur Dailymotion en 2007 donne un nouvel élan à sa carrière en interprétant le premier rôle de "Paolo", nouvelle série française disponible dès aujourd'hui sur HBO Max.
Librement adapté du livre de Sébastien Marnier, ce thriller de sept épisodes raconte l'histoire d'un homme ordinaire dont la vie va basculer lorsqu'il recroise la route de Théophane, un ancien camarade d'école aujourd'hui candidat à la mairie de sa ville. Rapidement, la simple admiration va se transformer en une obsession dévorante… Résultat, un thriller intense, efficace, qui vous tiendra en haleine jusqu'à la dernière minute. Puremedias a rencontré Jérôme Niel au Festival de la fiction de la Rochelle 2026 pour en parler.
Propos recueillis par Benjamin Rabier
Puremédias : Quand on s'appelle Jérôme Niel, on passe un casting pour décrocher le premier rôle d'une série comme "Paolo" ?
Jérôme Niel : Bien sûr. Même deux. Je suis passé face à une directrice de casting. À ma grande surprise, comme c'est quand même un rôle différent de ce que j'avais pu interpréter jusqu'à maintenant, ça a plu... Donc j'ai passé un deuxième entretien avec le réalisateur Sébastien Marnier. Et j'ai eu le rôle.
Pour moi, "Paolo", c'était vraiment le GraalJérôme Niel
C'est un rôle où l'on ne vous attend pas. Qu'est-ce qui vous a plu dans ce projet ?
Justement d'être là où on ne m'attend pas. Je trouve qu'en tant qu'acteur, actrice, c'est quelque chose d'assez jouissif d'interpréter des rôles différents. "Paolo", c'était pour moi une opportunité magnifique d'interpréter un rôle complexe, avec plusieurs couches, qu'on va suivre sur sept épisodes. Pour moi, c'était vraiment le Graal.
Vous êtes le premier rôle de cette grosse production HBO. Est-ce que ça met aussi une pression sur les épaules ?
On a envie d'être au niveau, face aux attentes du réalisateur, de la productrice, du diffuseur HBO. Qui croient en nous, tout simplement. Mais aussi des actrices et des acteurs qui m'entouraient. Très vite, j'ai vu le niveau, il était très haut. J'étais fasciné, admiratif de mes collègues. Donc forcément, on se tire tous vers le haut. Et puis on avance comme ça au fil des semaines. Et on espère que ça plaise au plus grand nombre ensuite.
C'est un rôle hyper complexe. Comment l'avez-vous préparé ? Aviez-vous lu le livre avant ?
Je ne l'avais pas lu puisque le réalisateur m'avait défendu de le faire. Pour laisser libre cours à mon imagination, mon interprétation. Mon travail en amont a été de lire le scénario en long, en large et en travers une centaine de fois. De discuter avec le réalisateur également. Puis j'ai travaillé avec un coach qui s'appelle Daniel Marchaudon. On a travaillé le rôle, parlé de certaines scènes. Enfin, je me suis fait coacher sportivement par mon grand frère qui est coach de sport. Donc c'était beaucoup de salles de sport et très peu de cacahuètes.
Il y a eu une véritable transformation physique pour le rôle de Paolo. C'était important pour vous de changer d'apparence ?
C'était surtout dans le script (rires). C'était vraiment pour le rôle, de ce que ça peut raconter aussi du personnage de Paolo qui vient d'une certaine classe sociale. Et tout ça en miroir face au personnage de Yoann Gasiorowski qui joue le rôle de Théophane, qui vient lui d'une classe beaucoup plus bourgeoise. Et donc ces deux personnages qui vont se rencontrer. Au-delà de l'aspect physique, ça peut raconter une certaine chose de la masculinité.
Sébastien Marnier filme les corps d'une certaine manière, ça raconte beaucoup de choses. Tous les personnages sont filmés d'une certaine manière, d'une manière corporelle j'ai envie de dire et ça raconte beaucoup de choses. C'est ça qui est intéressant, ce n'est pas du tout gratuit. Ce n'est pas du show-off, ce n'est pas de l'ego trip. Bien que j'étais très content à un moment de me voir comme ça physiquement. Mais franchement, j'étais très content de reprendre les Pringles également. Parce qu'on ne peut pas tenir comme ça tout le temps.
"C'était beaucoup de salles de sport et très peu de cacahuètes"Jérôme Niel
Quelle a été votre préparation sportive ? On a beaucoup entendu parler, par exemple, de la méthode de Tom Holland pour "Spider-Man" cet été...
J'ai essayé le truc de Tom Holland. Franchement, c'était impossible de suivre son rythme. Moi, c'était vraiment pousser et soulever des poids puis un gros travail sur l'alimentation : plus d'alcool, plus de chips, plus de sucreries. Et énormément de marche aussi. Je marchais, je pense, trois heures par jour.
De la marche inclinée notamment ?
Marche inclinée, exactement. Et ensuite, quand je n'avais pas le temps, je ne prenais plus le vélo, ni le métro, je me levais une heure plus tôt et j'allais en marchant à mes rendez-vous. Petit à petit, ça affine la silhouette de marcher. Et puis c'est très bon mentalement, on réfléchit, on écoute des podcasts, on travaille le rôle en même temps, etc.
Sur l'affiche de la série, vous apparaissez complètement nu. Comment avez-vous réagi quand HBO vous a montré le résultat ?
Dans un premier temps, j'ai explosé de rire. Je la trouve géniale cette affiche. Elle raconte tout. Il n'y a pas qu'un corps nu. Derrière "Paolo", on voit sur la vitre qu'il y a aussi le couple interprété par Yoann (Gasiorowski) et Magalie (Lépine-Blondeau). Il y a du sang dans la piscine. Il y a quelque chose d'esthétique, quelque chose de l'ordre aussi de la pin-up, mais c'est sur un corps masculin.
Quand j'étais adolescent, j'étais un énorme amateur des affiches de films. J'ai grandi à une époque où il n'y avait pas de plateformes. Le cinéma avait une place beaucoup plus importante, il y avait beaucoup plus d'affiches cultes qu'on pouvait afficher dans notre chambre. L'amour de l'affiche, je trouve, avec le temps, s'est un peu perdu, car il y a de plus en plus d'offres et de demandes.
"Pour 'Paolo', je marchais trois heures par jour"Jérôme Niel
Vous dites que vous avez travaillé avec un coach. Est-ce qu'il y a eu des scènes en particulier dans la série où le travail était particulièrement complexe ou vous questionnait ?
Bien sûr. On en parlait avec Sébastien Marnier, le réalisateur. Et ensuite, avec mon coach, le travail qui était intéressant, c'est d'essayer de retourner la scène dans tous les sens, de voir ce qu'elle racontait et de pouvoir être en mesure d'avoir une interprétation, voire deux ou trois interprétations et de les mettre à disposition comme ça du réalisateur et être en mesure surtout de ne pas rester bloqué sur une interprétation. De me mettre à l'aise le plus possible pour que si Sébastien Marnier, à un moment, me demande une autre couleur de jeu, je puisse être en mesure, par mon travail en amont, d'interpréter ça. Il n'y a pas de mystère, en fait. Plus on travaille, mieux c'est. Ça, je l'ai appris avec "Paolo".
"Paolo", c'est l'histoire d'une obsession. Est-ce que vous, ça vous est déjà arrivé d'être obsédé par quelqu'un ?
Non. Alors déjà, pour moi ce n'est pas forcément que de l'obsession. Je parlerais plutôt de fascination. Moi, je n'ai jamais été fasciné ou fan, vraiment, au point de commettre l'irréparable, comme peut le faire Paolo. Mais même au-delà de ça, non, je n'ai jamais été fan.
Et la politique, justement, est très présente dans la série. Est-ce que vous pourriez vous engager dans quelque chose comme Paolo ?
Je ne pourrai pas m'engager comme Paolo. Militer aussi fortement que lui, de manière très limite-limite ? Non plus. Ce qui est intéressant avec cette série, c'est que ce n'est pas une série politique, mais l'arène l'est vraiment. Ce mélange de genres, je trouve ça génial. En plus, en ce moment, dans ce beau pays qu'est la France, on ne va pas se mentir, là, il se passe deux, trois trucs... Je trouve intéressant de montrer, là encore, des classes sociales existantes qui cohabitent plus ou moins ensemble. On voit un décalage qui est en train de se créer de plus en plus. C'est intéressant de se dire qu'un thriller, qui est aussi une série divertissante, mais aussi une histoire d'amour, peut éveiller les consciences. Je n'ai jamais vu de série comme ça en France qui mélange tous ces styles. Et c'est pour ça qu'il faut les regarder, en fait.
"Je n'ai jamais fermé la porte à YouTube"Jérôme Niel
Vous avez débuté en 2007 sur Dailymotion. Est-ce que vous aviez déjà une vision de votre carrière, avec notamment des envies de cinéma ? C'était le but en commençant les vidéos ?
Ouais, non, pas du tout. Au début, c'était vraiment organique, viscéral. Très vite, comme j'ai vu que ça me plaisait, j'ai vite espéré que j'en ferais mon métier. Et c'est ce qui s'est passé. Après, ça a dérivé vers l'humour mais je regarde énormément de films dramatiques. En tant que comédien, en tant qu'acteur, c'est quelque chose que j'avais envie d'explorer un jour. Il s'est trouvé que ça arrivait à peu près à la moitié de ma vie puisque j'ai 39 ans donc le timing est parfait. Comme Paolo, je peux me poser des questions sur ma place dans la société, dans ce métier, etc... ? C'est une des questions de la série. Et je trouvais ça intéressant que ça arrive maintenant dans ma vie aussi.
Les réseaux, c'était il y a 20 ans. Est-ce que, pour vous, YouTube, c'est fini, fini ?
Ce n'est jamais fini, YouTube. En fait, moi, si tout d'un coup, il y a un film, un long-métrage, ou même un sketch que j'adore, et qu'on me propose de le faire sur YouTube, je le ferai. C'est juste que là, moi, de temps en temps, pour le plaisir à l'ancienne, je fais quelques mini-vidéos sur mon Insta pour m'amuser. Je ne réfléchis même pas. J'ai une idée comme ça. Je la tourne, je la monte sur mon téléphone. C'est vraiment pour l'amour. Mais je n'ai jamais fermé la porte à YouTube.