"Le racisme décomplexé d'Ici Lorraine" : c'est sous ce titre que le média en ligne "Blast" a révélé l'affaire. Dans l'édition du 17 septembre de l'émission "Bienvenue chez vous", diffusée sur la station régionale de Radio France, une interview de rue réalisée à Thionville a rapidement viré au dérapage.
Inspiré des micro-trottoirs humoristiques popularisés par Guillaume Meurice, le format repose sur l'animateur Marc Grandmontagne, figure familière des auditeurs d'Ici Lorraine. Ce matin-là à Thionville, dès les premières minutes : l'animateur s'amuse en comparant le chien de son interlocutrice à une "pépette gauchiste" ou "pépette de LFI". L'entretien s'enchaîne ensuite sur une succession de clichés xénophobes, sans contradiction.
"Vous trouvez vous que le problème actuel c'est l'insécurité ?", lui demande l'animateur. "Ah oui, les migrants, de toute façon, c'est des gens qui ne veulent pas s'intégrer, il n'y a pas de raison qu'on les garde", répond-elle. Sans s'en offusquer, il poursuit : "Pourquoi vous vous sentez en insécurité alors que ce n'était pas le cas avant ?". La dénommée Marylène répond : "Ils vous accostent pour avoir de l'argent, toujours de l'argent", affirme-t-elle.
Pire encore, à la question de savoir s'ils "sont agressifs", la passante rétorque sans détour : "Certains, pas tous (...) Parce que moi, je les engueule. Si je pouvais leur cracher dessus, je le ferais". L'animateur, loin d'interrompre la conversation, relance et en rajoute. "Après, les gens, il faut bien en faire quelque chose… Qu'est-ce qu'on fait ?" demande-t-il. "Eh bien, qu'ils dégagent" répond son interlocutrice. "Il faut qu'ils repartent, qu'ils retournent chez eux". L'animateur acquiesce, "Oui, mais chez eux, c'est quoi ?". "Je n'en sais rien, moi. C'est des Algériens, Roumains…" lâche-t-elle. L'animateur se contente de résumer : "C'est compliqué. C'est pour ça que les Français sont en colère. Il faut les écouter, même si ça ne fait pas plaisir à tout le monde."
Selon "Blast", la séquence n'a pas seulement été diffusée en direct : elle a été mise en avant sur le site de la station, comme une illustration des préoccupations locales avant d'être supprimée à la suite de leur article. Alertée par l'enquête du média indépendant, la directrice d'Ici Lorraine, Anaïg Haute, a reconnu la gravité de l'affaire : "Ces propos inadmissibles ne respectent ni le cadre de l'émission ni les valeurs que défend le réseau Ici." Elle précise que l'animateur sera convoqué, tout en assurant que la station "se désolidarise totalement" des déclarations tenues à l'antenne.
Contacté, Marc Grandmontagne se dit "chamboulé" par la polémique : "C'est le feu à la radio. Je suis déjà convoqué par la direction en octobre. C'est une émission catastrophique et ratée, j'en suis le seul responsable." Se défendant de toute sympathie pour l'extrême droite, il plaide l'erreur : "Je n'aurais pas dû me lancer sur un sujet politique : je suis animateur et pas journaliste. Je ne suis même pas l'actualité."
La maison mère, Radio France, n'a pas encore pris officiellement position. Contactée par "Blast" sa directrice Céline Pigalle n'a pas répondu. Mais selon leurs informations, une réunion devrait être organisée avec l'ensemble des responsables de stations locales pour rappeler les règles et éviter de nouveaux dérapages.

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