"Je n’ai jamais compris pourquoi le cancer était tabou". Matthieu Lartot a décidé de raconter son histoire. Dans "Ce qui nous tient debout, du récit à l’action", documentaire qu’il a coréalisé avec Anouk Burel, le visage emblématique du rugby sur France Télévisions revient sur la maladie qui l’accompagne depuis l’adolescence et a bouleversé à deux reprises le cours de sa vie.
À 17 ans, celui qui rêve encore de devenir joueur de rugby apprend qu’il est atteint d’un synovialosarcome, un cancer extrêmement rare du genou. La maladie est découverte après une blessure survenue sur le terrain. "Lors d’un match de rugby, un joueur me tombe sur la jambe. Je suis obligé de quitter le terrain, et on pense que c’est une banale entorse ou un problème de ligaments", avait-il raconté à Frédéric Lopez dans "Un dimanche à la campagne".
La suite est beaucoup plus lourde : quatre opérations, une quarantaine de séances de chimiothérapie et de radiothérapie et finalement l’ablation de son genou et d’une partie du fémur, remplacés par une imposante prothèse. Matthieu Lartot abandonne son rêve de carrière sportive mais trouve une autre manière de vivre sa passion en devenant journaliste. Il intègre le service des sports de France Télévisions et devient au fil des années l’une des voix incontournables du rugby sur le service public.
Mais en février 2023, alors qu’il se trouve à Rome pour commenter le Tournoi des Six Nations, une violente douleur apparaît. "Je ne pouvais plus marcher", s’était-il souvenu face à Frédéric Lopez. Le verdict tombe : son cancer récidive. Pour rester en vie, il doit cette fois accepter l’amputation de sa jambe droite. Une épreuve sur laquelle il revient aujourd’hui frontalement. "Cette longue épreuve a englouti des années précieuses de ma vie, des rêves d’adolescent, et m’a aussi atteint dans ma chair : j’ai dû me faire amputer il y a trois ans pour avoir des chances de survivre", écrit-il dans la note d’intention du documentaire.
Matthieu Lartot raconte également le rôle essentiel joué par ses parents, son épouse, ses enfants, les médecins et les personnels soignants, mais aussi par d’autres malades et personnes fragilisées par la vie, devenus ses "compagnons de route". Car le journaliste ne veut pas seulement raconter son propre parcours. "J’ai voulu faire ce film pour briser le tabou autour de cette maladie qui m’accompagne encore aujourd’hui", explique-t-il. Depuis qu’il a publiquement évoqué son cancer, il assure avoir reçu "des dizaines de milliers de messages" d’inconnus qui avaient, eux aussi, besoin de raconter leur épreuve. "C’est à eux que je pense en partageant mon histoire, pour leur tendre la main à mon tour, et leur dire qu’ils ne sont pas seuls."
D’autres personnalités ont ainsi accepté de se confier dans le documentaire. Thomas Dutronc évoque la douleur de la séparation avec sa mère, Françoise Hardy. Alice Detollenaere et Camille Lacourt racontent le cancer qu’ils ont traversé ensemble en tant que couple. Philippe Caverivière revient sur la manière dont les cancers de sa sœur et de sa mère ont transformé son existence, tandis que la journaliste sportive Mary Patrux témoigne de sa récente chimiothérapie.
À travers ces récits de malades et de proches aidants, le film veut montrer ce qui permet de "tenir debout" face à la maladie et libérer une parole encore difficile. Matthieu Lartot avait lui-même impressionné par la rapidité de son retour à l’antenne après son opération. Deux mois et demi seulement après son amputation, il retrouvait France Télévisions pour commenter la Coupe du monde de rugby en septembre 2023. Laurent Luyat, très ému en l’accueillant dans "Stade 2", avait alors comparé son parcours à celui "d’un athlète de très haut niveau, qui relève d’une grave blessure".