Pascale Breugnot ("Alice Nevers, le juge est une femme") : "La fiction française est en pleine mutation"

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Pascale Breugnot ("Alice Nevers, le juge est une femme") : "La fiction française est en pleine mutation"
Pascale Breugnot livre son avis sur l'état actuel de la fiction française
Pascale Breugnot livre son avis sur l'état actuel de la fiction française © Christophe Charzat / TF1
La productrice Pascale Breugnot évoque pour puremedias.com le retour de "Alice Nevers, le juge est une femme" jeudi soir sur TF1 et analyse l'état de la fiction française.

Pascale Breugnot est une fine connaisseuse de la télévision. Journaliste et productrice indépendante, elle a notamment été directrice des documentaires et magazines et directrice de la création chez TF1. Désormais à la tête de la société Ego Productions, elle s'illustre dans la production de nombreuses fictions comme "Doc Martin", "Tiger Lily" ou encore "La famille Katz" avec Julie Depardieu. A l'occasion du retour sur TF1 dès jeudi soir de la 12e saison de "Alice Nevers, le juge est une femme", Pascale Breugnot a accepté de révéler à puremedias.com les secrets de la longévité de cette série portée depuis plus d'une décennie par Marine Delterme. L'occasion pour elle de donner aussi son avis sur la fiction française d'aujourd'hui.

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Propos recueillis par Benjamin Meffre.

puremedias : "Alice Nevers, le juge est une femme" revient jeudi pour une douzième saison sur TF1 ? Comment expliquez-vous la longévité de cette fiction ?
Pascale Breugnot
: Je pense que ce qui fait la force de la série "Alice Nevers", c'est qu'elle se modernise en permanence. Cette fiction est pour nous un travail et une réflexion menés toute l'année. On est toujours à l'affût des sujets et des comportements nouveaux émergeant dans la société, qu'il s'agisse des comportements familiaux ou en entreprise par exemple. On cherche ainsi à coller un maximum à l'esprit du temps.

TF1 vous a commandé 10 épisodes pour cette nouvelle saison contre entre 6 et 8 les années précédentes. La chaîne vous fait particulièrement confiance cette année ?
J'espère. De manière générale, la chaîne vous fait confiance jusqu'à l'heure des résultats d'audience. La saison dernière, les scores de la série ont été bons (6,3 millions de téléspectateurs en moyenne soit 25% de l'ensemble du public, ndlr). L'avantage d'avoir plus d'épisodes, c'est de pouvoir apporter un peu plus de fantaisie, d'humour, de varier les plaisirs dans la série.

Le passage du 90 minutes au 2x52 minutes qu'"Alice Nevers" a négocié ces dernières années a également été utile ?
Oui, ça change beaucoup de choses. Avec un 90 minutes, il faut des sujets lourds capables de tenir la distance, surtout que maintenant, il faut aller vite sinon les gens s'ennuient. Avec les épisodes en 52 minutes, on peut avoir des sujets plus variés et apporter un peu plus de rythme. On peut par exemple aborder un thème plus léger en première partie de soirée avant de se concentrer sur un sujet plus noir en seconde partie.

"Broadchurch va faire des petits en France"

Quel regard portez-vous sur la fiction française actuelle ?
Il y a des choses qui bougent. Pendant un temps, on a eu une vague de séries américaines qui trustaient quasiment tout. Puis sont venues d'autres séries, d'Europe du Nord notamment, avec des sujets plus graves ou moins accessibles. Elles abordaient par exemple le politique ou le psychologique pur. Elles ont été diffusées notamment sur Canal+ et Arte qui peuvent se permettre de fédérer un public moins large que des chaînes comme TF1 ou France 2. Leur succès a cependant montré aux diffuseurs le potentiel des thèmes et nouveautés apportés par ces séries. Des choses s'écrivent en ce moment. D'une manière générale, la fiction française est de toute façon en pleine mutation.

La frilosité des chaînes que vous avez parfois dénoncée par le passé est-elle moins vraie aujourd'hui ?
Ça bouge aussi dans ce domaine là. Prenez "Broadchurch" (une série anglaise diffusée avec succès récemment sur France 2, ndlr) par exemple, ça va faire des petits en France, c'est sûr ! Pourtant, cette série ne correspond pas aux critères habituels de la fiction française. Elle a une histoire assez lente, des héros au profil très différent de ceux qu'on rencontre habituellement dans la fiction française. Mais cela a marché ! Même chose pour "Ce soir je vais tuer l'assassin de mon fils" sur TF1. C'est un unitaire très noir qui a très bien fonctionné car les gens sont contents de voir autre chose. Tout ça va dans le bon sens.

Vous avez d'autre projets en matière de fiction ?
J'ai actuellement un projet en écriture sur la vie du cardiologue Olivier Ameisen, un médecin brillantissime qui souffrait d'alcoolisme. Il a découvert que la prise du baclofène lui permettait de mettre fin à sa maladie. Il s'est par la suite battu avec acharnement contre le corps médical et les lobbies pour faire reconnaître l'efficacité du traitement qu'il avait lui-même expérimenté. Il est mort en juillet dernier avant que le baclofène ne bénéficie en mars pour la première fois d'une recommandation temporaire d'utilisation. J'ai aussi un autre projet en écriture pour Arte et je m'apprête à tourner un nouvel épisode de "Doc Martin".

Pascale Breugnot
Pascale Breugnot
commentaires
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chocotop

Je vous rejoins sur ce point, mais je pense qu'il y a des raison bien plus grande, c'est tout un système qu'il faut réviser...



lalo-19

En parlant de séries UK, TF1 a acquis au MIPTV la série de la BBC "The Missing" avec cependant un casting assez francophone (Tchéky Karyo, Saïd Taghmaoui...) La série britannique : nouvel eldorado ?



norbertgabriel

c'est exactement ça, les scénaristes français sont traités comme des paillassons par les prod' et les distributeurs.



Château de Boigne

C'est aussi et surtout parce que le scénariste est le dernier à avoir le contrôle sur le scénario. Nous avons de bons scénaristes en France, mais par frilosité, les chaînes (et surtout TF1) n'osent pas leur faire confiance par peur de déplaire aux annonceurs.



norbertgabriel

On a eu il y a 2/3 ans un spécialiste qui commentait tous les jours des émissions qu'il ne regardait pas, plus rien ne m'étonne...



norbertgabriel

Y a mieux "le juge est une ménagère de PLUS de 50 ans" comme Julie Lescaut en 2014, elle peut être mère, grand mère, divorcée, famille recomposée, avec un chat et un chien, des parents retraités avec un ou deux en maison de retraite en fin de vie, d'autres seniors dévergondés, et là, ça fait 100% de téléspectateurs potentiels.. ( ne pas oublier un chômeur en fin de droits, et un jeune en quête de premier emploi)



Backpacker

Je ne lui connaissais pas ce surnom... parfaitement trouvé! C'est elle qui avait fait de Morandini ce qu'est... Morandini! Notamment avec cette saloperie d'émission qui s'appelait "Tout est possible"! Et toute la trash TV voyeuriste des années 90... Quelle carrière!



fred-fredouille2

Nevers il faut trois minutes pour juger rien qu'au titre "le juge est une femme"."Madame le Juge" c'etait déjà fait, mais bon c'était pas une pin-up. "Le juge est une ménagère de moins de cinquante ans" ça aurait de la gueule quitte à mettre un titre débile.



chocotop

ce n'est pas le cas de toutes les series US, et certaines arrivent à être très bonne même avec ces contraintes. Si les series FR sont aussi nul c'est parce que la télévision française est peu concurrentielle (pas des grille de programmation harmonisé comme dans d'autres pays ) et oligopolistique, donc ne peu pas s'autoréguler dans le sens de l'émulation et innovation.



davide22

Dans ce cas, faudrait qu'il m'explique comment il peut savoir si la série est intéressant ou pas...



norbertgabriel

sans doute jamais...



davide22

T'a regardé combien de fois la série?



eiffelnord

Pas sûr que le public digérera X Broadchurch à la française.

Suis toujours étonné qu'on mette sur la même plan
des mini-séries (2-8 épisodes), des séries à saisons courtes (8-13 épisodes),
des séries à l'américaines (20-26 épisodes... de 26 à 50 minutes
... et en France de 90 minutes pour certaines séries à saisons courtes).

Et puis de séries un peu décalées, y a en a pas mal eu en France
ce temps-ci (ex sur France Télévision : Candice Renoir, Cain, Tiger Lily...)
mais faudrait sortir du carcan série policière.
Faut juste les muscler côté originalité (éviter la copie
de...) et réalisation (entre le rythme, le scénario, l'acting...)
et après bien promouvoir et diffuser cela.

Connais mal Alice Nevers mais entre les changements d'acteurs principaux, le changement de format, le changement de ton/style (dixit Pascale Breugnot)... le tout sur 12 ans avec des saisons courtes, je me demande si le tout est bien 1 seule et même série. Et puis un des drames des séries françaises c'est la gestion des saisons/épisodes, les réalisations ne s'enchaînent pas avec parfois deux ans entre deux saisons consécutives de "juste" 6-8 épisodes.



norbertgabriel

même impression globale, la mutation est donc de s'adapter aux formes US, des scénarios simplifiés, voire simplistes, prévus pour être coupés par des pubs toutes les 15/20 mn, donc tirés vers le bas... et pas de complications psychologiques, ça perturbe ... Dans les séries façon US, on a souvent le sentiment que les scénaristes s'adressent à des simplets en réexpliquant des trucs élémentaires (conséquence des coupures pub) fait que ça aille vite vite, et le public télé "de base" ne tient plus devant un téléfilm de 90 mn ... c'est un peu le principe fast food face à un restaurant gastronomique.. Question de goût...



Tietie75

Elle dit tout et son contraire dans son interview.
Je ne vois pas comment la fiction française peut-être en pleine mutation quand elle se contente de copier et mal les fictions étrangères lorsque celles-ci marchent.
Et perso je ne vois pas en quoi sa propre fiction le juge est une femme est moderne?
Son discours est certes interessant mais elle se contente au fond de produire des fictions bon marché pour les grandes chaînes, bref elle fait comme beacoup : elle ratisse large.



Château de Boigne

Pascale Craignos, que les Nuls l'appelaient à l'époque.



luc

Ça c'est sur, tant que certains regarderont ce genre de daube, la fiction française a de l'avenir...



jerem

"L'avantage d'avoir plus d'épisodes, c'est de pouvoir aporter un peu plus de fantaisie" ... petite coquille il s'agit d'"apporter".



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