Sortilège : Pas si bête que ça...

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Sortilège : Pas si bête que ça...
"Sortilège" est un film étonnamment charmant. Monstrueusement prévisible, ce conte fantastique est grotesque, certes, mais par-delà les clichés, il recèle des profondeurs insoupçonnées.

Vous êtes secrètement amoureuse de Frank Ribéry ? Courez donc voir Sortilège ! Car le sublime Alex Pettyfer, ensorce-laid, y est tout balafré. L’apollon est transformé en thon, marabouté par une des soeurs Olsen plus déguisée que jamais. A ce propos, est-elle habillée en The Row - la marque immettable qu'elle a créée avec sa sœur jumelle où le moindre basique coûte trois cents euros - ou a-t-elle emprunté son manteau à un clodo?

Remake de La Belle et La Bête, Sortilège n’a ni le style fantasque de Cocteau ni le charme enchanteur de Disney. Mais si le film est un carnaval de clichés, il n'en est pas moins jubilatoire. Pour peu, bien sûr, que l'on fasse preuve d'indulgence et que l'on tente de ne pas se fier aux apparences. Oui, bien sûr, il ressemble dangereusement à un épisode de Charmed. Mais c'est un épisode de Charmed réussi - bonjour l'oxymore - mieux, c'est un épisode de Buffy !

Du Shakespeare version MTV



Le film semble lui-même être victime d'un sortilège : les spectateurs, penauds et honteux, se sauvent comme des voleurs à l'issue de la séance. « On n’aura qu’à dire aux autres qu’on a vu Tranformers 3D, OK ? ». Vos amis les plus proches, eux, une fois informés que vous avez osé aller voir ce « navet pour ados attardés », vous regarderont comme si vous étiez Pinochet. Ils auraient pourtant bien tort de se priver d'un film aussi gentillet. Dire que Sortilège est niais, c'est un peu comme affirmer que Tom Cruise est gay : tout le monde le sait. Mais le film est bien moins bête qu'il en a l'air.

Sortilège est plus bestial que bête à vrai dire. Son héros, Kyle, envoûté, est animalisé. Le titre original est Beastly, qui signifie bestial mais également infecte et horrible. Qui est la bête dans Sortilège ? (Non, ce n'est pas Vanessa Hudgens). Est-ce Kyle, ce Ken blond top model à qui tout réussit au début du film, monstre d'égoïsme et de narcissisme ou bien Hunter, son alter ego défiguré qui se demande qui il est? Plus qu’une bluette mal inspirée, Sortilège est un conte sur l'identité.

Kyle, prisonnier du regard des autres, ne faisait que s’admirer. Mais s’était-il seulement regardé ? Et c'est un aveugle, interprété par Neil Patrick Harris, qui l'aidera à ouvrir les yeux : c’est du Shakespeare version MTV. Ce n'est pas un hasard si lorsque la transformation s'opère, Kyle se retrouve nez à nez avec un miroir brisé. « Le réel, c'est quand on se cogne », écrivait Jacques Lacan. Non, le film n’est pas vide : c’est une relecture, pour les fans de Twilight, des Métamorphoses d’Ovide. Mais le corps monstrueux d’Hunter que Kyle ne reconnaît plus n’est pas qu’une métamorphose, c’est une métaphore : celle de la puberté et de l’adolescence.

Ca ne se passera papa comme ça !



Avant de ressembler à un personnage de Nip/Tuck, le jeune Kyle était donc aussi odieux que son interprète Alex Pettyfer semble l’être dans la vie, à en croire certains journalistes. Mais pourquoi le blondinet multi-méché était-il si méprisable? La faute à son père obsédé par la beauté, joué par Peter Krause, l’inénarrable Nate de Six Feet Under. Superstar du JT, on le voit partout sauf à la maison. Les motifs d’arbres dessinés sur la vilaine peau grasse d’Hunter, la créature que Kyle est devenue, symbolisent ces racines du mal. « Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre mauvais porter de bons fruits » lit-on dans la Bible, comme sur son corps meurtri. Kyle, transfiguré parce que défiguré, rendra enfin son père caduc.

Et si Sortilège était un chef-d’œuvre ? Sacrilège ? Non, pas forcément : il suffit d'ouvrir le dictionnaire pour s’en convaincre. Un chef-d'œuvre est « une œuvre aboutie en son genre » et le film de Daniel Barnz est un teen movie particulièrement réussi. Tous les codes en sont respectés. Et, dissimulée entre deux clichés et deux sourires benêts, se cache cette vérité : il n’y a pas plus monstrueux que celui qui nous ressemble.

Sortilège
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