L’idée de départ du film de Lola Doillon s’avère assez intéressante ; elle a en tout cas le mérite de s’attaquer à des sujets intimes en visant au cœur de ses personnages. En misant sur Kristin Scott Thomas, elle savait qu’elle ne se tromperait pas : la performance très sobre de cette dernière fait tout l’intérêt du film, mais il est difficile pour une actrice de porter tout un film sur ses seules épaules. Elle apparaît en femme fragile et humaine, l’inverse de son rôle dans [film%]Crime d’amour[/film%], plus proche de celui de Partir, une femme forte qui montre néanmoins sa détresse.
Le huis clos de Contre toi n’est heureusement pas trop prolongé et évite ainsi l’écueil qui le rendrait déprimant. Les dialogues deviennent fascinants quand on nous plonge dans des eaux troubles : que dirait-on face à face aux gens qui nous ont fait un mal irréparable, si on avait le pouvoir sur eux ? A part quelques moments dérangeants et pas très jolis, l’ensemble rend triste, confus, mal à l’aise, mais légèrement, si légèrement que cela est à peine perceptible.
L’acteur masculin, beaucoup moins connu, Pio Marmai, a également été parfaitement choisi : il parvient à nous faire croire à ce psychopathe pas très dangereux qui se métamorphose en sorte de prince bourreau, en devenant même beau. En plus, ces deux-là forment un couple assez convaincant, mais comment se fait-il alors que la fin soit si plate et si soudaine, sans rebondissement aucun ?
Le problème de Contre toi est qu’il n’y a pas de problème apparent, alors qu’il devrait y en avoir un gros : on aborde là des problèmes psychologiques dont l’un frise le syndrome de Stockholm, cet attachement des victimes aux ravisseurs qui peut même devenir de l’amour. Ici, rien. Du vent, et le style très pauvre n’arrange rien. Ce qu’on en retient est un profond malaise et une grande solitude. Enfin, à défaut de proposer de la tension dramatique, Contre toi diffuse une ambiance équivalente à celle de Trouble every day.
On ne sait plus très bien où on est, ni vraiment dans la réalité, ni dans un monde fantastique, et ce ton glauque et sinistre a un je-ne-sais-quoi de particulier malgré la conclusion abrupte de l’aventure.
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