Tristan Waleckx : "'Complément d'enquête' se concentrera sur l'investigation au long cours"

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Tristan Waleckx : "'Complément d'enquête' se concentrera sur l'investigation au long cours"
Extrait de "Complément d'enquête" sur France 2 © France 2
Le journaliste prend ce soir la direction du magazine d'information de France 2.

Nouveau visage pour "Complément d'enquête". Après Benoît Duquesne, - le fondateur du magazine -, Nicolas Poincaré, Thomas Sotto et Jacques Cardoze, c'est Tristan Waleckx qui prendra ce soir les commandes du magazine d'information de France 2. Pour son premier numéro, le journaliste proposera un sujet de 52 minutes sur la thématique des fakes news et à la source d'enrichissement qu'elles représentent pour certains individus peu scrupuleux.

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puremedias.com est parti à la rencontre de ce journaliste trentenaire récompensé du prix Albert Londres pour un portrait de Vincent Bolloré diffusé justement dans "Complément d'enquête". L'occasion de lui demander ce qu'il compte changer et conserver de ce magazine qui fêtera cette saison ses 20 ans de diffusion sur France 2.

Propos recueillis par Benjamin Meffre.

puremedias.com : Comment avez-vous réussi à convaincre la direction de l'information de France Télévisions de vous choisir pour animer "Complément d'enquête" ?
Tristan Waleckx :
Il faudrait lui demander. Disons que j'ai essayé de lui proposer un projet qui corresponde à ce que je suis, c'est à dire un journaliste de terrain aimant par dessus tout l'investigation. Je souhaitais que l'émission fasse encore davantage la part belle à l'enquête et aux révélations. Ce projet était visiblement aligné sur celui de la direction de l'information pilotée par Laurent Guimier. Je plaidais aussi pour faire de l'interview dans les fameux fauteuils rouges un véritable moment de télévision en donnant la parole à des témoins rares. Je voulais que "Complément d'enquête" propose des interviews poussées.

Qu'entendez-vous par ce terme d'"interviews poussées" ?
Avec les équipes, nous avons posé le diagnostic qu'il y a une saturation du paysage médiatique par des commentateurs plus ou moins spécialistes de tout et de rien. Nous avons donc conclu que, dans la mesure du possible, nous essayerions d'interviewer le moins possible des commentateurs et le plus possible des acteurs de la thématique que nous abordons. Sur les fake news par exemple, nous n'avons pas interrogé l'un des très nombreux experts autoproclamés du sujet. Nous avons préféré interviewer dans les fauteuils rouges Vincent Flibustier, le créateur du site Nordpresse, qui assume fabriquer des fake news pour gagner de l'argent. Plus globalement avec cette séquence, je tâcherai d'installer une conversation de proximité avec l'invité, ce qui était selon moi l'idée de Benoît Duquesne avec ces fameux fauteuils rouges. L'idée n'est pas d'être forcément dans la confrontation mais surtout de poser toutes les questions nécessaires à la compréhension des faits. Nous souhaitons aussi pouvoir durant ces entretiens projeter des documents ou des extraits vidéo pour faire réagir les invités sur des révélations ou des témoignages inédits diffusés dans le documentaire.

Irez-vous davantage sur le terrain ?
Nous allons essayer de faire davantage voyager les fauteuils rouges, dans la limite de notre contrainte de délivrer une émission par semaine.

Quels autres changements comptez-vous apporter à "Complément d'enquête" ?
Nous allons tenter de mieux différencier "Complément d'enquête" d'"Envoyé spécial". Le magazine d'Elise Lucet sera cette saison davantage réactif et en lien avec l'actualité chaude - avec deux reportages sur l'Afghanistan ce soir par exemple - tandis que "Complément d'enquête" se concentrera sur l'investigation au long cours. Cette démarche se concrétisera par des sujets très majoritairement de 52 minutes avec une interview unique en fin d'émission. Les émissions avec trois reportages successifs ne seront presque plus présentes.

Ils ont dit
"Nous travaillons sur un portrait de Michèle Marchand"
Tristan Waleckx

Vos sujets ne seront pas forcément liés à l'actualité ?
Non, mais ils n'en seront pas nécessairement déconnectés non plus. L'important est que le téléspectateur apprenne à chaque fois quelque chose, via un témoignage ou un document inédit par exemple. Le sujet de ce soir sur les fake news est dans l'air du temps. Nous travaillons par ailleurs sur un portrait de Michèle Marchand et sur un autre consacré à Anne Hidalgo, qui sera diffusé dans quinze jour. Ce sujet sur la maire de Paris résume bien notre démarche. Il ne sera pas d'actualité au sens où nous ne la suivrons pas sur quelques jours pour montrer un carnet de campagne. Nous essayerons au contraire de proposer une vraie enquête sur la montée en puissance progressive de cette outsider ayant grandi dans l'ombre de Martine Aubry et Bertrand Delanoë et qui maintenant pourrait être la candidate à la présidentielle du PS.

Plus largement, comptez-vous traiter de la présidentielle qui s'annonce dans "Complément d'enquête" ?
Oui bien sûr. Nous sommes en train de plancher sur des sujets mais il est encore un peu tôt pour en parler.

Le ton des reportages de "Complément d'enquête" restera-t-il le même ?
Oui, nous allons rester fidèles à l'investigation sérieuse et à ce que nous répétait inlassablement Benoît Duquesne, à savoir "penser contre nous-mêmes". Nous voulons réaliser des enquêtes ultra-rigoureuses et implacables sur les faits, tout en sachant parfois douter de nos présupposés et enquêter à charge et à décharge sur nos sujets, notamment lorsque nous faisons des portraits de personnalité.

Avec un goût assumé pour le bras de fer ?
Surtout avec aucun tabou sur les thématiques d'enquête. Nous voulons de l'audace et nous ne devons rien nous interdire. Il y aura des enquêtes sociétales, d'autres sur les coulisses de tous pouvoirs, qu'il soit politique, économique ou médiatique, des portraits etc.

Sans pour autant marcher sur les plates-bandes de "Cash investigation" ?
Je pense que les formats des deux émissions sont très différents. "Cash investigation" est vraiment une émission évènementielle de prime time et a un ton très particulier et différent de celui de "Complément d'enquête". Je pense que nous nous distinguons aussi de "Cash" par les sujets traités puisque le magazine d'Elise Lucet se concentre sur le "monde merveilleux des affaires" quand "Complément d'enquête" a un spectre un peu plus large. Il n'y a donc aucune concurrence entre les deux magazines qui sont selon moi pleinement complémentaires. Et puis, plus il y a d'investigation sur le service public, mieux c'est !

Ils ont dit
"Nous planchons sur "une nuit 'Complément d'enquête'" pour les 20 ans du magazine"
Tristan Waleckx

Deux récentes enquêtes de "Complément d'enquête" sur des tragédies familiales (la bataille autour de l'héritage Berry et l'affaire Olivier Duhamel, ndlr) ont enregistré de belles audiences cet été. Est-ce une source d'inspiration pour la suite ?
Oui, je pense que nous avons un sillon à creuser en matière d'enquêtes sur des grandes sagas familiales.

Continuerez-vous à faire des collaborations avec des journalistes extérieurs à l'émission mais spécialistes d'un sujet, comme le duo Davet et Lhomme pour un numéro sur l'affaire Bygmalion par exemple en mars dernier ?
Oui, c'est possible. Nous allons essayer de développer des partenariats avec des confrères ou des consortiums de journalistes pour essayer d'être le plus possible dans la boucle de révélations importantes.

"Complément d'enquête" fêtera ses 20 ans cette année. Qu'est-il prévu ?
Oui, nous les célébrerons sans doute en décembre pour la 500e émission. Nous sommes en train de réfléchir avec les rédacteurs en chef - Hugo Plagnard, Séverine Lebrun, Clément Castex - et les reporters, à une nuit "Complément d'enquête" nous permettant de revenir sur ces deux décennies d'investigation et d'aborder le thème de la montée de la défiance. Nous allons essayer de proposer quelque chose d'ambitieux.

L'investigation peut-elle justement être un antidote à la défiance grandissante que les journalistes suscitent chez les Français ?
Oui, je le pense. L'investigation est le meilleur antidote aux fake news et à la défiance. Nous devons montrer que nous n'appartenons à aucun clan, que nous ne sommes pas aux ordres et que nous sommes capables d'enquêter de manière sérieuse sur tout le monde.

Ils ont dit
"Pour Europe 1, j'ai peur qu'on connaisse déjà la fin de l'histoire"
Tristan Waleckx

L'investigation n'est-elle pas une opportunité pour le service public de se démarquer de ses concurrents privés qui pour beaucoup l'ont abandonnée ces dernières années ?
Oui, c'est d'ailleurs une des choses qui a changé depuis mon arrivée dans le métier il y a une dizaine d'années. A l'époque, il y avait d'autres chaînes qui la pratiquait. Je pense notamment à Canal+ et à "Spécial investigation" par exemple. Le service public a une carte à jouer dans ce domaine. Entre "Cash investigation", "Envoyé spécial", le nouveau "Affaires sensibles" ou "Complément d'enquête", le service public est plus présent que jamais sur l'investigation. Après, nous ne sommes pas les seuls à en faire.

Où en êtes-vous de votre contentieux avec Vincent Bolloré suite au portrait que vous lui aviez consacré avec Mathieu Rénier ?
Nous avons gagné nos cinq procès en France. Une procédure est toujours en cours au Cameroun où nous risquons six mois de prison ferme. Cela fait maintenant cinq ans que cette bataille judiciaire dure. Nous espérons qu'elle sera définitivement terminée bientôt.

Ce portrait de Vincent Bolloré a été un véritable tournant dans votre carrière ?
C'est sûr qu'il en a constitué un moment important (rires). En nous attaquant en justice, Vincent Bolloré a donné une visibilité très forte à notre travail.

Vous inquiétez-vous de son arrivée à Europe 1 via Vivendi ?
C'est un peu délicat pour moi de parler de médias concurrents. Ayant travaillé sur ce qu'il s'est passé à Canal+ et iTELE il y a cinq ans, j'ai peur qu'on connaisse déjà la fin de l'histoire... Ce qu'on montrait il y a cinq ans dans notre documentaire n'était vraisemblablement pas totalement à côté de la plaque...

* 1,33 million de téléspectateurs (13,4% 4+) et 1,41 million de téléspectateurs (13,2%)

l "Fake news, la machine à fric" : Une enquête d'Aude Favre et Sylvain Louvet avec Babel Doc ce soir sur France 2. puremedias.com vous propose d'en découvrir un court extrait.

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