Vanessa Pontet : "Chaque saison de 'La guerre des trônes' nécessite un an de travail"

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Vanessa Pontet : "Chaque saison de 'La guerre des trônes' nécessite un an de travail"
Bande-annonce de la saison 5 de "La guerre des trônes" sur France 5 © Pernel media
puremedias.com a interrogé Vanessa Pontet, la créatrice de la série historique à succès de France 5 racontée par Bruno Solo.

C'est l'une des bonnes surprises de France 5 ces dernières années. En 2017, la chaîne publique lançait "La guerre des trônes, la véritable histoire de l'Europe", une nouvelle série documentaire historique évoquant le destin des dynasties françaises et européennes. Racontée par Bruno Solo, cette fresque prenait le parti de ne pas inclure d'interventions d'historiens, au profit d'une illustration des évènements par une grande carte de l'Europe et des reconstitutions fictionnelles.

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Malgré un budget limitant grandement l'ambition de ces dernières en première saison, les téléspectateurs avaient répondu à l'appel en étant près de 1,2 million chaque soir à suivre les aventures des têtes couronnées du vieux continent. De bons scores, confirmés les saisons suivantes, qui ont convaincu France 5 de commander chaque année une nouvelle salve d'épisodes de "La guerre des trônes". Désormais programmée le jeudi et non plus le vendredi, l'émission produite par Pernel Media se penchera à partir de ce soir 20h55 sur la fin du règne de Louis XIV, la Régence, puis l'accession au trône de Louis XV et enfin l'émergence de la philosophie des Lumières en Europe.

Pour mieux comprendre le succès de ce programme, puremedias.com est parti à la rencontre de Vanessa Pontet, auteure et réalisatrice de "La guerre des trônes" depuis son lancement, après avoir travaillé pour "Secrets d'Histoire", la célèbre émission de Stéphane Bern sur France 2. L'occasion de questionner avec elle la représentation de l'Histoire à la télévision aujourd'hui.

Propos recueillis par Benjamin Meffre.

puremedias.com : Pour cette saison 5 de "La guerre des trônes", vous avez décidé de retracer une bonne partie du XVIIIe siècle, de la fin du règne de Louis XIV jusqu'à l'émergence de la philosophie des Lumières. Pourquoi ce découpage historique ?
Vanessa Pontet :
Il n'y a pas de règle. L'ambition de "La guerre des trônes", c'est de découvrir les grands personnages historiques autrement. Le découpage est donc fonction de ce que nous avons envie de montrer aux téléspectateurs. Il ne faut pas oublier aussi le sous-titre de l'émission : "La véritable histoire de l'Europe". Nous étudions ce qu'il se passe en France, mais aussi ce qui advient à la même époque en Angleterre, en Espagne ou dans le Saint-Empire romain germanique. Cette préoccupation guide également notre choix de découpage, tout comme la psychologie des personnages historiques que nous traitons. Nous croyons par exemple tout connaître de Louis XIV. Or, nous allons découvrir dans cette saison 5 que la fin de son règne est une véritable tragédie personnelle et politique.

Vanessa Pontet, la créatrice de "La guerre des trônes"
Vanessa Pontet, la créatrice de "La guerre des trônes" © DR

Dans cette nouvelle salve d'épisodes, vous montrez aussi combien la régence de Philippe d'Orléans ne peut se résumer à l'image de débauche popularisée par ses détracteurs à l'époque...
Oui, nous avons aussi souhaité nous attarder sur la Régence, une période finalement assez peu abordée à la télévision. Nous avons souvent en tête les orgies de "Que la fête commence..", le film de Bertrand Tavernier avec Philippe Noiret. Mais le Régent est surtout celui qui a permis de rétablir les finances du royaume, exsangues à la fin du règne de Louis XIV. C'est un personnage très intéressant, qui gouverne autrement, et prépare surtout l'accession au trône du petit Louis XV, un orphelin, profondément dépressif. Il est lui-aussi assez méconnu du grand public et nous allons tenter de montrer son histoire singulière dans cette nouvelle saison.

Cette approche psychologique de l'Histoire est la marque de fabrique de cette série documentaire ?
Oui, nous tâchons de rendre humain ces têtes couronnées et ainsi de mieux comprendre certaines de leurs décisions. Notre travail est aussi de mettre en perspective ces époques avec celle d'aujourd'hui. Le regard de Bruno Solo est à cet égard formidable ! Il apporte sa pointe de modernisme et son humour. Il dit des choses sérieuses sans se prendre au sérieux, en parlant comme on parle aujourd'hui.

Un moyen de rendre l'Histoire moins ennuyeuse à la télévision ?
Moins académique et plus moderne, oui.

Question fondamentale : Bruno Solo perd son emblématique manteau de cuir dans cette cinquième saison. Pourquoi ?
Tout le monde m'en parle (rires). Nous avons voulu faire un peu évoluer son look. Mais il garde une allure décontractée, rassurez-vous.

Est-ce Bruno Solo qui écrit ses textes ?
Non, c'est moi qui écris les scripts, en collaboration avec nos historiens et co-scénaristes. Ensuite, Bruno met sa patte et apporte son humour, avec toujours pour idée que cela serve le récit, que ce ne soit pas gratuit.

Ils ont dit
"Thierry Beccaro en frère de Louis XIV, c'est l'une de mes idées"
Vanessa Pontet

Cette cinquième saison fait une place plus grande aux reconstitutions historiques sous forme de fiction. Pourquoi ce choix ? Est-ce une volonté éditoriale ou la conséquence logique d'une augmentation du budget de l'émission ?
Il est vrai que notre budget a augmenté mais ce n'est pas la principale raison de la plus grande place accordée à la fiction. Plus nous avançons dans le temps, plus nous avons de traces historiques des phrases prononcées par les personnages que nous montrons. Toutes les phrases prononcées par nos comédiens sont actualisées mais sont historiquement exactes. Nous les tirons des témoignages de leurs contemporains, d'historiens spécialistes de l'époque les ayant extraites des archives. "La guerre des trônes" est notamment scruté de près par Mathieu Da Vinha, le directeur du centre de recherche scientifique de Versailles. Il fait très attention à tout ce qu'on écrit dans la série.

Cette saison 5 est aussi marquée par l'arrivée d'un guest surprise : Thierry Beccaro, ex-présentateur de "Motus" sur France 2, qui endosse le costume de Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV. Comment s'est-il retrouvé dans cette série documentaire ?
C'est une de mes idées (rires). Je ne le connaissais pas personnellement auparavant mais je l'ai toujours trouvé très à l'aise sur scène, notamment dans les pièces de théâtre diffusées sur France 2. J'en ai parlé à Bruno Solo qui a immédiatement apprécié l'idée. Nous l'avons appelé et il a accepté.

Cherchez-vous une ressemblance physique entre les acteurs et les personnages historiques qu'ils interprètent ?
Non, jamais. Nous ne cherchons pas à avoir une grande ressemblance mais plutôt à travailler avec des acteurs qui jouent bien et qui vont nous permettre de ressentir la personnalité des personnages.

Combien de temps de production prend une saison de "La guerre des trônes" ?
Chaque saison représente un an de travail. Il y a un long effort de pré-production, de recherches historiques, de rédaction des scripts, en partenariat avec nos historiens et co-scénaristes. Nous tournons ensuite entre trois semaines et un mois pour mettre en boîte les parties "fiction", puis autant pour les interventions de Bruno Solo.

Choisir, c'est faire l'impasse sur certains faits. Comment décidez-vous de traiter ou de ne pas traiter un fait historique ?
Nous essayons de retenir ce qui est vivant et ce qui va avoir de l'impact en Europe. Par exemple, nous nous sommes arrêtés lors de cette saison 5 à la veille du début de la Guerre de 7 ans car c'est la première guerre mondiale de l'Histoire et qu'elle mérite en elle-même deux à trois épisodes. Ce sera le rendez-vous important du début d'une éventuelle saison 6.

Thierry Beccaro dans "La guerre des trônes" sur France 5
Thierry Beccaro dans "La guerre des trônes" sur France 5 © Jo Voets/FranceTV

France 5 ne s'est pas encore engagée pour une sixième saison ?
Non, pas encore. La décision de reconduire le programme ou non intervient généralement en début d'année.

En lançant "La guerre des trônes" en 2017, imaginiez-vous être encore à l'ouvrage cinq ans plus tard ?
Nous en rêvions ! Mais nous ne pouvons jamais le savoir à l'avance.

Si l'audience suit, jusqu'à quelle période comptez-vous conter "La guerre des trônes" ? A partir de 1789, l'Histoire de France connaît des républiques et des empires, et plus seulement des monarchies...
Je pense que nous pouvons sans problème aller jusqu'au Second empire et Napoléon III. Mais nous n'irons pas jusqu'à Emmanuel Macron ! (rires)

Dans "La guerre des trônes", vous vous focalisez sur la vie des grandes cours européennes. Un grand absent : leurs sujets, les peuples. Est-ce un regret ?
Nous aimerions avec Bruno Solo pouvoir passer plus de temps à montrer les conséquences sur les populations des décisions des souverains. Mais il est difficile de l'intégrer dans des saisons qui ne font que six épisodes de 52 minutes.

Ils ont dit
"Les critiques en monarchisme contre 'Secrets d'Histoire' ne m'ont pas du tout affectée"
Vanessa Pontet

Vous avez travaillé sur "Secrets d'Histoire" pendant sept ans. Cette émission met aussi souvent à l'honneur les têtes couronnées. C'est une méthode sûre pour attirer un large public à la télévision ?
Disons que cela permet d'incarner l'Histoire et de la rendre plus vivante pour le grand public. Quand vous demandez aujourd'hui aux enfants pourquoi ils n'aiment pas les cours d'Histoire, c'est souvent parce qu'elle se résume trop à une succession froides de dates.

Avez-vous reçu les mêmes critiques en monarchisme pour "La guerre des trônes" que celles essuyées pendant longtemps par "Secrets d'Histoire", notamment de la part de Jean-Luc Mélenchon ?
Non. Peut-être est-ce l'effet européen qui veut cela...

Ces critiques contre "Secrets d'Histoire" vous ont-elles affectée à l'époque ?
Pas du tout. D'autant plus qu'elles étaient totalement infondées. L'émission n'a pas traité uniquement des têtes couronnées, loin de là. Je vois encore des émissions diffusées sur Zola ou Flaubert. Ils ont dû rater leur couronnement...

Ils ont dit
"L'Histoire n'est pas assez traitée à la télévision"
Vanessa Pontet

Comment jugez-vous la représentation de l'Histoire à la télévision aujourd'hui ?
Je trouve que l'Histoire est bien traitée mais pas assez. Il y a eu par le passé une grande vague de fictions historiques. Je pense par exemple à "Versailles, le rêve d'un roi" ou "Louis XV, le Soleil noir" de Thierry Binisti en 2007 et 2009. Ce genre a ensuite un peu disparu des écrans français tandis qu'il essaimait chez nos voisins européens, à l'image de la série historique "Marie-Thérèse d'Autriche" (une co-production entre la République tchèque, l'Autriche, la Hongrie et la Slovaquie, finalement diffusée en 2020 sur Arte, ndlr). Heureusement, ce genre revient petit à petit aujourd'hui, à l'instar des "Aventures du jeune Voltaire" d'Alain Tasma (diffusé en février 2021 sur France 2, ndlr). Et c'est tant mieux !

Le service public semble certes reprendre le flambeau mais ces programmes ont quasiment disparu des chaînes privées généralistes...
Oui, et cela est dommage. Il y a une idée souvent répandue que l'Histoire est forcément rébarbative. C'est totalement faux. Moi, j'ai par exemple plus jeune passé des heures devant les récits télévisés d'Alain Decaux qui rendait l'Histoire passionnante. C'est ce que j'essaye aussi de faire à mon niveau avec "La guerre des trônes". Et avec le sourire ! On n'est pas obligé de pleurer et de s'ennuyer avec l'Histoire de France. Bien au contraire, on peut aussi se marrer !

Outre le coût très important des programmes historiques, l'une des explications avancées pour expliquer la frilosité des chaînes privées vis-à-vis de l'Histoire est le fait qu'elle ramène devant la télévision un public âgé, peu prisé des annonceurs. Comment intéresser les publics plus jeunes à cette matière ?
Je pense que l'écriture, la mise en scène et l'humour peuvent y contribuer. Il faut rendre l'Histoire la plus vivante possible en faisant exister ses principales figures. La fiction est pour cela un très bon véhicule.

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