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"Vous avez du sang sur les mains" : Des journalistes de BFMTV pris à partie à Trappes lors du rassemblement pour les victimes de l’attentat terroriste
Publié le 25 octobre 2026 à 12:16
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Venus couvrir un rassemblement en hommage aux victimes de l'attaque terroriste raciste de Trappes, des journalistes de BFMTV ont été pris à partie par plusieurs personnes présentes sur place, samedi 24 octobre. La société des journalistes et la direction de la chaîne ont condamné ces incidents.
Des tensions entre journalistes et manifestants captées par les caméras de BFMTV à Nantes ce 17 octobre 2026 © BFMTV

Leurs caméras n’étaient pas les bienvenues. Ce samedi 24 octobre, au lendemain de l'attaque terroriste raciste qui a frappé Trappes et La Verrière, dans les Yvelines, des journalistes de BFMTV ont été pris à partie lors d'un rassemblement organisé en hommage aux victimes. Une minute de silence a notamment été observée en mémoire des personnes touchées par la fusillade, qui a fait un mort et cinq blessés vendredi matin, dont une fillette de 12 ans. Le suspect, un homme de 39 ans, a été interpellé et placé en garde à vue. Le parquet national antiterroriste a ouvert une enquête, notamment pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec une circonstance aggravante liée au caractère raciste des faits.

"Travailler dans la peur constante d’une agression sur le terrain"

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, plusieurs reporters sont filmés quittant les lieux, chassés par un groupe de personnes particulièrement remontées. Si les journalistes semblent s'éloigner calmement, les échanges sont tendus. "Honte à vous, vous avez du sang sur les mains !", peut-on entendre. Ou encore : "Vous venez le lendemain d’un attentat terroriste, vous n’avez pas honte ? Cassez-vous !" 

Sur X, la SDJ de BFMTV a publié un court communiqué : "Cet après-midi, une équipe de reporters de BFMTV a été violemment prise à partie par des personnes hostiles à Trappes. Nous apportons tout notre soutien à notre équipe qui faisait son travail avec rigueur et sérieux, et nous condamnons fermement ceux qui les ont agressés. Il est inacceptable de devoir travailler dans la peur constante d’une agression sur le terrain."

Interrogée par la journaliste indépendante Sihame Assbague, une femme présente au rassemblement, qui explique avoir fait spécialement le déplacement depuis Dunkerque, témoigne : "On a été mis à l’écart pour répondre à quelques questions d’un média (...) et quand j’ai demandé de quel média ils étaient, ils m’ont dit BFMTV. Et pour moi, BFMTV comme CNews, comme d’autres médias, ils sont à l’origine aussi de ces tueries, ils n’ont rien à faire ici, ils sont contre nous, ils sont contre le peuple, ils sont contre les Noirs, les musulmans et les Arabes, donc ils n’ont rien à faire ici.""Ils sont responsables, comme l’État, comme les politiques. 24 heures sur 24, tous les jours, ils véhiculent que des mensonges", poursuit-elle, dénonçant notamment l'absence, selon elle, de contradiction sur les plateaux de télévision. "Ils devraient avoir honte, ces médias devraient être fermés définitivement."

De son côté, la direction de BFMTV a signalé d'autres incidents survenus à Paris, en marge des manifestations du 24 octobre. "À Trappes et à Paris, plusieurs journalistes de BFMTV ont été pris à partie alors qu’ils couvraient des rassemblements et manifestations", écrit-elle dans un communiqué relayé par "Le Parisien" et publié sur X. Elle condamne des "comportements inacceptables" qui "mettent en danger la sécurité des journalistes dans l'exercice de leur métier".

"Vous devriez laisser moins libre cours aux paroles décomplexées et racistes"

Ces tensions interviennent alors que le rôle des médias dans la diffusion de discours stigmatisants fait l'objet de vives critiques depuis l'attaque. Dès vendredi, le maire de Trappes, Ali Rabeh, avait directement interpellé BFMTV lors d'une interview en direct. "C'est aussi sur ces plateaux que se fabrique le discours idéologique qui permet à des personnes comme ce monsieur d'organiser, de planifier des attentats, en considérant qu'il doit faire la guerre contre un ennemi de l'intérieur" avait-t-il lancé. "Vous devriez parfois, comme c'est le cas dans d'autres pays d'ailleurs, laisser moins libre cours aux paroles décomplexées et racistes", avait-il ajouté, dénonçant notamment des propos tenus à l’antenne des "Grandes Gueules" en octobre 2024. Le chroniqueur Jean-Loup Bonnamy avait alors plaisanté sur la possibilité de tourner une série intitulée "Emily in Kaboul" à Trappes.

Samedi, Jean-Luc Mélenchon a lui aussi pris à partie un journaliste de BFMTV qui l'interrogeait lors d'un cortège parisien, porte d'Italie. "Et vous, BFM, commencez à vous calmer sur les remarques racistes de toutes sortes, parce que ça commence à bien faire !", a lancé le leader insoumis, avant d'ajouter : "Allez faire du racisme à la télé et foutez-nous la paix."

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Dans ce climat particulièrement tendu, BFMTV a également décidé de déprogrammer une interview d'Éric Zemmour initialement prévue samedi soir à 21 heures. Un cadre de la chaîne a précisé à Puremédias que cet entretien avait été organisé avant l'attaque de Trappes et que la décision de l'annuler avait été communiquée au président de Reconquête dans la matinée. Cette déprogrammation intervient après le lancement d'une pétition dénonçant la présence à l'antenne du polémiste d'extrême droite au lendemain d'un attentat raciste. Quelques jours plus tôt, ses déclarations sur LCI, associant les violences en marge des manifestations à la théorie complotiste du "grand remplacement", avaient déjà provoqué plusieurs signalements à l'Arcom.

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Par Bruna Fernandez | Journaliste
Née à l’époque des “Inconnus”, Bruna grandit entre le Brésil et la France. Enfant, elle enrichit son imaginaire devant le grand et le petit écran. Devenue journaliste, elle passe derrière la caméra et travaille pour plusieurs émissions. Un petit monde qu’elle se plaît à décortiquer pour puremedias.
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