Tout le talent de rendre une histoire réaliste tout en osant les couleurs, les formes et l’élégance. "A l’origine" est un film simple et complet qui nous tient de bout en bout sans avoir besoin d’artifice.
Le réalisme d'une province profonde filmé avec poésie
Dans son cinéma,
Xavier Giannoli arrive à réunir les extrêmes : raconter une histoire vraie mais improbable, et filmer la réalité sans oublier la grâce. Avec
Quand j'étais chanteur, il nous avait déjà montré son amour de la province, de ces petits bourgs qu'il filme sans se moquer, les difficultés du quotidien, défilés de majorettes, levez le bâton bien haut, et hop c'est parti. Il retrouve ici
Gérard Depardieu auquel il confie un petit rôle, mettant
François Cluzet sur le devant de la scène.
Petit escroc pas vraiment malhonnête, il se fait passer pour un chef de chantier et lance la construction d'un tronçon d'autoroute, sans jamais vraiment penser à l'argent. Il le fait parce qu'il fallait le faire, pour être quelqu'un, le sauveur d'une population où le chômage s'élève à 25%. Pas vraiment un gentil, pas vraiment un salaud, plutôt un paumé. De petits en coups en grosses arnaques, il monte son projet, se fait aimer, et redonne espoir. Improbable, cette autoroute ? Elle existe pourtant bel et bien, et la DDE l'a ensuite reconnue conforme. Comme quoi.
Le talent, en toute simplicité
Mais son talent réside surtout dans le fait de filmer la réalité avec grâce. Là où bon nombre de réalisateurs sacrifient sur l'autel du réalisme pur et dur la moindre recherche esthétique, Giannoli nous en met plein les yeux sans faire dans l'envolée lyrique. Et paf, un ballet de tractopelles gracieux (et oui, chez Giannoli, un tractopelle, c'est gracieux), et toc, c'est beau une autoroute la nuit. Oui, c'est beau, grâce à une image et une lumière de Glynn Speeckaert qui donnent à ce no man's land, qui aurait plu à
Ken Loach, un peu de rondeur et de couleurs.
Dès lors, toute l'histoire prend une allure de fable et on attend, à chaque seconde, le moment où il va se faire prendre. Mais non, tout se déroule selon ses plans. Pas besoin de coups de feu, de rebondissements excentriques, tout se tient, là, sur ce petit bout de bitume fumant.