"Être sur tous les terrains, tous les territoires et délivrer la meilleure information possible", martèle Stéphane Sitbon-Gomez. Ce mardi 2 juin 2026, lors d'un événement organisé au siège de France Télévisions, le directeur général adjoint en charge des offres et de la stratégie éditoriale chez France Télévisions a présenté à une poignée de privilégiés le "plan d'envergure" qui vise à voir 20.000 heures de contenus d'information du service public se publier sur YouTube. "On est dans une période extrêmement challengée pour la télévision, dans un marché publicitaire compliqué. L'ensemble des usages sont en train d'exploser, a-t-il reconnu. Ce partenariat est une stratégie éditoriale et technologique. C'est une évolution de modèle qui consiste à dire que la force du service public, c'est d'être universel, c'est de toucher tout le monde, de s'adapter à tous les formats et d'essayer de proposer les meilleurs contenus à tout le monde."
S'inspirant du "virage stratégique" opéré par Channel 4 avec YouTube en Angleterre en 2024, le numéro 2 de France Télévisions a alors entamé des discussions avec la plateforme américaine. "Lors de nos discussions, on a rapidement compris qu'il y avait un enjeu spécifique autour de l'information, rembobine-t-il. Aujourd'hui, un Français sur deux s'informe sur YouTube et va sur la plateforme pour chercher de l'information. Notre responsabilité citoyenne en tant que service public, c'est d'amener à n'importe quel citoyen une information vérifiée, impartiale et équilibrée. C'est notre rôle de le faire absolument partout et sur tous les terrains. Dans un moment de fatigue démocratique, de crise civique, d'interrogations sur les valeurs, c'est quoi le rôle du service public ? C'est d'aller mener pied à pied, par tous les moyens possibles, la bataille de l'information."
Pour le service public, dont la moyenne d'âge en linéaire avoisine les 62 ans, s'implanter sur YouTube va également lui offrir une cure de jouvence. "Cette complémentarité va nous permettre d'aller chercher une audience que nous n'aurions pas pu obtenir uniquement sur le linéaire, parce qu'il y a une évolution des modes de consommation, et que ce n'est pas juste le contenu qui change, c'est aussi le contexte, la capacité et la stratégie de diffusion", indique Stéphane Sitbon-Gomez, citant l'exemple de la diffusion du documentaire d'Hugo Décrypte sur sa chaîne YouTube une semaine après sa diffusion télé, qui a attiré "30% d'audience supplémentaire, mais surtout une audience qui n'a rien à voir avec celle de France 5, majoritairement des moins de 30 ans et deux tiers d'hommes".
Pour YouTube, ce "partenariat d'une envergure sans précédent" dans le monde représente un "potentiel publicitaire", explique Justine Ryst, directrice générale de YouTube France. La plateforme y voit aussi l'occasion de légitimer son contenu. "YouTube s'est installé naturellement comme un réflexe d'information. 80% de nos utilisateurs disent que lorsqu'ils viennent sur YouTube, ils y voient une information de qualité. On a 25% des 18-24 ans en France qui vont sur YouTube pour s'instruire. Évidemment qu'on a une énorme responsabilité. Joindre nos forces avec la première rédaction d'information en Europe, c'est un prolongement naturel", affirme-t-elle. "Nos utilisateurs, particulièrement en France, sont avides d'informations. Plus que jamais, ils viennent sur YouTube pour apprendre, pour comprendre, pour décrypter. On a une tendance structurelle de fond, qui est le temps long. Les contenus d'analyse et de décryptage sont ultra-plébiscités."
Quel apport économique pour France Télévisions ? "Notre modèle économique est de reverser 55% des revenus à la création", indique sobrement Justine Ryst. "Nous nous contentons de nous intégrer dans le modèle de YouTube de manière assez simple et classique, reconnaît Stéphane Sitbon-Gomez. L'accord que nous avons, c'est que France Télévisions Publicité commercialise les programmes de France Télévisions sur YouTube."
Concrètement, pour les Français, l'intégralité des éditions d'information nationale (le "13 Heures" et le "20 Heures") et locale, ainsi que l'ensemble des magazines quotidiens et hebdomadaires d'actualité et d'investigation ("Envoyé spécial", "Complément d'enquête", "Cash Investigation"...) du groupe seront mis à disposition sur YouTube, "rapidement après la diffusion à l'antenne".

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