"La télévision doit se réinventer". Stéphane Sitbon-Gomez a tiré la sonnette d'alarme sur France Inter. Invité à débattre sur la station publique des 100 ans du petit écran, le directeur des antennes et des programmes du service public a "appelé à une mobilisation collective pour défendre notre souveraineté culturelle française, notre capacité à produire nos propres récits, nos propres imaginaires, nos propres œuvres". Un message répété sur sa page LinkedIn ce lundi 26 janvier. En cause, le constat établi que Netflix et plus généralement les plateformes de vidéo à la demande mettent à mal la consommation de l'objet télévisuel. "Soyons lucides : aujourd’hui, quand vous achetez une télévision, il y a un bouton Netflix. Si on continue sur cette trajectoire, demain tous les programmes que nous regarderons seront décidés à Los Angeles ou San Francisco, par Netflix, Paramount ou ce que deviendront leurs fusions", s'inquiète le numéro 2 du groupe audiovisuel, soucieux de trouver de solutions pour ralentir cette dynamique. "On doit bouger et il y a un enjeu de défendre la création française", plaidait sur les ondes celui qui milite pour une révolution.
Pour lui, la bataille se joue donc au niveau de la créativité et de son financement. La télévision doit avoir les reins suffisamment solides pour éviter de "crever d'immobilisme" au cas où elle deviendrait seulement un "vieux doudou national". Sur France Inter, Stéphane Sitbon-Gomez poussait un cri du coeur : "On a besoin de financement pour financer les oeuvres et l'information de qualité, on a besoin de ces moyens-là".
Malheureusement, les chiffres ne plaident pas envers son argumentation. France Télévisions se retrouve en effet sous pression budgétaire et doit réaliser 180 millions d'économies en 2026. Ce plan repose notamment sur une nouvelle baisse des effectifs, la vente d’actifs immobiliers, la cession à TF1 de neuf matchs du Tournoi des Six Nations, une réduction de 5% des dépenses de divertissement et une baisse des financements à la création audiovisuelle. "France TV a perdu 200 millions d’euros sur les programmes en trois ans, 20% des budgets ont été coupés", confirme le dirigeant. "Dans le même temps, la publicité bascule vers le streaming et les réseaux sociaux, fragilisant aussi les acteurs privés", ajoute-t-il au sujet de ce climat défavorable.
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Dans un entretien qu'il nous avait accordé en octobre, Stéphane Sitbon-Gomez avait reconnu que son entreprise avait vécu une rentrée mouvementée en raison notamment de ces nouveaux modes de consommation. "Je crois vraiment que nous sommes à un point d'inflexion. Nous sommes passés de la télé linéaire à la plateformisation et dorénavant à la social TV, c'est-à-dire la capacité non pas seulement à diffuser un flux mais à générer une communauté, à créer de l'interaction et de la personnalisation", avait-il dressé comme constat. C'est pourquoi il souhaitait mener avec Delphine Ernotte le projet de faire de son groupe une entité numérique et de la plateforme france.tv la première antenne du groupe. "Pour moi demain, la chaîne linéaire France 2 sera la grande vitrine d'une magnifique bibliothèque qui sera notre plateforme. Je crois donc profondément à l'avenir de ces chaînes mais pensées comme étant un élément d'un écosystème qui est beaucoup plus grand", analysait le cadre, s'appuyant sur les records d'audience de la série "Surface" sur les plateformes de streaming gratuites.

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