Ali Baddou ("C l'hebdo") : "Je ne fais pas de la télé pour produire de la haine"

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Ali Baddou ("C l'hebdo") : "Je ne fais pas de la télé pour produire de la haine"
Ali Baddou se confie à puremedias.com.
Ali Baddou se confie à puremedias.com. © Nathalie Guyon / FTV
L'animateur se confie auprès de puremedias.com alors que son émission sur France 5 revient à l'antenne aujourd'hui.

Troisième rentrée pour Ali Baddou aux commandes de "C l'hebdo". Ce samedi, le présentateur reprend les manettes de son émission à partir de 19h20 sur France 5. Pour cette nouvelle saison, l'animateur accueille deux nouvelles chroniqueuses, Tiga et Mélanie Taravant, deux visages déjà connus de la chaîne. De plus, l'hebdomadaire fait peau neuve avec un nouveau générique et un nouvel habillage. A l'occasion de cette reprise, Ali Baddou se confie auprès de puremedias.com.

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Propos recueillis par Florian Guadalupe.

puremedias.com : Que nous réserve ce premier numéro de la saison de "C l'hebdo" ?
Ali Baddou
: Nous allons ouvrir avec le procès Charlie. Caroline Fourest sera notre première invitée. Ce procès a une importance médiatique, par les débats qu'il suscite et par la manière dont il va être couvert. Ce boulot va être fou pour beaucoup de rédactions. De plus, ce procès est filmé. C'est exceptionnel. De ce fait, nous aurons le regard de Sonia Devillers sur la façon dont ce procès alimentera la conversation générale et servira d'exemple pour l'histoire. Puis, nous aurons Lauren Bastide, qui a un podcast suivi par des millions de personnes. Elle publie un livre assez formidable sur les femmes. Il est édifiant. Elle parle de manière décomplexée et très simple de la cause des femmes aujourd'hui. Cet ouvrage fera l'événement et plaira aux féministes très engagées comme à celles qui le sont moins. Dans "C l'hebdo, la suite", nous aurons Georges Vigarello, un historien des émotions, un immense universitaire. Il sort un livre sur l'histoire de la fatigue. A la rentrée, nous arrivons avec l'impression d'être en forme, et dès le deuxième jour, nous sommes déjà tous claqués (rires). Ce sera pas mal de réfléchir aux représentations de la fatigue à travers ses histoires.

Ils ont dit
"Nous avons conquis une liberté éditoriale ces deux dernières saisons."
Ali Baddou

Quel va être le maître-mot de cette nouvelle saison ?
C'est la liberté. Nous avons une liberté éditoriale. C'est ce que nous avons conquis ces deux dernières saisons, et particulièrement l'année dernière. Nous avons vu que nous pouvions faire des propositions étonnantes, avec des invités qui n'étaient pas forcément les plus médiatiques, et surtout que ça pouvait séduire. Ensuite, nous assumons ce que nous sommes, c'est-à-dire un magazine du week-end dans lequel nous revenons sur l'actualité de la semaine pour la décrypter et en donner des clés d'explication. En attendant l'imprévu, bien entendu, comme chaque saison.

Quelles sont les nouveautés de l'émission cette année ?
Il y a deux arrivées de la maison France 5. Celle de Mélanie Taravant qui vient succéder à Emilie Tran Nguyen. Elle a rejoint "C à vous". Puis, il y a Tiga. Elle va venir nous raconter des histoires de l'autre bout du monde chaque semaine, entre deux tournages d'"Echappées belles". Nous avons à la fois une équipe stable et de nouvelles recrues. Je suis vraiment excité de démarrer. Il y a quelque chose d'extrêmement fragile dans un talk show, c'est cet équilibre au sein de l'équipe. Lors du tournage du premier numéro, ça s'est vraiment super bien passé entre Tiga, Mélanie et le reste de l'équipe. C'était très prometteur.

Mélanie Taravant remplace-t-elle poste pour poste Emilie Tran Nguyen ?
Oui. Même si elles ont des formations différentes et qu'elles font des choses différentes au quotidien, Mélanie prendra la place d'Emilie dans ce traitement de l'actualité, avec des chroniques sur les temps forts de la semaine. Elle va rappeler ce qui s'est passé, en apportant de nouvelles informations et en faisant du fact-checking.

Ils ont dit
"'C l'hebdo' s'inscrit dans la continuité de 'C à vous'."
Ali Baddou

Emilie Tran Nguyen est en effet depuis cette rentrée dans "C à vous". L'émission "C l'hebdo" est-elle le centre de formation de "C à vous" ?
Tout d'abord, nous sommes dans la même maison. Ce n'est pas une manière de parler parce que nous sommes vraiment dans les mêmes bureaux, avec des équipes qui sont très largement communes. Nous avons les mêmes techniciens et les mêmes lieux. Ensuite, il y a déjà eu énormément de passerelles parce qu'Emilie a rejoint "C à vous", mais Anne-Elisabeth Lemoine avait déjà montré le chemin. Antoine Genton participe très régulièrement à "C à vous". C'est le cas aussi de Jean-Michel Aphatie qui intervient souvent à la place de Patrick Cohen. Les deux univers sont poreux. En réalité, il n'y a même pas de pont entre les deux émissions car nous sommes littéralement dans la même pièce. "C l'hebdo" est une émission qui s'inscrit dans la continuité de "C à vous". Toutefois, ce sont des émissions qui ont réussi à trouver des identités très différentes. C'était quelque chose à laquelle je tenais et qui s'est fait naturellement. Le traitement de l'information est forcément différent de celui d'une quotidienne. Pour le coup, nous avons réussi à relever le pari tout au long de la saison dernière, même durant la crise sanitaire.

Un format de "C l'hebdo" en direct pourrait-il vous plaire ?
On l'a fait quand c'était justifié. On l'a fait lors de la crise des Gilets jaunes. Il était impossible d'enregistrer une émission d'actu. La saison dernière, assez paradoxalement, nous avons assumé davantage l'aspect "mag" de l'émission. Nous avons commencé à programmer différemment. Nous avons cherché très vite à faire un pas de côté, plutôt que courir derrière la dernière parole des spécialistes. Elle est nécessaire ailleurs. Par exemple, nous avons invité très peu de médecins au début de la crise sanitaire. Nous avons rapidement invité des avocats qui étaient pour la liberté publique au moment du confinement, des sociologues comme Edgar Morin - qui est devenu le compagnon de "C l'hebdo" pendant le confinement -, et des philosophes pour parler entre autres de l'ennui en restant chez soi toute la journée. Ce qui est formidable, c'est que ce pas de côté a très bien marché. Les audiences étaient inespérées. Personne ne pouvait imaginer que l'émission puisse monter aussi haut.

Ils ont dit
"Quand je regarde les émissions de débat sur les chaînes infos, c'est quand même une culture de la violence"
Ali Baddou

"C à vous" a changé son générique. Est-ce également le cas pour votre émission ?
Ça fait partie des nouveautés. J'y tenais. Nous avons un nouvel habillage, un nouveau générique, une typographie beaucoup plus lisible et une musique encore plus dynamique et moderne. Je suis hyper content. Comme on dit : "Ça a de la gueule !".

Concernant les invités, avez-vous une liste noire ? Pourriez-vous convier dans l'émission le directeur de la rédaction de "Valeurs actuelles", Geoffroy Lejeune ou un journaliste de ce magazine ? Pour rappel, Geoffroy Lejeune avait été écarté de l'antenne de LCI après l'affaire Danièle Obono.
Je n'ai aucun problème à recevoir Geoffroy Lejeune. Je n'ai pas de liste noire. La décision de LCI est la décision d'un employeur. Je ne serai pas l'employeur de Geoffroy Lejeune et je pense que lui-même ne m'emploierait pas. Mais je pourrais l'inviter. Il alimente le débat public et assume le choix que fait sa rédaction. Je ne vois pas de raison de ne pas l'entendre.

Après, ce qu'il y a de particulier, c'est que je pense que notre époque a perdu l'art du débat démocratique. Nous avons perdu cet exercice de débattre avec des gens avec qui nous ne sommes pas d'accord, mais en partageant des valeurs communes, de respect de l'autre. Une manière de parler qui permet d'être d'accord pour être en désaccord. Quand je regarde les émissions de débat à la télévision, sur les chaînes infos essentiellement, c'est quand même une culture de l'invective, une culture de la violence, une culture où on ne s'écoute pas, une culture où on se maltraite et s'insulte. A Science-Po, avec mes étudiants, je fais un fil rouge pour essayer de retrouver l'art du débat démocratique, que je continue à avoir à France Inter avec "Le grand face-à-face" avec un ton totalement différent des émissions de débat traditionnelles. C'est quelque chose à laquelle je tiens dans "C l'hebdo". Je ne fais pas de la télé juste pour produire de la haine, de la violence ou du spectacle. Je pense que c'est nuisible.

Ils ont dit
"Je suis en train de développer un programme de philosophie"
Ali Baddou

La saison dernière, "C l'hebdo" s'est installée confortablement sur France 5, en signant son record historique à plus de 1,5 million de téléspectateurs. Vous étiez surpris d'atteindre un tel niveau, non ?
Oui, ça m'a vraiment surpris. "C l'hebdo" a vraiment trouvé sa place sur la chaîne. Quand nous sommes montés à 1,5 million et que nous nous sommes largement installés au-dessus du million la saison dernière, il y avait quelque chose de surprenant, même pour les plus optimistes et les plus rêveurs (rires). Ce sont des scores qui n'ont jamais été atteints sur cette case. Une augmentation de 40% de l'audience par rapport à la saison précédente. Nous étions très régulièrement devant de très grandes chaînes comme M6. Nous étions le premier talk du week-end. Il y a quelque chose de gratifiant parce qu'on propose quelque chose de différent et le public voit cette différence. Mon ambition du début jusqu'à la fin, dans une matière qui nous est tous commune, à savoir l'actualité, c'est d'être original et de m'adresser à l'intelligence avec du sourire. Je pense que c'est la raison du succès.

Il y a une chose assez frappante. Quand vous voyez ce qui marche en ce moment, que ce soit "C à vous", "Quotidien", France Inter, France Culture ou Arte, il y a quelque chose d'assez rassurant. Ça prouve qu'on peut s'adresser à l'intelligence des auditeurs et des téléspectateurs. Nous ne sommes pas condamnés au nivellement par le bas. Nous l'oublions trop souvent. Je me réjouis de voir le succès de ces émissions et de ces médias différents. Ça prouve que ce n'était pas mieux avant et qu'on peut faire le pari de l'intelligence.

Avez-vous d'autres projets d'émission sur France Télévisions ?
Je réfléchis en ce moment avec Pierre-Antoine Capton à un programme de philosophie. Il s'adresserait essentiellement aux enfants. L'idée me plaît. Je suis en train de la développer. J'ai l'impression que ça peut être quelque chose d'assez génial à faire à la télévision. Ce serait a priori sur un format relativement court. Je me suis amusé à scripter quelques projets d'émission. J'ai même commencé à dessiner le graphisme pour l'illustrer. C'est assez excitant à développer. Ce sera sur France Télévisions, que ce soit sur du linéaire ou sur une plateforme numérique.

Ils ont dit
"On a atteint la saison dernière avec "Questions politiques" des niveaux comparables à ceux d'une campagne présidentielle."
Ali Baddou

En 2017, vous aviez commenté "Le Maroc vu du ciel" sur France 2, un documentaire réalisé par Yann Arthus-Bertrand. Est-ce un exercice que vous aimeriez refaire ?
J'adorerais. D'abord, parce que le Maroc est un sujet qui me tient à coeur. Nous l'avions montré comme il n'a jamais été filmé. Il y a eu une chose assez extraordinaire : c'est la résonance que le doc a éveillée chez des Marocains vivants en France, dont des enfants français de la deuxième et de la troisième génération. Ca a marché dans les familles. Au Maroc aussi, ça a eu un énorme succès. J'ai adoré la forme du documentaire. J'en avais réalisé un à l'époque de Canal+ sur le trading haute-fréquence. C'est un exercice que j'aime beaucoup mais que j'ai eu très peu de temps de pratiquer, parce que je suis déjà surchargé de travail. Je suis un grand consommateur de documentaires et je trouve que c'est formidable de mettre en narration des histoires.

Du côté de la radio, conservez-vous l'ensemble de vos rendez-vous sur France Inter ?
Je présente toujours "Le grand face-à-face" le samedi midi et "Questions politiques" le dimanche. Je fais toujours les remplacements de Nicolas Demorand lorsqu'il lui arrive de se reposer. Quand on fait une matinale, on en a besoin, de temps en temps. (rires) Par contre, je ne fais plus l'interview de 7h50 le vendredi. Désormais, il y a un débat entre Dominique Seux et Thomas Piketty. C'est un rendez-vous que voulait installer Laurence Bloch... Quitte à se lever au milieu de la nuit, il faut mieux y aller pour avoir la joie de vivre : "Bonjour et bon réveil, il est 7h !". C'est ça le vrai kiff !

Je parlais tout à l'heure de l'art du débat démocratique. Quand on voit le succès du "Grand face-à-face", c'est une émission très posée, avec des invités intellos. Ils sont même parfois pas du tout connus. On prend le temps de parler et d'échanger. La saison dernière, on a atteint 1,6 million d'auditeurs. "Questions politiques" est de très loin le premier rendez-vous politique du week-end. On a atteint la saison dernière avec "Questions politiques" des niveaux comparables à ceux d'une campagne présidentielle. C'est plutôt rassurant. Il ne faut pas désespérer en disant qu'on est dans la défiance et le rejet de la politique. Il y a visiblement un intérêt. On voit qu'il est possible d'attirer les auditeurs en parlant de politique avec des politiques.

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