Interview
Aline Panel, productrice de "Montmartre" sur TF1 : "Financièrement, il nous a manqué plusieurs millions d'euros"
Publié le 28 septembre 2025 à 17:24
Pour Puremédias, Aline Panel, présidente et productrice de la société "Authentic Prod" derrière "Montmartre", revient sur la création de la nouvelle série de TF1.
La bande-annonce de "Montmartre" mini-série événement de la rentrée © TF1

Une productrice cash. À la tête de la société de production "Authentic Prod" ("Sam", "Je te promets", "Le temp est assassin"), Aline Panel n'a pas sa langue dans sa poche. À l'origine de la création de "Montmartre", la nouvelle série événement de TF1 dont la chaîne privée débute la diffusion ce lundi 29 septembre dès 21h10, la productrice se livre en toute franchise sur le défi financier qu'a représenté la production de cette fiction de 8x52 portée par Alice Dufour, Claire Romain et Victor Meutelet. Au Festival de la fiction de La Rochelle, Aline Panel s'est entretenue avec Puremédias. Interview cash.

Propos recueillis par Benjamin Rabier

Puremédias : Comment réussit-on à produire la série la plus chère du catalogue 2025/2026 de TF1 ?
Aline Panel : Authentic Prod a une longue histoire avec TF1. Il y a bientôt trois ans, à la fin de "Je te promets", on a discuté avec eux de nos futures collaborations. On avait l'envie commune d’imaginer une véritable série en costumes. Notre brief' était de trouver un moment, un endroit et une époque où la France était joyeuse. On voulait redonner un peu de baume au cœur à nos spectateurs, fabriquer une série qui redonne de l'espoir. Ça nous a semblé assez évident d'aller vers Montmartre, un quartier synonyme de fêtes et de mélange social.

On assiste au retour en grâce des séries d'époque. Vous ressentez cette dynamique en tant que productrice ?
Pas du tout. Ça a été très dur de monter "Montmartre" financièrement. Je pensais avoir tout de suite la possibilité d’associer une plateforme à ce projet TF1, et ça n'a pas été le cas (Disney+ est depuis devenue le 2e diffuseur, ndlr). Nous sommes arrivés à un moment où les plateformes ne voulaient plus faire de 'costumes'. TF1 a quand même misé sur cette série, mais on l'a faite avec moins d'argent que prévu. Malgré ça, je leur ai promis que la promesse serait tenue, à savoir un quartier de Paris, Montmartre, qu'on verrait sous tous ses angles.

Comment budgétise-t-on une série d'envergure comme celle-ci ? 
On avait différents budgets, selon le nombre de diffuseurs potentiels. Il faut toujours travailler comme ça. C'est aussi pour ça que TF1 a accepté de me suivre. J'ai ce savoir-faire. Je viens de la série de volume. Au début de ma carrière, j'ai fait dix ans de 'Sous le soleil'. On n'a jamais eu un centime de plus pour fabriquer la série malgré son succès. Il fallait la faire, quoi qu'il arrive, dans cette économie-là. J'ai inventé les chartes pour prendre en compte les contraintes, les doubles plateaux, etc. Et du coup, j'ai cette expertise qui s'applique à toute forme de série et de moyens, parce qu'en réalité, l'argent est toujours limité.

"Une des variables d'ajustement, c'est le casting"
Aline Panel

Qu'auriez-vous ajouté à la série si vous aviez eu plus de budget ?
J’aurais ajouté plus de décors, plus de fioritures. Par exemple, le moment où Rose doit s'évader, au départ, c'était dans un tramway. Au final, c’est dans une calèche. Ce manque de moyens nous rend créatifs. Après, ce qui est difficile, ce sont les derniers millions, parce qu'honnêtement, il nous a manqué plusieurs millions.

Comment fait-on alors pour fabriquer la série qu'on a en tête ?
Une des variables d'ajustement, c'est le casting. Je vais être cash : si vous avez un casting cher, ce ne sont pas seulement les acteurs qui coûtent cher, ce sont tous les à-côtés — voitures privées, loges, etc. En plus, à cause de ça, vous n'êtes plus labellisés "éco-prod", donc vous perdez des subventions. Puis, quand vous dites aux acteurs de cinéma que vous devez tourner en dix jours, ils ne trouvent pas ça assez "chic".

Comment fait-on sans les "derniers millions" dont on a besoin ? 
J'ose espérer que ça ne se voit pas. Je prends souvent l'exemple de ce qui se passe au cirque dans le premier épisode. Nous n'avons pas un cirque démentiel, il n'y a pas plein d'animaux, etc. Moi, je suis un peu frustrée de ça, parce que j'aurais aimé en avoir, mais quand j’en parle aux gens qui ont regardé la série, ça n’a choqué personne. Par contre, effectivement, on ne pouvait pas lésiner sur le cabaret. Il fallait quand même tenir la promesse. Le secret, c’est de mettre l'argent là où il faut. Il ne faut pas multiplier les sources et mettre un peu d'argent partout : ça ne sert à rien. Il vaut mieux avoir moins de décors et y aller franchement sur la promesse. Dans cette série, l'enjeu, c'était l'humain.

Sur quelles autre variables avez-vous ajusté votre budget ? 
Encore une fois, la promesse n’était pas de montrer tous les décors de l'époque, mais de faire une saga romanesque autour de "Montmartre". Après, c'est sûr, il faut tenir l'équipe déco parce qu'ils n'ont pas l'habitude de travailler comme ça. Aujourd’hui, il y a presque deux directions de production : une direction de production classique et une direction d’administration pour éviter que le budget déborde. En 2025, on ne peut plus permettre ça. Ça peut vraiment mettre en faillite une boîte. On n'est plus dans l'époque où les marges le permettaient.

 La chaîne met 70% du financement donc ils n'ont pas seulement un mot à dire, ils doivent tout valider
Aline Panel

C'est quoi le budget de cette série ?
Je ne peux pas vous le dire ; en tout cas, ce n'était pas assez.

Sur l'élaboration du scénario, sur les dialogues, comment travaillez-vous avec TF1 : vous avez carte blanche ou la chaîne a un droit de regard sur tout ?
Dans notre collaboration avec TF1, il y a eu un avant et un après "Sam" et "Je te promets". Après, sur l’écriture de la série, il ne faut quand même pas oublier que la chaîne met 70 % du financement. Donc ils n'ont pas seulement un mot à dire : ils doivent tout valider, et c'est normal. Par contre, quand j'ai une conviction, ils le savent ; je me bats pour l’imposer.

Et quelle était votre conviction sur "Montmartre" ?
Alice Dufour.

Justement comment avez-vous trouvé cette actrice encore inconnue du grand public ? 
Grâce aux castings. Aujourd’hui, je vois énormément de confrères qui ne font plus de casting, qui ne font plus passer d'essais. On va dans des listes et on engage des gens qu'on connaît. On n'ose même pas leur demander de venir faire des essais. Ils ont un nom, un tarif et ça convient à la chaîne. Mais non, en fait, il faut chercher et trouver. Se dire : quel acteur, pour quel rôle ? Il n'y a que ça qui doit compter. Quand on a vu Alice, il s'est avéré qu'elle était la meilleure. Elle était Céleste. Ça ne s’explique pas.

Est-ce qu'une saison 2 de "Montmartre" est envisagée ?
Non. On a tout de suite évacué cette idée parce qu'il est évident que l'histoire était finie. On allait se répéter. Puis, faire une saison 2, en 2025, c'est de plus en plus difficile. Ça ne vous a pas échappé mais en termes d'audience, on voit des décrochages spectaculaires. On n'a pas envie de prendre ce risque. On se dit qu'en fait, on a le socle pour aller explorer les quartiers de Paris. J'en ai au moins trois encore en vue dont Montparnasse. Donc, on espère se servir de la force de Montmartre, si ça marche, pour lancer une collection qui proposerait au public du spectacle, un grand quartier de Paris, une époque et une nouvelle histoire.

À quel stade de développement en êtes-vous au sujet de "Montparnasse" sur TF1 ? 
C'est signé. Le tournage aura lieu à l'automne 2026.

"Je me lance dans la coproduction internationale"
Aline Panel

Le casting sera le même que celui de "Montmartre" ?
Pas forcément. On verra. On écrit nos personnages et après on verra. Évidemment, on serait très heureux de retrouver nos comédiens qu'on adore. Ça va même être difficile : je pense qu'on ne retrouvera pas un rôle pour chacun, mais on adorerait. Après, on fera d'autres séries. Chez Authentic Prod, on est très fidèles.

"Authethinque Prod" a rejoint Banijay en 2023. Qu'est-ce que ça vous a apporté de rejoindre ce grand groupe international ?
Des partenaires. C'est très dur d'être seule dans ce métier. J'en avais marre d'être seule. Je trouvais que, dans les moments faciles, c'était chouette : tout allait bien. Mais dans les moments difficiles, être seule et protéger ses salariés — parce que c'est aussi une famille — était compliqué. Et puis j'avais envie d'échanger sur ma stratégie, sur la vision du métier, etc. Intégrer Banijay m'a apporté des partenaires et des fonctions supports que je n'avais pas. Une petite boîte ne peut pas se doter de quelqu'un qui va faire de la veille internationale. Banijay est le premier groupe mondial, avec des filiales partout en Europe et dans le monde. Donc cela va aussi m'apporter des synergies car je me lance dans la coproduction internationale. 

Par Benjamin Rabier | Rédacteur en chef
Addict aux audiences, Benjamin Rabier a choppé le virus de la télévision grâce à la « Star Academy ». Intrigué par l’envers du décor, il a décidé d’en faire son métier. 20 ans plus tard, s’il ne rate (presque) jamais un prime de « The Voice », il peut vibrer devant une compétition sportive, se passionner pour un documentaire ou dévorer une série en un week-end.
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