"Encore un petit effort de pertinence et de sérieux, les médias. N’hésitez pas à cesser d’édulcorer la réalité." Audrey Pulvar ne mâche pas ses mots. Dans une publication diffusée sur son compte Instagram, l'ancienne journaliste, aujourd'hui adjointe au maire de Paris, dénonce la manière dont certains médias ont couvert l'attaque raciste survenue vendredi 23 octobre à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines.
Ce jour-là, un homme de 39 ans a ouvert le feu depuis son véhicule, tuant Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et blessant cinq autres personnes, dont une fillette de 12 ans. Selon les informations du "Monde", le suspect, Kevin T., aurait expliqué aux policiers avoir voulu "venger les commerçants" victimes des pillages du 17 octobre, en ciblant des personnes noires et arabes. Le Parquet national antiterroriste s'est saisi de l'affaire et a ouvert une enquête pour "assassinats et tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec une circonstance aggravante liée au caractère raciste des faits".
C'est précisément le choix des mots employés dans la presse qui a fait réagir Audrey Pulvar. "En ligne, sur les sites de journaux très sérieux, je constate que l’attaque terroriste de Trappes et de La Verrière est classée parmi les 'faits divers'", écrit-elle dans un carrousel publié sur Instagram. L'ancienne présentatrice du "Soir 3" s'étonne également de l'anonymisation du mis en cause : "À la radio, j’entends parler de 'Kevin T.' : il arrive donc que la police et les médias protègent l’identité d’un mis en cause pour des faits aussi graves et avérés ? Intéressant."
Elle poursuit en pointant les expressions utilisées par les journalistes : "Je lis dans la presse : 'le suspect', 'l’homme appréhendé', 'l’homme soupçonné'… Mais ? C’est moi ou personne ne parle de tueur, ni de terroriste raciste ?" Pour Audrey Pulvar, les éléments déjà rendus publics ne laissent aucun doute sur la nature de l'attaque. "Kevin T. est un raciste et un terroriste", affirme-t-elle, avant d'ajouter : "Les actes qu’il a commis relèvent du terrorisme. Il a commis un attentat." Une qualification qu'elle défend fermement, tout en reconnaissant que "la Justice dira dans quelles circonstances et avec quels moyens" les faits ont été commis. Elle conclut sa publication par trois mots : "Le racisme tue".
Cette prise de position intervient dans un contexte de vives tensions autour du traitement médiatique de l'attaque. Dans un communiqué commun publié dimanche 25 octobre, le SNJ et la CGT de RMC-BFM dénoncent à leur tour la place accordée aux discours d'extrême droite sur les antennes. "Cette tragédie confirme malheureusement ce que nous dénonçons depuis des mois : le racisme décomplexé, qui a désormais place nette sur notre antenne, a des conséquences directes et irrémédiables sur notre société", écrivent les deux organisations.
Les syndicats citent notamment les interventions d'Éric Ciotti et d'Éric Zemmour sur BFMTV, qui ont respectivement évoqué une "intifada française" et une "racaille arabo-musulmane" après les violences du 17 octobre. Ils dénoncent également les agressions physiques et verbales subies par quatre équipes de tournage de la chaîne lors des manifestations des 23 et 24 octobre à Paris et Marseille. "Combien faudra-t-il d’attentats pour que les médias se rendent compte du rôle qu’ils ont à jouer dans cette dérive ?", interrogent-ils, appelant leur direction à ne plus considérer le racisme comme "une opinion parmi d'autres".
De son côté, BFMTV a répondu aux critiques dans un communiqué publié dimanche soir. La chaîne dénonce des "accusations sans fondement" et une "campagne de dénigrement publique notamment autour de Sonia Mabrouk". Elle réaffirme son soutien à ses journalistes et assure vouloir continuer à "faire vivre le pluralisme" sur son antenne.
À Trappes, la colère contre certains médias s'est également exprimée lors du rassemblement organisé samedi 24 octobre en hommage aux victimes. Des équipes de BFMTV - et de CNews selon "Le Bondy blog - ont été invitées à quitter les lieux sous les huées d'une partie des participants. Plusieurs associations et syndicats, dont la Ligue des droits de l'Homme et SOS Racisme, appellent désormais à des rassemblements ce lundi 26 octobre, notamment à 19 heures place Stalingrad à Paris, en soutien aux victimes et pour dénoncer la banalisation de la haine raciste.
