Biutiul : Quand Inarritu sublime Javier Bardem

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Biutiul : Quand Inarritu sublime Javier Bardem
Dans "Biutiful", Inarritu délaisse le style choral pour centrer son film autour d’un seul homme, le charismatique et parfait Javier Bardem. Sa descente aux enfers croquée avec style claque à l’écran et confirme le talent du cinéaste mexicain.

Les aficionados d’Alejandro Gonzalez Inarritu risquent d’être divisés avec le dernier-né du réalisateur. D’un côté, ils seront ravis de voir que le brillant cinéaste mexicain continue à nous offrir des films qui nous plongent avec un réalisme toujours plus grand dans des histoires sociales. De l’autre, ils regretteront peut-être que le réalisateur d’Amours Chiennes, 21 grammes et Babel ait changé son fusil d’épaule et n’ait pas poursuivi dans la lancée de ses films chorals où les vies de ses personnages se croisaient pour n’être finalement reliées que par un seul élément.

Dans Biutiful, le metteur en scène opte pour un récit linéaire, mais n’en perd pas son inventivité. Les fans d’Inarritu trouveront ce qu’ils aiment chez leur protégé. Ses détracteurs se gausseront devant le pathos de certains plans et feront parler leur aigreur. Tant pis pour eux, car avec ce nouveau long-métrage, Inarritu prouve qu’il est l’un des cinéastes les plus inspirés de sa génération et qu’à l’instar d’Alfonso Cuaron et Guillermo Del Toro, il renouvelle à chaque film tout le bien que l’on peut penser de ces talents du vivier mexicain…

Javier Bardem, what else ?



Si plusieurs personnages gravitent autour du héros (ou plutôt anti-héros) de Biutiful, c’est bien Javier Bardem qui porte à lui tout seul cette histoire. Il y incarne Uxbal, un homme en pleine chute libre, père de deux enfants, et qui sent que la mort va bientôt le prendre sous son aile. Tiraillé entre un travail corrompu et un destin contraire, il se bat pour aimer, pour pardonner, pour exister et ne plus rester une ombre dans un semblant de vie… Et là, on ne peut que s’incliner devant la performance de son interprète qui n’a pas volé son prix à Cannes. Puissant, torturé, charismatique, troublant, d’une beauté froide et presque animale, Javier Bardem est sublimé par Inarritu. Son personnage ne finit pas de nous hanter après la projection.

Dire que le réalisateur Alejandro Gonzalez Inarritu a un sens certain de la mise en scène qui lui permet de filmer la vie avec une vérité sans ambages est une évidence qu’il est bon de répéter. Avec Amours Chiennes, il nous mettait une claque cinématographique comme il en arrive une par décennie. Ce sens inné du style qui oscille entre documentaire et caméra embarquée se ressent (à un degré moindre) dans Biutiful. Il suffit de voir comment il nous dépeint la ville dans laquelle vagabonde son personnage. Le cinéaste se moque bien de nous montrer le Barcelone de carte postale. Il lui préfère ses bas-fonds, sa pauvreté, son ironie et ses paradoxes, comme ceux que traverse son personnage principal, qui doit se préparer au grand voyage et accepter la mort. Inarritu n’embellit pas les angles et il humanise son « héros » avec ses défauts, ses blessures et ses fautes.

La beauté de Biutiful n’a d’égale que toute l’ironie que son titre recèle



Grâce à un cast qui s’est véritablement mis au niveau de l’acteur principal (notamment [personnalite_ozap%]Maricel Alvarez[/personnalite_ozap%]), Alejandro Gonzalez Inarritu parvient à sortir son Biutiful des carcans de toutes ces sempiternelles descentes aux enfers où tout semble écrit à l’avance. Inarritu enclenche ici une rupture avec ses précédents longs-métrages, de par la forme même de son film et les quelques incursions fantastiques qu’il tente avec parcimonie (et qui donnent un caractère quasiment hypnotique à son œuvre). Mais Inarritu reste aussi fidèle à des thèmes qui lui sont chers : la paternité et l’immigration. Il appuie là où ça fait mal en dosant intelligemment le curseur de ses dénonciations.

Pourtant, malgré tout le bien que l’on pense de son Biutiful, dont la beauté n’a d’égal que toute l’ironie que son titre recèle, Inarritu ne parvient pas à nous faire oublier le plaisir qu’il nous avait procuré avec ses précédents films en forme de puzzle désincarné. La force de son cinéma reposait sur la juxtaposition des destins de ces hommes du quotidien. Dans Biutiful, il se concentre seulement sur Uxbal, une sorte de fantôme qui erre péniblement dans les dédales sombres de Barcelone. Et plus de 2h15 pour ce seul destin offre forcément des baisses de rythmes coupables. Mais si l’on met de côté ces longueurs et le trop plein d’émotion d’une fin pourtant légitime, reste que Alejandro Gonzalez Inarritu a toujours l’étoffe de ces cinéastes capables de nous bluffer en un seul plan, en une seule histoire. Et ça, c’est un talent qui n’est pas donné à tout le monde…

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