Aujourd'hui à Cannes : Godard snobe la Croisette, Inarritu et Kitano confrontés à la mort

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Aujourd'hui à Cannes : Godard snobe la Croisette, Inarritu et Kitano confrontés à la mort
Bulletin du mardi 18 mai 2010

En direct de Cannes. Deux cinéastes singuliers. Deux univers. Deux créateurs. Les deux réalisateurs venus présenter leur film en compétition, hier, avaient de quoi faire tourner la tête les cinéphiles invétérés. D'un côté, Alejandro Gonzalez Inarritu levait le voile sur son bien nommé Biutiful en compagnie de Javier Bardem (venu accompagné d'une certaine Penelope Cruz). De l'autre, Takeshi Kitano fêtait dignement son retour sur la Croisette avec un films de yakuzas aussi drôle que violent. Et les deux réalisateurs n'ont pas lésé leurs fans. Ils permetent également de démarrer cette deuxième semaine sur de meilleurs auspices...

Les Films

Biutiful : Contrairement à ses précédents longs-métrages (Amours Chiennes, 21 grammes et Babel), Alejandro Gonzalez Inarritu a quelque peu changé son fusil d’épaule. Avec Biutiful, le cinéaste mexicain a délaissé la mise en scène chorale qui faisait sa signature et dans laquelle les vie de ses personnages se croisaient pour n’être finalement reliées que par un seul élément. Ici, le réalisateur opte pour un récit linéaire, mais n’en perd pas son inventivité. Les fans d’Inarritu trouveront ce qu’ils aiment chez leur protégé. Ses détracteurs se gausseront devant le pathos de certains plans et feront parler leur aigreur. Tant pis pour eux, car avec ce nouveau long-métrage, Inarritu pourrait bien repartir avec une Palme qu’il n’aurait pas volé...
*Ses points forts : Le metteur en scène Alejandro Gonzalez Inarritu a un sens certain de la mise en scène qui lui permet de filmer la vie comme avec une vérité sans ambage. Le cinéaste se moque bien de nous montrer le Barcelone de carte postale. Il lui préfère ses bas-fonds, sa pauvreté, son ironie et ses paradoxes, comme ceux que traversent son personnage principal qui doit se préparer au grand voyage et accepter la mort. Inarritu n’embellit pas les angles et il humanise son "héros" avec ses défauts, ses blessures et ses fautes. Son personnage principal, Uxbal, ne finit pas ne nous hanter après la projection. Et son talentueux interprète également. Javier Bardem, what else ?
*Ses points faibles : En optant pour un récit linéaire, Inarritu nous fait regretter le plaisir qu’il nous avait procuré avec ses précédents films en forme de puzzle désincarné. Et si sa fin se légitime par la volonté du cinéaste de boucler la boucle, certaines passages en font parfois peut-être un peu trop dans l’émotion qui se retrouve pris à son propre piège.

Outrage : Dix ans après Dolls, son dernier film sur les Yakuzas, Takeshi Kitano revient à ses premiers amours en faisant des clans de mafieux japonais les héros de son nouveau long-métrage. Mais attention, pas de méprises, car ce film n’a absolument rien à voir avec ce que le cinéaste avait livré jusque-là sur ce sujet ! Dans cette lutte pour accéder au pouvoir de la criminalité organisée nippone, il mêle l’humour et dézingue à tout va la quasi-totalité des protagonistes de son histoire dans une violence esthétique au réalisme cru qui réjouira les fans de la première heure et laissera pantois les autres. Kitano fascine, divise et dérange. Mais il ne laisse personne indifférent.
*Ses points forts : Peu bavard d’habitude, Kitano a décidé de prendre le contre-pied de ses habitudes en n’hésitant à faire de ses yakuzas des mafieux volubiles qui ne savent absolument pas garder leur sang-froid… Le contraste entre la violence employée par ses hommes et leur vulnérabilité maladroite permet au réalisateur de manier l’humour avec un malin plaisir. Kitano s’amuse à liquider ses Yakuzas de façons toujours plus originale alors que l’esthétisme de la violence qu’il dépeint aurait pû paraître irresponsable, il se défait de ce reproche en la rendant douloureuse. Même pour le spectateur… Du cutter à la fraise du dentiste, Kitano fait de la moindre chose un ennemi potentiel...
*Ses points faibles : Bien que sans-temps véritables, Outrage pèche un peu par excès de cette violence qui, justement, finit par nous assommer. Le prétexte de cette lutte acharnée pour atteindre les sommets de la hiérarchie est un peu léger pour tenir un film aussi long. Car si le résultat final se résume à un divertissant réussi (dans son genre), Outrage se résume une fois le générique de fin terminé à un vague souvenir sur pellicule qui s’effacera un peu trop vite avec le temps...

Et aujourd'hui

Copie Conforme : Alors que son visage trône sur l’une des immenses façades du Palais des Festival, Juliette Binoche tient également le rôle principal du nouveau film d’Abbas Kiarostami sélectionné en compétition. Le réalisateur iranien, qui reçut la Palme d’Or en 1997 pour Le goût de la Cerise, nous racontera ici l’histoire d’une rencontre, celle d’un écrivain anglais et d’une galeriste française dans un petit village italien du Sud de la Toscane.



Des Hommes et des Dieux : Alors qu’il a obtenu le Prix du Jury en 1995 pour N’oublie pas que tu vas mourir, Xavier Beauvois revient dans la compétition officielle accompagné des comédiens Lambert Wilson, Michael Lonsdale et Olivier Rabourdin. L’histoire ? Dans un monastère au milieu des montagnes algériennes, dans les années 1990, huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Mais progressivement la violence et la terreur s’installent dans cette région.

Extrait :



Tamara Drewe : Présenté hors-compétition, le nouveau Stephen Frears ne manquera pas d’attiser la curiosité des festivaliers. Le cinéaste britannique qui fut président du Jury en 2007 viendra dévoiler son nouveau film qui portera sur une certaine Tamara Drewe. Avec son nez refait, ses jambes interminables, son job dans la presse people, ses aspirations à la célébrité et sa facilité à briser les cœurs, elle est l’Amazone londonnienne du Xxe siècle. Et pour incarner cette jeune femme, on retrouve l’actrice montante à Hollywood à l’affiche du Choc des Titans et Prince of Persia : Les sables du temps : Gemma Arterton.

Entendu...
*D'un naturel peu bavard, Takeshi Kitano l'est heureusement un peu plus devant les journalistes. La conférence de presse d'après-projection, hier, l'a prouvé. Morceaux choisis. Sur son retour à un cinéma violent, que dit-il ? : « Quand on m'a reproché de faire des films violents, j'ai commencé à faire des films non-violents. Et quand je me suis mis à faire des films non-violents, on m'a demandé pourquoi je ne faisais plus de films violents... ». Dans Outrage, Kitano fait l'étalage des mille et une façons de tuer son prochain, alors pourquoi tant de soins apportés à cela ? « Il est essentiel de trouver des nouvelles manières de tuer ! C'est le squelette de mes films... » Et quand on lui demande s'il est influencé par le cinéma américain, et plus particulièrement celui de Martin Scorsese, le cinéaste japonais répond : « Non, il ne m'influence pas vraiment. J'aime beaucoup ce qu'il fait. J'aime Le Parrain ». Le "célèbre" Parrain de Martin Scorsese... Pour le bienfondé de la réputation de Kitano, on dira qu'il s'agit là d'une erreur de traduction...

Vu...
*Ou plutôt pas vu, justement... Alors que Film Socialisme devait marquer le grand retour de Jean-Luc Godard à Cannes, le réalisateur français a décidé au dernier moment d'annuler sa venue. Il s'est expliqué dans une lettre adressée à Thierry Frémaux, délégué général du Festival, et dévoilé par Libération : « Suite à des problèmes de type grec, je ne pourrai être votre obligé à Cannes. Avec le festival, j'irai jusqu'à la mort, mais je ne ferai pas un pas de plus. Amicalement. Jean-Luc Godard ». Bon, chacun comprendra comme il veut. Toujours est-il qu'après avoir vu son OVNI d'un ennui abyssale et regorgeant de clichés, on aurait bien aimé avoir quelques éclaircissement sur ses intentions...

Et aussi

Lambert Wilson, le maudit
*Pour un acteur, jouer dans un film sélectionné en Compétition officielle est déjà un merveilleux cadeau. Certains, comme Naomi Watts (We Will Meet a Tall Dark Stranger, Fair Game), Josh Brolin (We Will Meet a Tall Dark Stranger, Wall Street 2 - L'argent ne dort jamais) ou Lambert Wilson (La Princesse de Montpensier, Des Hommes et des Dieux) ont même la chance cette année d'en avoir deux. Mais si les deux premiers ont pu faire le déplacement, Lambert Wilson, lui, n'aura pas cette chance. Le comédien a dû être transporté d’urgence dans un hôpital parisien le week-end dernier pour y être opéré d’une péritonite...

De la musique, oui. La musique de films, pas vraiment...
*Malgré la présence dans le Jury 2010 du compositeur français - dont la cote ne cesse de grimper à Hollywood - Alexandre Desplat, il faut reconnaître que la musique de films peine toujours à trouver sa place dans ce Festival. Car si Elton John, David Hallyday ou encore Lionel Richie sont venus donner des concerts privés à une poignée de privilégiés depuis le début du Festival, les concerts gratuits de musiques de films dont le public pouvait profiter habituellement au Cinéma de la plage ont, eux, étaient supprimés de la programmation, cette année, tout simplement... Et si on ajoute à cela le fait que, contrairement aux autres grands festivals de Cinéma (Berlin, Venise...), Cannes continue toujours à faire cavalier seul en refusant de remettre un prix à la meilleure musique lors de la clôture. On va finir par croire que la présence d'Alexandre Desplat est l'alibi des organisateurs pour cacher leur désamour de la musique de film..

TV5 Monde... Cinéma
*La chaîne mondiale généraliste TV5 Monde a profité, hier, du Festival de Cannes pour lancer officiellement la première plate-forme numérique mondiale du cinéma francophone à la demande avec ses partenaires UniversCiné. La chaîne propose d'ores et déjà plus de 200 oeuvres numérisées (Indigènes, Marius et Jeannette, Flandres, Eldorado, etc...) pour une offre qui s'étend de 3,99 à 4,99 euros par location. Le but de l'opération ? « Montrer ici ce qui vient d’ailleurs, montrer ailleurs ce qui vient d’ici » Un leitmotiv qui s'inscrit parfaitement dans l'esprit de Cannes...

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