Connu pour son ton transgressif et sa popularité qui traverse les générations — des Zéniths remplis, deux millions d'abonné·es sur les réseaux, et une image de père de famille bienveillant et engagé —, Jarry, de son vrai nom Anthony Lambert, aurait selon ces témoins fait vivre un enfer à plusieurs techniciens et techniciennes lors du tournage de la série "Maison de retraite" pour TF1, entre février et mai 2025. Tous ont accepté de témoigner auprès de "Mediapart" sous couvert d'anonymat, par crainte de représailles.
"Il a dépassé les limites", résume une intermittente, évoquant des "vannes racistes", des gestes déplacés et une attitude jugée "méprisante" envers les plus vulnérables de l'équipe. Plusieurs personnes parlent d'un comédien "omniprésent" et "tactile", multipliant les blagues graveleuses ou à connotation raciale sous couvert de dérision.
L'un des épisodes qui a le plus marqué le plateau concerne un jeune acteur noir, surnommé "Kirikou" par Jarry alors qu'il peinait à retenir ses répliques. "Il y a eu un grand silence", se souvient un technicien. D'autres témoins confirment la scène, tout comme des remarques répétées sur la couleur de peau et les cheveux du comédien. "Il faut vite tourner, sinon on te verra plus", aurait-il lancé un soir de tournage.
Déjà critiqué pour des propos du même ordre sur scène, l'humoriste avait réagi en mars dernier à une polémique née d'un sketch jugé raciste, assurant dans "Quotidien" que ces attaques l'avaient "fait pleurer". "Je ne vais évidemment pas, moi-même, pratiquer ce racisme !", affirmait-il alors, se présentant comme victime de malentendus.
Mais pour les témoins de "Maison de retraite", les blagues du comique prennent un tout autre sens dans un cadre professionnel. Plusieurs techniciens racontent des gestes ou remarques à connotation sexuelle : "Tout tournait autour du cul, il faisait des vannes tendancieuses en permanence et ça finit par être dégradant, voire humiliant pour les gens", explique l'un d'eux. Un autre évoque des "perches sulfureuses" lancées aux jeunes hommes de l'équipe : "C'est très vieille époque." Selon plusieurs sources, Jarry aurait plaisanté sur la sexualité de ses collègues ou fait des allusions explicites à des relations sexuelles ou à une prétendue homosexualité cachée chez l'un d'entre eux. "Il touche beaucoup les abdos ou les épaules pour voir s'ils sont musclés", évoque un témoin.
Ces comportements auraient conduit certains à demander à ne plus travailler directement avec lui. "Quand ça vient d'un acteur populaire, on se sent impuissant", confie un technicien, soulignant la difficulté de dénoncer de tels faits, surtout pour des hommes.
D'autres témoignages évoquent une "maltraitance morale" envers les techniciennes. Plusieurs habilleuses affirment avoir été prises en grippe par le comédien. L'une d'elles raconte une scène où Jarry lui aurait jeté un costume au visage : "C'était à la fois violent et méprisant." Une autre se souvient d'une claque sur la main infligée alors qu'elle ajustait un vêtement. "Il a été exécrable pour des choses futiles", assure une collègue.
Sur un groupe WhatsApp interne, des membres de l'équipe auraient même partagé un "harcélomètre" pour tenter d'objectiver les comportements subis. Malgré plusieurs alertes, "les référent·es VHSS (violences et harcèlement sexistes et sexuels)" du tournage — la productrice Élisa Soussan et le directeur de production Kader Djedra, tous deux proches de la production — n'auraient pas donné suite. "Les gens qui gèrent les finances ne peuvent pas être ceux qui gèrent ces sujets", déplore un technicien.
Les difficultés d'emploi du temps de Jarry, alors en pleine tournée de son spectacle "Bonhomme", auraient encore tendu l'atmosphère. "Il n'arrêtait pas de dire que le tournage était abominable pour lui", rapporte une membre de l'équipe. Plusieurs témoins estiment qu'il "brossait les puissants dans le sens du poil et maltraitait les plus fragiles".
Sollicité par "Mediapart", Jarry a d'abord accepté un entretien avant de se rétracter. Dans un message, il a simplement écrit : "J'espère vous avoir un jour dans ma salle pour comprendre ma quête de rassembler les gens quels que soient leur sexe, religion, couleur de peau. Le vivre-ensemble qui donne un sens à la vie."
Ni Kev Adams, coproducteur de la série, ni Claude Zidi Jr., coréalisateur, ni la société My Family n'ont répondu aux questions de "Mediapart". Selon plusieurs sources, une saison 2 de "Maison de retraite" est en discussion, mais Jarry n'en ferait pas partie.
L'humoriste occupera cependant une place de choix dans la grille de TF1 cette saison. Comme l'a confirmé Ara Aprikian, directeur général des contenus du groupe, dans "Le Parisien" le 5 juillet dernier, "le retour de Jarry" sur la chaîne est "tranché". En plus d'être l'un des interprètes principaux de l'adaptation en série de "Maison de retraite", Jarry reviendra également à l'animation en prenant les commandes de "The Imposter", un nouveau jeu de plateau adapté d'un format britannique et diffusé en prime time.

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