Daniel Riolo : "Quel média pourrait nous accorder la liberté que nous donne RMC ?"

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Daniel Riolo : "Quel média pourrait nous accorder la liberté que nous donne RMC ?"
Daniel Riolo sur le fiasco de Mediapro. © Abaca
A l'occasion des 15 ans de "L'after foot" sur RMC et RMC Story, le journaliste sportif a accordé un entretien à puremedias.com.

"L'after foot" souffle ses 15 bougies. Ce soir, à 20h45, l'émission de Gilbert Brisbois, Daniel Riolo et Jérôme Rothen fêtera sa première quinzaine sur RMC. A cette occasion, la station a préparé une soirée spéciale revenant sur les meilleurs moments du talk depuis son lancement en 2006. A 23h, après la diffusion de la demi-finales de Ligue Europa, Manchester United/AS Roma, RMC Story retransmettra en simultané les 15 ans de "L'after foot". Le programme sera également en direct sur Twitch. Le journaliste Daniel Riolo a accepté de s'entretenir avec puremedias.com pour revenir sur cette quinzaine de son émission sur les ondes et plus globalement, sur l'évolution du football dans les médias.

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Propos recueillis par Florian Guadalupe.

puremedias.com : Que nous réserve cette soirée dédiée aux 15 ans de "L'after foot" ?
Daniel Riolo
: Même si ça fait 15 ans, j'ai l'impression qu'on construit toujours nos émissions de manière artisanale, en bande de copains. Donc, nous ne sommes pas habitués à bien organiser les choses. Cette année, on va faire une soirée, avec plein de choses autour de nous... En fait, c'est la chaîne qui organise. C'est un peu un cadeau, une sorte d'anniversaire surprise. On nous a dit : "On va faire une soirée pour vos 15 ans". Effectivement, on sait ce qu'il va se passer. Les deux premières heures seront à la radio. La dernière heure est à la télé. Il y aura des personnalités. Pas de la star internationale non plus. Même si Baptiste Lecaplain est une star internationale, c'est bien connu (rires). C'est surtout des amis de "L'after", des gens qui sont passés dans l'émission. On évoquera les grands moments de l'émission. Je ne voulais pas trop que ça fasse "Les enfants de la télé", mais il y a de bons moments dans l'histoire de l'émission qu'on va se repasser. Des débats enflammés du passé qu'on va essayer de remettre au goût du jour. Dans la dernière heure, il y aura probablement un quiz.

Qu'est-ce qui a fait la longévité de "L'after" ?
On a su assez vite qu'on était écoutés par toutes les classes de la population. On va du taxi au chef d'entreprise et au politique. On a aussi découvert qu'il y a pas mal de vedettes people qui nous écoutent aussi. On est contents de toucher autant de gens. Le foot, c'est vraiment fédérateur. Notre émission, elle, s'est installée. C'est rare une émission qui tienne à l'antenne aussi longtemps. C'est que ça marche. On ne serait pas là sinon. Notre public, c'est un stade de foot. Il y a les tribunes populaires, les latérales et les loges. Je n'ai jamais apprécié les supporters qui disent que les gens en loges aiment moins le foot qu'eux. J'ai été dans chaque endroit du stade et je respecte les gens de chaque endroit. "L'after", ça a toujours été ça. C'est notre histoire depuis 15 ans. On va la raconter pour cette soirée.

Ils ont dit
"Il n'y a pas grand monde qui est passé dans l'émission et qui n'a pas eu envie de m'étrangler"
Daniel Riolo

Que représente "L'after foot" pour vous ?
Cette émission représente tout ! C'est toute ma vie ! Les premières années, avec Gilbert (Brisbois, ndlr), on était les gars du soir. Même au sein de notre radio, on était les gars de la dernière tranche qu'on surveille pour pas qu'ils débordent. Petit à petit, la mayonnaise a pris. Ma vie s'est construite autour de ça. C'est dans "L'after" que j'ai rencontré la femme avec qui je suis (Géraldine Maillet, ndlr). C'est dire comment ma vie a été chamboulée par cette émission. C'est ma vie, "L'after foot".

Quel a été le moment le plus marquant en 15 ans d'émission ?
Il y a eu des moments de foot. Mais le moment le plus marquant, c'est en 2013, à 23h, quand l'invitée de l'émission est devenue ma femme ensuite (rires). En plus, c'était une invitée gag. Elle sortait un film qui s'appelait comme notre émission, "After". On avait trouvé ça marrant de l'inviter parce que c'était complètement décalé par rapport à nous.

Y a-t-il eu des invités avec qui ça s'est mal passé par la suite ?
Jamais vraiment. C'est l'ADN de l'émission, les envolées lyriques, les joutes verbales, les engueulades. Il n'y a personne avec qui je ne me sois pas engueulé. Il n'y a pas grand monde qui est passé dans l'émission et qui n'ait pas eu envie de m'étrangler. Il n'y a personne avec qui je ne me sois pas réconcilié. C'est l'histoire de "L'after foot", de nos excès et de nos passions. Avec Roland (Courbis, ndlr), Eric (Di Méco) et Jérôme (Rothen), on s'est embrouillés mille fois. Ca arrive très souvent. Passé minuit, j'oublie.

Ils ont dit
"Si je réécoute des émissions de 2008, il y a des trucs que je ne pourrais plus dire".
Daniel Riolo

Est-ce que le traitement du football doit forcément passer par la polémique ?
D'abord, quand nous avons commencé à proposer ce format, peu de monde le faisait. Il y avait "On refait le match", mais c'était une émission hebdo. Nous sommes arrivés et nous nous sommes installés tous les soirs. Dans une émission quotidienne, dans un grand média, nous étions les seuls. Alors, oui, il y a des polémiques. Mais on est une émission qui a fait bien plus que des polémiques. On est une émission qui a révélé mille choses sur le foot français, évoqué mille constats sur l'état de notre football et a fait avancer mille dossiers. On est devenus incontournables dans le monde du foot. Plus personne ne nous ignore.

"L'after foot" a-t-elle changé la relation entre les supporters de football et les médias ?
Oui, complétement. L'idée était d'être une tribune. Nous sommes un peu les capos (meneur représentatif d'un groupe de supporters, ndlr) des tribunes. Il y a tous les gens qui viennent, qui debriefent le match, qui s'énervent et qui n'aiment pas. C'était ça l'idée, même au début. Puis, quand on s'est installés tous les soirs, même les jours sans match, c'est devenu une discussion entre passionnés, qui vont parler de manière plus posée et qui vont parler d'autre chose. Les digressions font aussi partie de l'histoire de "L'after".

L'une des valeurs revendiquées de "L'after" est la liberté d'expression. En 15 ans, avez-vous le sentiment qu'elle a évolué ?
Si je réécoute des émissions de 2008 ou 2009, il y a des trucs que je ne pourrais plus dire. C'est certain. Après, on s'adapte. Au bout d'un moment, il faut arrêter de dire : "On ne peut plus rien dire". On le sait et on s'adapte. Malgré tout, notre liberté de ton est encore présente. C'est davantage sur les vannes. Dès que ça mêle hommes et femmes, il faut arrêter. Je ne fais plus ces trucs-là. Évidemment que ce rapport a changé. Twitter a aussi changé beaucoup de choses. Le procès est immédiat. Tu dis quelque chose et tu as immédiatement les haters qui te tombent dessus. Même si au final, tu as beaucoup plus de gens qui sont positifs que négatifs.

Ils ont dit
"Twitter est devenu un tribunal populaire permanent. Il n'y a pas de procès. Il n'y a pas de défense. Il faut que tu meures."
Daniel Riolo

Pensez-vous que les réseaux sociaux ont une responsabilité dans l'émergence de ces polémiques ?
C'est surtout que la polémique devient plus importante à cause des réseaux sociaux. Les mecs te suivent sur Twitter. Ils te relancent. Il y a plein de sites d'infos médias qui reprennent les propos, les coupent et les transforment. C'est repris sur Twitter. Ce sont des bouts de phrase que d'autres médias ont recoupés et ont montés à l'envers. En fait, ça ne s'arrête jamais ! Ca bout en permanence. Notre plus grosse polémique, celle sur la meuf de Neymar, ça me fait marrer. Les gens disent toujours : "Ouais, vous avez déconné. Marlène Schiappa a dit ça". Moi, je me souviens avoir eu la ministre au téléphone. Ca s'est réglé en deux minutes. Le feu dans cette affaire a été mis par les réseaux sociaux. Les saisines du Conseil supérieur de l'audiovisuel ont été faites par les gens sur les réseaux sociaux, en l'occurrence les haters. Ce sont eux qui foutent le feu ! Ce sont eux qui font en sorte que tu sois sanctionné ! C'est pour ça qu'on a été suspendus d'antenne pendant une semaine. Mais sinon, c'était juste une phrase maladroite. Est-ce que ça mérite des suspensions d'antenne ? Ou même de te faire virer comme c'est le cas aujourd'hui dans certains groupes ? Ce sont les réseaux sociaux qui provoquent ça. Sur les réseaux sociaux, il y a des gens dont l'objectif de vie est de voir mourir les autres. C'est complètement fou. C'est devenu un tribunal populaire permanent. Il n'y a pas de procès. Il n'y a pas de défense. Il faut que tu meures.

Est-ce que vous ressentez en tant que journaliste de football une violence grandissante sur les réseaux sociaux, et peut-être aussi dans la vraie vie ? Est-ce que vous avez peur ?
Je n'ai jamais eu peur. Des mecs qui me menacent, il y en a plein. J'en ai reçu des tonnes. Quand on parle de football, ça arrive. Ce tribunal veut te couper la tête en permanence. Ils sont là pour ça. Ils attendent ça. Ce sont des assauts numériques. C'est souvent dix personnes, tu as l'impression qu'ils sont mille. Tout ça est un miroir grossissant et déformant. C'est troublant. Je comprends qu'il y ait plein de gens qui soient très fragiles par rapport à ça. A mes débuts, j'avais été fragilisé. Avec le temps et l'expérience, je sais que ça ne représente pas grand chose et que c'est très loin d'être la vérité. Ce qui me désole toujours, c'est que les patrons de médias fassent à ce point attention à ce qu'il se passe sur les réseaux sociaux. Ca me dépassera toujours. Peut-être que dans dix ans, je serai encore là. Je ne sais pas si un jour, je serai patron de médias. Je ne sais pas si c'est ma vocation. Mais dieu que je me préserverai de l'influence de ce qu'il se dit sur les réseaux. Aujourd'hui, tu te demandes si le programme de certaines émissions n'est pas fait en fonction des tendances sur Twitter. C'est horrible mais ça a profondément changé notre métier.

Ils ont dit
"J'ai toujours milité pour que des gens d'autres médias viennent débattre avec nous."
Daniel Riolo

L'arrivée de la radio filmée a-t-elle également changé votre métier ?
Nous, on a tout fait. On a eu la radio, la radio filmée, la télévision... Je lisais des commentaires : "Depuis que vous êtes en télé, vous êtes moins ceci ou moins cela". Jamais de la vie ! Ca n'a jamais rien changé ! Sauf quand ma maman me dit : "Tu ne te tiens pas droit !". C'est tout ! Pour moi, ce n'est jamais allé au-delà qu'une histoire d'image. J'ai dû mettre plus de vestes que d'habitude. Ok. Mais ça ne change pas grand chose à ma vie. Le ton n'a jamais changé. Le conducteur n'a jamais été affecté. Les gens se créent un problème avec ça qui relève de l'ordre du fantasme. Ils imaginaient que le fait qu'on soit à la télé modifiait notre manière de travailler. Demain, on est en télé en même temps que la radio, ça ne changera rien. Qu'on me filme ou qu'on ne me filme pas, je m'en fous. Surtout que j'aime bien passer à la télévision.

Votre nouveau patron, Karim Nedjari, a ouvert la porte à un recrutement de Stéphane Guy, licencié de Canal+ en décembre dernier. Ferait-il un bon débatteur pour "L'after foot" ?
Je le connais peu. Je l'ai principalement entendu en commentaires de matchs et à la présentation de "J+1" sur Canal+. Je ne l'ai jamais entendu comme débatteur. Je ne peux pas savoir s'il a un avis sur le foot et s'il a une réflexion. Ce n'est pas une émission facile à faire. On a vu passer plein de gens et on pourrait faire le classement des bons et des mauvais. Nous n'avons jamais été fermés à personne. J'ai toujours milité pour que des gens d'autres médias viennent débattre avec nous. Si les personnes ne sont pas bonnes et ont un avis "gniangnian", elles ne reviennent pas. Il viendra peut-être une fois ou deux. On sera assez grands avec Gilbert pour juger s'il est bon. En tout cas, je n'ai rien contre. Karim le connaît très bien. Karim Nedjari est un journaliste. Pour nous, c'est une grande chance. Il saura si Stéphane Guy est capable de bosser chez nous et d'y remplir je ne sais quelle mission.

Signeriez-vous pour 15 ans de plus à "L'after foot" sur RMC ?
Je signerai si je suis sûr que rien ne changera et qu'on s'amusera toujours autant. Je me souviens d'un échange avec mon ancien boss, François Pesenti, dans son bureau, cinq ans après le lancement de "L'after". Je lui avais dit : "J'ai une angoisse. Je ne sais pas combien de temps je peux faire ça. Tu crois vraiment qu'après 50 ans, je peux encore faire 'L'after' tous les soirs. J'ai peur de lasser". Il m'avait répondu : "Tant que tu t'amuses, tu ne dois pas te poser la question. Ce n'est pas l'âge qui compte". Il me parlait comme s'il était une assistante sociale. (rires) Il avait ajouté : "Regarde 'Les grosses têtes', ils sont à l'antenne depuis des dizaines d'années. C'est rare d'être à l'antenne avec la même émission pendant des années. C'est une chance inouïe. Ca veut dire que ça plaît et que tu fidélises les gens". Depuis qu'il m'a dit ça, j'ai continué et j'y suis arrivé aux 50 ans. Donc, oui, je signe complètement.

Ils ont dit
"Qu'est-ce qui pourrait nous faire partir ? Un mec qui vient et qui pose une valise de cash sur la table ?"
Daniel Riolo

Si Europe 1, aujourd'hui en difficulté, vous propose d'incarner une tranche sur sa grille, relèverez-vous le défi ?
Non. Franchement, je ne l'ai jamais imaginé. Moi, je marche à deux avec Gilbert. On ne va pas se quitter. Là, on va lancer "La revue" qui est un pari extraordinaire. C'est le podcast de "L'after". On est tous les deux, on continuera tous les deux. Ce serait changer de club ? Un gros transfert ? Quel média pourrait nous accorder la liberté que nous donne RMC ? Qu'est-ce qui pourrait nous faire partir en fait ? Un mec qui vient et qui pose une valise de cash sur la table ?

Oui !
(rires) Ecoute, quand la valise de cash sera sur la table, on réfléchira. Gilbert est plus fort en business que moi. Ce n'est pas trop mon truc. Puis, même là, il faudrait regarder. Le succès de "L'after", c'est la liberté qu'on a eue. Elle est incroyable. Je ne pense pas qu'Europe 1 avec Vincent Bolloré bientôt, donnera cette liberté-là. Je ne pense pas qu'un média comme RTL ait donné de telles libertés à des gens. Quand on a démarré sur RMC, il y avait Alain Weill, Franck Lanoux et François Pesenti. Ce trio-là a donné à toutes les émissions une liberté qui était unique. A une époque, Aulas voulait notre peau. Il y avait une rumeur à RMC autour d'Alain Weill. Le grand boss aurait dit : "Ouais. On ne se couche pas devant Sarkozy quand on parle politique. Ce n'est pas devant le président d'un club de foot qu'on va se coucher !". J'avais tellement adoré cette phrase. On était dans les débuts de "L'after". Alain Weill a toujours été un protecteur. Franck n'est plus en contact avec nous mais il nous soutenait aussi. Puis, ensuite, on a eu de la chance. Tous ceux qui sont passés par la direction ont toujours été de vrais soutiens. Et aujourd'hui, Karim Nejdari nous a dit quand il est arrivé : "Je vous soutiens. Je suis avec vous. Je vais faire en sorte qu'on aille encore plus loin". Je pense que ma plus grande des fiertés, c'est quand les boss qui arrivaient disaient qu'ils étaient auditeurs de "L'after foot". C'est fort quand même. C'est du luxe. Avec Gilbert, c'est une vie de rêve. Nos 15 ans, c'est une adolescence rayonnante.

Ils ont dit
"Je ne veux pas qu'on prenne des nanas parce que c'est des nanas, alors qu'elles n'ont pas les compétences."
Daniel Riolo

Que vous a inspiré le documentaire "Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste" de Marie Portolano sur Canal+ ?
Moi, toutes les nanas, je les ai connues. Un moment ou un autre, j'ai bossé avec elles. J'étais gêné parce que je n'ai rien vu de cela. "L'after", c'est le soir. On n'avait pas beaucoup de vie de rédaction. Je n'étais pas au contact d'éventuelles histoires de ce genre. D'ailleurs, il n'y a pas eu trop d'histoires liées à RMC. C'est probablement arrivé. Puis, je connaissais des histoires... Des nanas qu'on met à l'antenne parce qu'elles sont belles... Mais les histoires qu'ont racontées Isabelle Moreau ou Margaux Dumont... Cette dernière était à RMC à un moment. Je la croisais peu. Elle débutait. C'était un peu la petite de la bande. Quand elle raconte son histoire et qu'elle pleure, je me dis : "Putain, mais c'est qui ? Qui est le salopard qui t'a mis dans un état pareil ?". Moi, je ne savais pas. Je n'ai jamais su ces choses-là. Donc, bravo à Marie de l'avoir fait ! Par contre, nous avions reçu Vanessa Lemoigne dans "L'after" pour en parler. Je lui avais dit : "La partie sur les réseaux sociaux, c'est commun entre les hommes et les femmes. Il n'y a pas de distinction dans la connerie. On est tous logés à la même enseigne". Les insultes sur les nanas, nous, on prend les mêmes. Pour le reste, le film était super. C'est bien si les mentalités changent. S'il y a des mecs qui se sont comportés comme ça, qu'elles le disent et qu'elles n'aient plus peur de le dire. Que ces mecs-là ne bossent plus dans notre milieu.

Vous n'avez jamais d'entendu de propos sexistes au cours de votre carrière ?
La mentalité de beauf' d'une tonne de mes confrères, oui, ça, je l'ai notée. Je l'ai vue. Mais l'acte du gars qui harcèle la nana, je ne l'ai pas vu. Moi, ce que je ne veux pas, c'est qu'on fasse une discrimination à l'envers. Qu'on prenne des nanas parce que c'est des nanas, alors qu'elles n'ont pas les compétences. Il faut qu'elles bossent autant que nous, qu'elles aient la même passion et qu'elles veuillent faire ce métier plus que tout. Ensuite, évidemment, il faut leur donner leur chance comme à un mec. Puis, qu'elles le fassent sans être maltraitées. Mais j'ai l'impression que c'est banal de dire ça. Je ne comprends pas comment nous en sommes arrivés là. Moi aussi, je suis de l'ancienne génération. Mais je n'ai jamais traité une nana comme ça. Même quand elles étaient à l'antenne dans "L'after", il pouvait m'arriver d'être très dur dans le débat avec des femmes. Mais ça aurait été un mec, j'aurais fait la même chose. Je les respectais en les traitant exactement comme j'aurais traité n'importe quel interlocuteur. De toute façon, je ne regarde jamais le sexe, la couleur, la religion, etc. Je m'en fous ! Les gens sont face à moi, on parle de foot. C'est tout ! Après, on n'a pas eu beaucoup de nanas dans l'émission. Mais on n'est fermé à rien. Qu'elles se portent candidates ! On sera simplement durs avec elles, comme on sera durs avec tout le monde.

Ils ont dit
"Resserrer l'élite pour en faire une compétition de très haut niveau, je n'étais pas contre cette idée-là"
Daniel Riolo

Il y a une semaine, le projet de la Super League a capoté. S'il s'était concrétisé, cela aurait été une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les journalistes ?
Si elle avait eu lieu, on l'aurait couverte. Sur ce dossier, j'ai beaucoup écouté. Il y a tant d'arguments qui la flinguaient et que je trouvais nuls. Celui que je trouvais pertinent était celui du mérite. Je ne voulais pas que ce soit fermé. Je voulais qu'il y ait toujours une ouverture et un renouvellement des équipes dans la compétition. Ensuite, resserrer l'élite pour en faire une compétition de très haut niveau, je n'étais pas contre cette idée-là. La seule chose qui me gênait, c'était le ticket automatique pour certaines équipes. Ca m'embêtait plus. Puis, je ne veux pas tomber dans le piège : "L'UEFA, c'est les bons. Les autres, c'est les méchants". Comme de par hasard, 24 heures plus tard, l'UEFA a trouvé les 7 milliards que réclamaient les clubs riches... Finalement, ils vont revenir et vont finir par avoir l'argent qu'ils réclamaient. Il ne faut pas prendre les gens pour des cons à leur raconter n'importe quoi, avec un camp de gentils et un camp de méchants. Nous, à "L'after", l'avis était plutôt partagé. Gilbert était plutôt contre. Moi, j'étais mitigé.

Que vous a inspiré la déchéance de Médiapro qui devait retransmettre la Ligue 1 en France jusqu'en 2024 ?
Très vite, j'ai su que ça ne marcherait pas. Dans "L'after", j'avais mené une réflexion autour de ce groupe et je n'étais pas le seul à penser que ça ne fonctionnerait pas et que ça finirait très vite par s'écrouler. Ca s'est écroulé plus vite qu'on ne le pensait. Quelque part derrière cette faillite, il faut se rendre compte que les audiences télés sont en baisse, en matière de football. Il ne faut pas se voiler la face dessus. Quelque part dans la réflexion de la Super League, il y avait un peu de ça. Il faut peut-être resserrer les compétitions. Avec les discours sur le foot des riches et le foot des pauvres, il ne faut pas tomber dans la démagogie non plus. La Coupe de France, ça passe sur Eurosport 2. Plus personne ne regarde. La Coupe de la Ligue a été supprimée car elle ne faisait plus d'audience et n'avait plus de diffuseur. La Ligue 1 ? On a vu ce qu'il s'est passé avec Mediapro. Une chaîne ne peut pas diffuser uniquement la Ligue 1 et réclamer un abonnement. Personne ne s'abonnera. Il faut mettre ça à l'intérieur de plein d'autres produits pour séduire le consommateur. Mediapro est un révélateur d'une consommation du foot qui a beaucoup changé.

Avec l'augmentation du nombre de résumés de matchs et de découpages de séquences de jeu, n'entre-t-on pas dans une consommation rapide, fast food, du football ?
Oui. Nous sommes de plus en plus dans le "fast foot". On en parle beaucoup dans le premier numéro du podcast "L'after Foot, la revue", qui va sortir le 10 mai. On parlera de l'économie du football et de sa nouvelle consommation. Effectivement, tout a changé. Les diffuseurs doivent rester informés de tout ça et faire attention.

Les plateformes numériques peuvent-elles dévorer le football à la télévision ?
Pour l'instant, les plateformes disent qu'elles se lancent, mais elles ne se lancent pas vraiment. En Italie, DAZN et les droits de la Serie A, ce n'est pas très clair. Puis, à un moment, on a dit qu'ils étaient derrière la Super League, mais ils n'y étaient pas. Je ne sais pas si elles ont vocation à retransmettre du direct. On verra comment Amazon va retransmettre Roland-Garros. Ca fait longtemps qu'on parle des GAFA qui arrivent dans le football. Pour le moment, il n'y a rien qui se passe. Personne ne vient. C'est très mystérieux. Quand j'en parle avec des spécialistes, ils me disent qu'ils n'ont pas l'impression que ça va arriver.

Ils ont dit
"J'aimerais bien aller chez Cyril Hanouna. Être chroniqueur, ça me ferait marrer !"
Daniel Riolo

En 2019, dans une interview à "So Foot", vous aviez fait part de votre envie d'animer "une émission comme Pascal Praud". Aujourd'hui, est-ce que vous pourriez faire autre chose que du football ?
Oui, j'adorerais. J'aimerais beaucoup retourner aux "Grandes gueules" sur RMC. J'adorerais avoir une émission comme "L'heure des pros". J'ai envie d'animer une émission qui ne parle pas de foot. J'adore passer dans les émissions. J'aime le débat et l'info. J'aimerais bien aller chez Cyril Hanouna. Être chroniqueur, ça me ferait marrer ! Tous ces trucs-là me plaisent. Ensuite, il ne faut pas être partout, parce que tu fatigues. A priori, il n'y a rien que je refuserais.

En avez-vous déjà discuté avec la direction d'Altice pour une éventuelle animation d'une émission ?
On l'a déjà évoqué une fois avec Hervé Béroud (directeur général délégué d'Altice Média France, ndlr). J'avais dit que j'aimerais bien. Les "GG", je l'ai fait un petit peu. Ca s'est ensuite arrêté. C'est à Olivier Truchot et Alain Marschall de décider. Par contre, je n'ai jamais dit explicitement que j'avais envie de présenter une émission, parce qu'ils se disent que si je le fais, ce sera difficile d'être à l'antenne le soir pour le foot. Ce sont des histoires d'emplois du temps et de timing. Si Altice, Arthur Dreyfuss (directeur général d'Altice Médias France, ndlr), Karim Nejdari ou Hervé Béroud me le proposaient, je ne réfléchirais pas deux secondes. Évidemment que j'irais !

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