"Au contraire de la Russie, la liberté d'expression en France est un principe non négociable. La pluralité des points de vue, même ceux que l'on juge erronés ou mal intentionnés est constitutif du débat démocratique. Et au nom de quoi pourrait-on distinguer ce qui relève de la propagande de ce qui est une opinion légitime ?", s'est interrogé Patrick Cohen dans son édito politique ce jeudi 28 mai sur France Inter. Le journaliste a pris pour point de départ une enquête du "Monde" publiée il y a deux jours, dans laquelle est révélée la place centrale de la propagandiste russe Xenia Fedorova dans l’écosystème de Vincent Bolloré, dont elle est devenue l'une des protégées. "Prenez Xenia Fedorova qui a été jusqu'en 2023 la patronne de RT, chaîne financée par le Kremlin dont l'Union européenne a stoppé la diffusion après l'invasion de l'Ukraine. Sur la chaîne info du groupe Bolloré, Fedorova traite de la Russie et de l'Ukraine sans aucune mention de ses liens avec Moscou, a analysé Patrick Cohen, pointant du doigt une absence de "transparence" de la part de CNews. Il faudrait aussi de la contradiction, hors, sur CNews, la parole de l'ex-patronne de RT n'est pas contestée, jamais."
Après avoir cité plusieurs exemples de désinformations distillées à l'antenne par l'ancienne patronne de RT France, soupçonnée d'avoir demandé la tête de certains ex-intervenants de CNews comme le général Bruno Clermont, Patrick Cohen poursuit : "Le problème ici est moins l'inféodation que le mensonge, la désinformation, qui va au-delà de la parole de Fedorova. Xenia Fedorova n'est pas une voix parmi d'autre sur CNews : elle est 'la' voix de Moscou qui domine toutes les autres, ce qui la rend bien plus puissante qu'à l'époque où elle dirigeait RT." L'éditorialiste termine sa chronique par un rappel de la "colère froide" d'Emmanuel Macron qui, interrogé en 2017 par Xenia Fedorova sur l'interdiction pour RT France d'avoir accès à son QG pendant la campagne présidentielle, lui avait rétorqué que la chaîne était "un organe d'influence [...] qui, à plusieurs reprises, a produit des contre-vérités sur [s]a personne et [s]a campagne". Un courroux "qui contraste aujourd'hui avec le silence des pouvoirs publics, ou leur complicité, face à la plus influente propagandiste d'un pays désormais hostile à la France et engagé dans une guerre d'agression", a conclu le chroniqueur de "C à vous."
Mercredi 27 mai, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, avait été amenée à commenter elle aussi l'enquête du "Monde". Celle-ci révélait en effet la présence, lors d'un dîner organisé par Vincent Bolloré où était conviée Xenia Fedorova, de la ministre de l'agriculture Annie Genevard. L'occasion pour Maud Bregeon de qualifier de "très graves" les propos tenus par l'ancienne directrice de RT France "dans un certain nombre de médias". "Qualifier de 'propos très graves' toute analyse qui ne reprend pas la grille de lecture dominante est devenu un réflexe commode. Mais ce n’est pas un argument. Je suis journaliste. J’exprime une analyse, parfois critique, notamment sur le rôle de l’Occident dans la prolongation du conflit en Ukraine. Cette analyse peut être contestée, bien sûr. Elle ne peut pas être interdite sous prétexte qu’elle dérange [...]", avait commenté peu après Xenia Fedorova sur son compte "X", avant de conclure : Essayer d’imposer la censure sous couvert de lutte contre la désinformation est une conception très préoccupante du pluralisme."

player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2