La décision de Maxime Saada de "ne plus travailler" avec les centaines de professionnels signataires d'une tribune contre Vincent Bolloré, actionnaire de référence de Canal+, a provoqué une onde de choc. En plein Festival de Cannes, un collectif baptisé "Zappez Bolloré" s'est alarmé de la future mainmise du groupe du milliardaire breton sur le réseau des salles de cinéma UGC et a paraphé une pétition sur la dimension politique du groupe. Il n'a obtenu en retour que des menaces proférées par le patron du groupe de la chaîne cryptée, premier financeur du cinéma français. Une réponse "disproportionnée" que regrette la ministre de la Culture, Catherine Pegard, et qui fait jaser sur la Croisette comme à Paris.
Retenu cette année dans la capitale, Patrick Cohen a profité de son édito politique de mercredi sur France Inter pour partager son opinion sur cette controverse. Le journaliste fait le pari que le blacklistage des signataires de cette tribune "n'arrivera pas". "Il n'y aura pas de liste noire, aucun des professionnels du cinéma que j'ai interrogés n'imagine les équipes de Canal éplucher les génériques pour y débusquer les frondeurs, et les inviter à abjurer leurs erreurs sous peine d'être brûlés vifs", assure-t-il. "C'est un fantasme qui serait suicidaire aussi bien pour Canal+ que pour le cinéma français mais que le PDG du groupe audiovisuel ait cru bon, par colère ou sur injonction de Vincent Bolloré, de proférer une telle intimidation a fait l'effet d'une douloureuse révélation ou d'une confirmation de leurs craintes", s'étonne encore l'éditorialiste du service public.
Patrick Cohen attaque alors les méthodes du milliardaire breton, "je paie, je commande", déjà à l'oeuvre dans les médias qu'il détient. "Qui paie les musiciens choisit la musique. Qui paie les acteurs peut rendre le cinéma muet", résume-t-il dans une formule. L'extrême droite s'est emparée de ce sujet en applaudissant la prise de parole de Maxime Saada au titre qu'il dirige un groupe privé et qu'il fait ce qu'il veut de son argent. "C'est là que commencent les bobards et la méprise sur le rôle de Canal+ dont le financement du cinéma ne relève pas du mécénat ou de la philanthropie mais d'une obligation légale", rappelle l'habituel acolyte d'Anne-Elisabeth Lemoine. Et de poursuivre : "Canal ne subventionne pas les films et ne les produit pas vraiment non plus, il les achète pour les diffuser plus tôt que les autres chaînes auprès de clients qui ont payé un abonnement pour les voir". Dans ce contexte, il nuance la place de Canal+ et son rôle dans l'épanouissement du cinéma français : "Les 150 millions versés l'an dernier sont donc des achats et pré-achats de programmes financés par les abonnés et non pas un cadeau de Bolloré".
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L'éditorialiste de France Inter était déjà monté au créneau contre le chef d'entreprise et sa tribune parue dans "Le JDD" sur la crise chez Grasset dans un récent billet d'humeur. Il jugeait ainsi que "Vincent Bolloré n'a pas de limites, il n'y a aucune inhibition chez lui. La bataille idéologique prime toujours sur la rationalité économique. Les salariés de Canal+, puis d'Europe 1 et du 'JDD', puis les auteurs Fayard avant ceux de Grasset ont tous espéré, pour une raison ou une autre, échappé au laminoir. Ils se sont crus protégés à tort, comme aujourd'hui le milieu du cinéma, toujours mutique de peur de se voir priver de financement".

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