Fabrice de la Patellière (Canal+) : "Netflix n'a pas prouvé qu'il sait faire de la bonne série française"

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Fabrice de la Patellière (Canal+) : "Netflix n'a pas prouvé qu'il sait faire de la bonne série française"
Fabrice de la Patellière
Fabrice de la Patellière © Philippe Mazzoni / Canal+
(2/5) Le patron de la fiction annonce à puremedias.com que la chaîne cryptée va davantage s'intéresser au réel pour ses prochaines séries.

2/5 Deuxième jour de la grande "semaine de la fiction française" de puremedias.com" organisée à l'occasion du festival de la fiction TV de La Rochelle. Après Anne Viau de TF1 hier, c'est au tour de Fabrice de la Patellière, directeur des fictions françaises et des coproductions de Canal+, de faire le point avec puremedias.com sur la saison écoulée et sur les défis qui s'annoncent pour la chaîne cryptée en matière de fictions françaises. Pilier du genre avec la création dès 2005 de son label "création originale Canal+", la chaîne à péage doit désormais faire face à un contexte concurrentiel qui se durcit.

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Semaine de la fiction française sur puremedias.com : Tout au long de la semaine, retrouvez dans nos colonnes des entretiens exclusifs avec les responsables de la fiction française de TF1, France Télévisions, Canal+, M6 et Arte.

Propos recueillis par Christophe Gazzano.

Quel bilan tirez-vous de la saison 2017-2018 ?
Ce fut une saison assez riche. On essaie d'avoir des saisons diversifiées et de s'aventurer dans des univers différents pour offrir des spectacles variés avec par exemple la dernière saison de "Versailles", qui a été un très grand succès ; une saison magnifique du "Bureau des légendes", de "Baron Noir", de "Paris, etc.", d'une mini-série de type thriller avec "Nox"... Cela a globalement bien marché, donc on est heureux. Nous sommes fiers de ce que nous avons montré et fiers de cette diversité.

Sur quels critères vous basez-vous pour estimer qu'une série est un succès ou non ?
Il y a plusieurs critères qui définissent le succès d'une série sur Canal, à commencer par le buzz qu'on arrive à créer autour d'une série. On essaie à chaque fois d'attirer l'attention par des sujets, des partis pris assez forts et par des talents. L'image est importante pour nous. L'audience l'est tout autant, même si nous n'essayons pas d'obtenir l'audience la plus large possible. On fait des séries sans doute plus sophistiquées et pointues que des concurrents, donc ce n'est pas toujours très grand public. Il y a enfin un indice de satisfaction important pour nous, qui est une note que les abonnés donnent au programme. C'est l'ensemble de ces trois facteurs qui entrent en compte, mais aussi le sentiment qu'on a. C'est donc plus complexe que d'autres chaînes qui ne réagissent que sur l'audience. C'est ce qui nous donne cette liberté éditoriale à laquelle on tient, qui est notre ADN.

Avec la perte annoncée des droits de la Ligue 1, Canal+ a-t-elle vocation à augmenter la part de fictions diffusée sur son antenne ?
Canal n'a pas renoncé à la Ligue 1, on l'a encore pendant deux ans et nous n'avons pas renoncé à l'idée de récupérer des lots. Mais c'est vrai que nous développons les séries pour être plus généralistes et moins dépendants du sport.

Ils ont dit
"Mathieu Kassovitz a ses convictions et sa personnalité"
Fabrice de la Patellière

Canal+ est au festival de La Rochelle qui débute demain. Qu'y présentez-vous ?
On présente deux séries, hors compétition : "Le bureau des légendes" saison 4 et le premier épisode de la série "Hippocrate", de Thomas Lilti, que nous allons lancer à l'automne, et qui est notre première série médicale.

Que représente ce festival pour vous ?
C'est le rendez-vous annuel de la fiction française. Cela permet de découvrir des séries qui vont démarrer sur les autres chaînes et c'est aussi une façon agréable de croiser les producteurs et les scénaristes dans un cadre différent.

Concernant "Le bureau des légendes", des rumeurs font état de tensions persistantes entre Eric Rochant, le créateur de la série et Mathieu Kassovitz, l'acteur principal. Ces tensions sont-elles réelles et cela met-il en péril l'avenir de la série ?
Non. Il n'y a pas plus de tensions que sur un autre tournage. Eric Rochant et Mathieu Kassovitz sont ravis de travailler ensemble. C'est un acteur très exigeant, tout comme Eric est un réalisateur très exigeant. Cette série est complexe. Un projet dans lequel il n'y a pas de tensions, ça n'existe pas, surtout avec des personnalités comme cela.

Le fait que Mathieu Kassovitz soit au coeur de nombreuses polémiques en raison de son franc parler sur Twitter ne pose-t-il pas un problème d'image à Canal+ ?
Pas du tout. Mathieu Kassovitz ne nous appartient pas. Il a ses convictions et sa personnalité. C'est quelqu'un de très attachant et de très talentueux et on respecte sa liberté d'expression, qui n'engage que lui (sourire).

Ils ont dit
"Nous allons ouvrir des voies nouvelles"
Fabrice de la Patellière

A combien s'élève le budget de la fiction sur Canal+ ?
Autour de 65 millions d'euros pour 2018. Il est appelé à augmenter puisque nous allons prochainement proposer deux séries de plus en passant de six à huit séries. Il faut savoir qu'une série de huit épisodes coûte environ 10 millions d'euros, mais cela ne veut pas dire que le budget va augmenter automatiquement de 20 millions d'euros, même si on nous donnera les moyens de faire ces séries.

Votre groupe a-t-il les moyens de lutter contre un géant de la production de séries tel que Netflix ?
On n'est pas du tout sur la même échelle. Même les grands acteurs du cinéma et de la télévision sont menacés par Netflix. On se dit qu'il y a une carte à jouer car on est implantés culturellement en France. Le public français veut des séries françaises et on arrive à offrir à nos abonnés des séries de grande qualité. On va voir ce que Netflix va faire localement, mais pour l'instant, ils n'ont fait que "Marseille" et ils n'ont pas prouvé qu'ils savent faire de la bonne série française. On a aussi une carte à jouer sur le plan européen en s'associant à d'autres acteurs qui ont besoin de lutter contre de tels géants. Je pense que c'est la qualité et l'originalité qui nous permettront de nous distinguer et de continuer à exister.

Concrètement, quels nouveaux projets allez-vous proposer ?
On essaie d'avoir l'offre la plus originale et la plus diversifiée possible pour pouvoir lutter. On va donc augmenter notre budget mais aussi ouvrir des voies nouvelles. On va continuer à creuser le sillon des séries réalistes françaises comme "Baron noir" ou "Le bureau des légendes", le sillon du polar avec "Engrenages" ou du thriller et de la comédie. Mais nous allons également essayer de faire des séries différentes. Il y a les séries puissantes, dont on a besoin pour exister face à Netflix, et c'est plutôt de la coproduction comme "Versailles" ou "The New Pope" et une adaptation de "La guerre des mondes".
A côté de ces séries puissantes, et parce qu'on veut toucher des profils différents, on veut aussi faire plus de séries de niche qui s'adressent à un public plus pointu. On devrait s'intéresser davantage au réel, au travers notamment des grands faits divers qui ont marqué leur époque, sans doute dans le cadre de mini-séries. Autre nouveauté, nous allons faire des anthologies (des séries avec une histoire différente par épisode, tel "Black Mirror", ndlr). Et on est en train de réfléchir à une manière d'éditorialiser des unitaires. On veut être de plus en plus ouverts, faire de plus en plus de choses et des choses encore plus diversifiées.

Quels seront les principaux temps forts cette saison sur Canal+ ?
La saison 2 de "Guyane" va être lancée dans quelques jours. Il y aura la 4e saison du "Bureau des légendes" et notre série inédite "Hippocrate". Ensuite, même si je ne les donne pas forcément dans l'ordre, nous aurons "Engrenages" saison 7 et une autre nouveauté qui est "Vernon Subutex", mini-série adaptée des livres de Virginie Despentes. On aura aussi "Zerozerozero", qui est une co-production italienne adaptée d'un livre de Roberto Saviano sur le trafic de cocaïne et l'adaptation du roman "Les Sauvages" de Sabri Louatah, dont le tournage sera lancé au début de l'année prochaine.

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