Avis de tempête à la BBC, institution centenaire, déjà éprouvée par une série de polémiques. Dimanche soir, Tim Davie, directeur général depuis 2020, et Deborah Turness, à la tête de BBC News depuis 2022, ont annoncé quitter leurs fonctions, après la diffusion d'un reportage jugé trompeur sur Donald Trump.
Dans un épisode du magazine "Panorama", diffusé en octobre 2024, des extraits d'un discours du 6 janvier 2021 de l'ancien président américain avaient été montés de façon à laisser penser qu'il appelait ses partisans à "se battre comme des diables" en marchant vers le Capitole. En réalité, ces mots appartenaient à un autre passage de l'allocution, où Trump appelait à "encourager les sénateurs et représentants au Congrès". L'affaire, révélée par le média conservateur "The Daily Telegraph", a immédiatement pris une tournure politique des deux côtés de l'Atlantique.
Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a dénoncé les "journalistes corrompus" de la BBC, accusant la chaîne publique d'avoir tenté "d'influencer le résultat d'une élection présidentielle". "C'est terrible pour la démocratie !", a-t-il lancé, tout en rappelant que la BBC venait d'un pays "considéré comme notre allié numéro un". Lisa Nandy, Secrétaire britannique d'État à la Culture, aux Médias et aux Sports a dénoncé "un parti pris systémique dans la manière dont des sujets difficiles sont traités par la BBC".
Face à la tempête, Tim Davie a reconnu des "erreurs commises" dans un message adressé à ses collaborateurs : "Le débat actuel autour de l'information de la BBC a contribué à ma décision. Si la BBC travaille globalement bien, il y a eu des fautes, et le directeur général doit en assumer la responsabilité." Quant à Deborah Turness, elle a expliqué dans sa lettre de départ que la "controverse actuelle autour du reportage 'Panorama'" portait désormais "préjudice à la BBC", tout en rejetant les accusations de "partialité institutionnelle".
Le président du groupe, Samir Shah, a salué la "dignité" et "l'intégrité" des deux responsables, tout en évoquant un "triste jour pour la BBC". Lundi, il devra s'expliquer devant une commission parlementaire sur ce nouvel épisode embarrassant, que la ministre britannique de la Culture, Lisa Nandy, a qualifié d'"extrêmement grave".
Ce scandale s'ajoute à une série de polémiques récentes. Le régulateur Ofcom a récemment sanctionné la BBC pour avoir omis de signaler qu'un enfant narrateur d'un documentaire sur Gaza était le fils d'un cadre du Hamas. L'été dernier, la chaîne avait déjà été critiquée pour avoir diffusé sans interruption un concert où un duo de rappeurs scandait "Mort aux IDF !" (les forces de défense israéliennes, ndlr).
Pour Tim Davie, surnommé "Teflon Tim" pour sa capacité à traverser les crises, cette fois, la pression était devenue insoutenable. L'ancien dirigeant de BBC Studios, a préféré se retirer "pour permettre à un nouveau directeur général de contribuer à l'élaboration de la prochaine charte royale" de la BBC, dont le renouvellement est prévu en 2027. "Je suis BBC de bout en bout, mais il est temps de créer les conditions pour que l'institution avance", a-t-il déclaré.
Sa démission intervient à un moment stratégique : le gouvernement britannique doit prochainement rouvrir le débat sur la charte qui définit les missions et le financement du service public. Le successeur de Davie, le 18e en 103 ans d'histoire, sera désigné par le conseil d'administration de la BBC. Parmi les noms évoqués figurent Charlotte Moore, ancienne directrice des contenus, Jay Hunt, cadre chevronnée de la télévision britannique, ou encore James Harding, ex-directeur de l'information.

player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2