Ce vendredi 25 juillet, au lendemain de l'annonce par Emmanuel Macron de la reconnaissance prochaine de l'État palestinien lors d'une allocution à l'ONU, Olivier Rafowicz, porte-parole de l'armée israélienne, était l'invité de l'émission "BFM Story" aux alentours de 18h15. Avant même de répondre à la question posée, il s'est lancé dans une intervention de plus de six minutes, au cours de laquelle il a nié l'existence de la famine à Gaza et accusé de nombreux médias, ONG et agences onusiennes de manipulations délibérées.
"Il n'y a pas de famine à Gaza", a-t-il affirmé d'emblée, dénonçant une "campagne mensongère" orchestrée par "l'organisation terroriste du Hamas". Une déclaration qui va à l'encontre des constats établis par de nombreuses ONG, agences de l'ONU et journalistes présents dans la bande de Gaza. En mars dernier, Israël a instauré un blocus total de la bande de Gaza, partiellement assoupli fin mai. Cette décision a entraîné de graves pénuries, poussant l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à alerter sur des "niveaux alarmants" de malnutrition, notamment infantile. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a également souligné l'urgence de la situation, précisant que "90.000 femmes et enfants ont besoin d'un traitement urgent".
Face à la pression internationale croissante et à la publication d'images de famine, Israël a autorisé l'entrée de convois humanitaires ces derniers jours. Dimanche, plusieurs camions ont franchi la frontière, accompagnés de largages aériens réalisés par la Jordanie, les Émirats arabes unis et l'armée israélienne. Des images montrant des Gazaouis affamés s'arrachant des sacs de farine ont été largement relayées par les médias.
Malgré ces éléments, Olivier Rafowicz a accusé les agences onusiennes d'avoir délibérément bloqué la distribution de l'aide pour nuire à l'image d'Israël. Il a également mis en cause les journalistes sur place, évoquant de supposés détournements d'images : "Des grands journaux en France en font des titres avec des photos malheureusement invérifiées et invérifiables d'enfants qui sont peut-être effectivement des Palestiniens, mais peut-être des enfants yéménites." Une allusion directe à la Une choc du quotidien "Libération", publiée jeudi, titrée "Gaza, la faim", avec une photo d'un enfant en état de malnutrition.
Sur les réseaux sociaux, des soutiens de l'État hébreu ont tenté de décrédibiliser l'image, affirmant à tort qu'elle provenait du Yémen en 2016. "CheckNews", le service de vérification de "Libération", a rapidement rétabli la vérité : "Ce cliché montre, de dos, un petit garçon âgé de 2 ans. Il s'appelle Yazan et a été photographié le mercredi 23 juillet dans le camp de réfugiés de Al-Shati, à Gaza, par Omar Al-Qattaa, pour l'AFP."
Olivier Rafowicz est allé plus loin, s'en prenant frontalement à la presse : "Des agences de presse extrêmement sérieuses, européennes et certaines françaises, font le relais de la propagande du Hamas", a-t-il déclaré, avant d'accuser certains journalistes de publier "des textes et photos bidons, du pipeau total". Il a précisé avoir "les noms" de ces journalistes, sous-entendant une surveillance ou un fichage. Ce passage à l'antenne, d'abord partagé sur X, a depuis été supprimé des réseaux sociaux. L'extrait avait également été mis sur le site de la chaîne, et a depuis été supprimé. Puremédias vous propose de découvrir un extrait dans la vidéo ci-dessus.
Face à ces déclarations, la Société des journalistes (SDJ) de BFMTV a réagi dès le lendemain par un communiqué. Elle y affirme : "Ce vendredi après-midi, sur BFM TV, Olivier Rafowicz, le porte-parole de l'armée israélienne a expliqué qu'il 'Il n'y a pas de famine à Gaza', contredisant tous les éléments factuels et documentés par les ONG et nos confrères journalistes sur place, qui sont eux-mêmes en proie à cette famine, comme l'ont rappelé nos journalistes à l'antenne."
"Il a également tenu des propos menaçants envers nos confrères journalistes palestiniens", dénonce le communiqué. "La SDJ de BFMTV tient à rappeler que ces propos n'engagent pas la rédaction. (...) Israël interdit toujours l'accès aux médias étrangers. Depuis le début de la guerre, plus de 200 journalistes palestiniens ont été tués à Gaza", conclut le texte.

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