La grogne gronde dans la rue, mais aussi dans les couloirs de BFMTV. Syndicats et désormais employés à la technique de la chaîne d'info se sont plaints dans un courrier envoyé à la direction de "la lente dérive idéologique des opinions exposées" sur les antennes du groupe. "Nous dénonçons l'installation et la banalisation progressive des idées d'extrême droite par la voix d'invités multi-condamnés, de chroniqueurs ou d'éditorialistes politiques aux propos réactionnaires et racistes rarement encadrés ou contredits", dénoncent les signataires de cette lettre, perturbés dans leurs missions professionnelles par l'hostilité de leurs détracteurs. Ils ont donc appelé à un "rééquilibrage éditorial" et espéraient être "entendus et compris" par l'état-major de CMA Media.
Dans un communiqué interne révélé par nos confrères du "Parisien", Jean-Philippe Baille, patron de l'information de BFMTV et plus généralement du groupe CMA Media, a répondu à leurs revendications. "Je conteste fermement les accusations insinuant que nos chaînes banaliseraient le racisme", souligne-t-il, mentionnant que l'Arcom, gendarme de l'audiovisuel, n'a reçu aucun signalement concernant des dérapages en plateau. "Nous sommes fiers de notre travail sur le terrain et sur nos antennes qui conforte notre ligne éditoriale et respecte les valeurs qui la fondent. Aucune pression, aucune intimidation ne nous en fera dévier. Il n'est pas question d'en changer", rappelle le dirigeant.
Ces critiques se sont intensifiées depuis l'arrivée dans le groupe de Sonia Mabrouk, ex-figure de CNews, accusée d'importer la ligne de son ancien employeur dans son émission "100% Mabrouk". Sa direction continue de lui apporter tout son soutien, malgré les dissensions en interne, encore soulignées par le grand reporter Igor Sahiri dans "Quotidien", la veille. "La campagne de déstabilisation que subit Sonia Mabrouk est inacceptable. Tout journaliste doit être jugé sur sur son seul travail et sur la rigueur de ses interviews. Elle conduit ses émissions avec nuance, professionnalisme et indépendance", martèle Jean-Philippe Baille.
Pour autant, le DG dit avoir entendu les interrogations des salariés et a déjà acté des décisions pour "prolonger l'exigence de rigueur et de transparence" ancrée dans le groupe. Il énumère "la saisine de notre comité d'éthique" pour trancher sur les éléments reprochés, "la publication mensuelle d'un baromètre de pluralisme de nos antennes", "la création d'une cellule invités à BFMTV" afin de renforcer cohérence de la programmation ou encore "une riposte systématique et rapide aux fausses informations visant nos antennes". Avec ces mesures, il espère ainsi apaiser le dialogue avec les équipes, tout en ne reniant pas l'ADN de BFMTV. "Ces décisions ne constituent ni un changement de ligne éditoriale, ni une reconnaissance des accusations portées contre nos antennes mais témoignent de la volonté de défendre nos chaînes, injustement mises en causes", défend Jean-Philippe Baille.