"Le racisme tue, arrêtons de banaliser l'idéologie d'extrême droite sur notre antenne." Le message est sans équivoque. Dans un communiqué commun publié dimanche 25 octobre, le Syndicat national des journalistes (SNJ) et la CGT de RMC-BFM mettent directement en cause le traitement éditorial des manifestations et des violences qui ont secoué la France ces derniers jours, au lendemain de l'attentat terroriste raciste survenu à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines.
Vendredi 23 octobre, un homme de 39 ans a ouvert le feu sur plusieurs personnes, faisant un mort et cinq blessés. Le parquet national antiterroriste a ouvert une enquête, notamment pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec une circonstance aggravante liée au caractère raciste des faits. Selon les premiers éléments de l'enquête, le suspect aurait notamment voulu venger les pillages du 17 octobre et ciblé ses victimes en fonction de leur couleur de peau.
"Cette tragédie confirme malheureusement ce que nous dénonçons depuis des mois : le racisme décomplexé, qui a désormais place nette sur notre antenne, a des conséquences directes et irrémédiables sur notre société", écrivent les deux organisations syndicales. "Cette semaine encore, les déclarations nauséabondes et les fausses informations se sont enchaînées, sans que la direction ne trouve à redire, et sans réaction de la part des présentateurs en plateau", dénoncent les syndicats dans leur communiqué. Les syndicats pointent ainsi plusieurs interventions diffusées sur la chaîne d'information.
Ils citent notamment les propos tenus le 17 octobre par Dominique Rizet au sujet des auteurs des dégradations : "Ce sont des gamins des cités qui ont tout cassé", avait déclaré le consultant police-justice, avant d'ajouter : "S'ils veulent une fille, ils la prennent. C'est un mode de fonctionnement." Le lendemain, Éric Ciotti et Éric Zemmour étaient successivement invités chez Sonia Mabrouk, évoquant respectivement une "intifada française" et une "racaille arabo-musulmane". Les syndicats dénoncent également la présence à l'antenne, le 23 octobre, de Bruno Pomart, précédemment écarté par LCI après des propos jugés racistes, ainsi que les interventions d'Hervé Morin et de Jacques Poinas.
"Comment ne pas faire le lien entre ces agressions et les propos tenus à l'antenne, donnant à la chaîne une image raciste et l'associant aux pires médias d'extrême droite ?", interrogent les syndicats, qui déplorent des déclarations et des informations qu'ils jugent problématiques, diffusées "sans que la direction ne trouve à redire, et sans réaction de la part des présentateurs en plateau".
Le communiqué apporte parallèlement son soutien aux équipes de terrain. Selon les syndicats, quatre équipes de tournage de BFMTV ont été victimes de violences physiques et verbales lors des manifestations des 23 et 24 octobre à Paris et à Marseille. "Combien faudra-t-il d'attentats pour que les médias se rendent compte du rôle qu'ils ont à jouer dans cette dérive ?", demandent les signataires, appelant à garantir le débat démocratique sans considérer le racisme comme "une opinion parmi d'autres".
La direction de BFMTV a, de son côté, publié un communiqué dimanche pour dénoncer les "accusations sans fondement proférées depuis 48 heures contre son antenne et ses journalistes", évoquant une "campagne de dénigrement publique notamment autour de Sonia Mabrouk". La chaîne réaffirme son soutien à l'ensemble de sa rédaction et assure qu'elle n'acceptera pas d'être "la cible de pressions, ni d'être instrumentalisée à des fins politiques ou de déstabilisation". Elle défend également sa volonté de faire vivre le pluralisme et de permettre à tous les courants politiques de s'exprimer.
Ce lundi matin, Apolline de Malherbe a également tenu à soutenir les reporters du groupe, confrontés à des tensions sur le terrain. "Ces reporters, ils sont partout sur le terrain et parfois ce week-end dans un climat extrêmement tendu", a-t-elle rappelé sur RMC, dénonçant des injures "inadmissibles" et défendant la nécessité de "continuer à donner la parole à tout le monde et d'aller partout".
Depuis vendredi, plusieurs personnalités politiques ont elles aussi mis en cause la responsabilité des médias. Invité sur BFMTV au lendemain de la fusillade, le maire de Trappes, Ali Rabeh, avait directement interpellé la chaîne : "C'est aussi sur ces plateaux que se fabrique le discours idéologique qui permet à des personnes comme ce monsieur d'organiser, de planifier des attentats, en considérant qu'il doit faire la guerre contre un ennemi de l'intérieur", avait-il dénoncé. Samedi, Jean-Luc Mélenchon s'en était directement pris à un reporter de BFMTV lors d'une manifestation parisienne, demandant à la chaîne de se calmer sur les "remarques racistes de toutes sortes".
Ce lundi, sur BFMTV, le député insoumis Louis Boyard a également estimé qu'il existait une "responsabilité médiatique" dans la diffusion de propos racistes, reprochant notamment à Sonia Mabrouk de ne pas avoir suffisamment contredit Éric Zemmour. De son côté, Marine Tondelier a déclaré sur France 2 qu'il existait un "continuum entre les mots horribles tenus sur les plateaux télé et les actes de certains déséquilibrés sur le terrain".
Dans ce climat, BFMTV avait décidé samedi de déprogrammer une interview d'Éric Zemmour initialement prévue à 21 heures. Un cadre de la chaîne avait précisé à Puremédias que cet entretien avait été organisé avant l'attaque de Trappes et annulé dans la matinée. Cette décision intervenait après le lancement d'une pétition dénonçant la présence du polémiste d'extrême droite à une heure de grande écoute au lendemain d'un attentat raciste.
