Les tensions entre manifestants et médias se sont intensifiées sur le terrain comme en plateau. Les reporters des chaînes d'info sont désormais régulièrement pris pour cible par des manifestants, et sont désormais contraints de masquer le logo de leur micro afin de ne pas être intimidés par ceux qui dénoncent leur couverture des événements jugée "raciste". Mais, même à l'intérieur du groupe BFMTV, des salariés de la technique se disent mécontents et regrettent "la lente dérive idéologique des opinions exposées" à travers l'écran. "Nous dénonçons l'installation et la banalisation progressive des idées d'extrême droite par la voix d'invités multi-condamnés, de chroniqueurs ou d'éditorialistes politiques aux propos réactionnaires et racistes rarement encadrés ou contredits", se plaignent les signataires d'un courrier envoyé à l'adresse de la direction.
Ces critiques sur la ligne éditoriale de la chaîne ont redoublé depuis la rentrée de septembre et l'arrivée sur l'antenne du canal 13 de Sonia Mabrouk, ex-figure de CNews. Jusqu'ici, la recrue du mercato a toujours été soutenue par ses dirigeants, malgré les accusations de complaisance avec l'extrême droits émanant des syndicats.
Ce lundi 3 novembre, Igor Sahiri, grand reporter à BFMTV, a témoigné sur le plateau de "Quotidien" des conditions de travail devenues difficiles pour ses collègues, mais s'est également prononcé sur l'étiquette "raciste" du média qui l'emploie. "Il y a une perception qui peut laisser entendre que l'on déroule le tapis rouge à l'extrême droite", analyse le journaliste, qui associe cette idée à la programmation en plateau, notamment sur celui de "100% Mabrouk". "Il est vrai que Sonia Mabrouk cristallise effectivement la haine à l'extérieur", avoue-t-il, précisant ressentir cette hostilité sur le terrain. "Il y a des journalistes à la rédaction qui se posent la question de savoir si on a bien fait de faire venir Sonia Mabrouk", explique Igor Sahiri, en contact régulier avec sa consoeur journaliste contestée. "Il se trouve que Sonia Mabrouk a un passé qui est ce qu’il est. Aujourd’hui, elle est chez nous. On l’a encore rencontrée tout à l’heure car il y a eu beaucoup de discussions en ce moment au sein de la rédaction. La direction tente de nous écouter, de comprendre aussi car il y a un malaise, encore une fois".
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Or, la transfuge de CNews est formelle ; selon ses calculs, tous ses plateaux sont équilibrés en terme de pluralité des invités sur ses deux premiers mois d'antenne. Concernant l'appel au "rééquilibrage éditorial" réclamé par les 160 signataires de la lettre interne, Igor Sahiri affirme que le débat est "amplifié" par la perception biaisée des téléspectateurs. "Pour une partie des gens qui ne nous aiment pas, voir ces invités du Rassemblement national qui dérapent parfois en plateau" peut poser problème, selon lui. D'autant qu'il souligne qu'"il y a un travail à effectuer" sur la non-maitrise de l'antenne face à ces débordements en direct. "Ils ne sont sans doute peut-être pas assez repris fortement au moment où ils les disent", reconnaît l'une des figures de la chaîne d'actualité.
Ce matin, Sonia Mabrouk a, une nouvelle fois, réagi à cette polémique en campant sur ses positions. "Procès en racisme partout et pour tous. Ne rien céder aux censeurs en chef qui veulent choisir les invités et les idées sous couvert d’une pluralité hémiplégique", a-t-elle écrit sur X, apportant tout son soutien "aux reporters ciblés de TOUTES les rédactions". Avec une mention particulière pour Régine Delfour, salariée chez CNews.