Le ton monte dans le monde habituellement feutré de l'édition. Jeudi 16 avril, plus de 130 auteurs publiés chez Grasset ont annoncé dans une lettre envoyée à l’Agence France-Presse et au "Monde" quitter la prestigieuse maison d’édition pour dénoncer le limogeage de son PDG, Olivier Nora, annoncé deux jours auparavant. Plusieurs poids lourds de la littérature, Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy ou encore Frédéric Beigbeder, ont signé cette tribune collective pour contester ce licenciement marquant "une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et la liberté de création". Ils remettent ainsi en cause les interférences de Vincent Bolloré dans les affaires de Grasset et affirment, en refus d’être "les otages d’une guerre idéologique", qu'ils ne signeront pas leur prochain ouvrage dans cette collection.
Cette fronde collective a provoqué une séquence forte et non prévue sur le plateau de "C ce soir" sur France 5, mercredi. Alors que Karim Rissouli animait un débat intitulé "Bolloré-Grasset : la bataille culturelle ?", l'écrivain et journaliste, David Dufresne, a effectué un geste fort pour entériner son divorce professionnel avec la maison d'édition qui publie ses ouvrages depuis 2019. L'auteur de "19h59" s'est saisi de son contrat, l'a montré à l'assistance et aux téléspectateurs, avant de le réduire en miettes. "Voilà, vous savez quoi ? Je le déchire. Je le déchire devant vous", a-t-il lancé, joignant les actes à la parole.
L'ancien rédacteur de "Mediapart" a alors expliqué les motivations de sa manoeuvre. "Pourquoi je le déchire ? Parce que c'est furieux ce qu'il se passe. Je ne peux pas accepter qu'un milliardaire d’extrême droite impose sa pensée. Ce serait un milliardaire d'extrême gauche, je ferais la même chose", a-t-il indiqué, précisant qu'il aurait agi de la même manière si l'homme en question appartenait à un autre bord politique. "Le danger, c'est le monopole des idées. On ne peut pas l'accepter", a ajouté David Dufresne.
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Pas vraiment pourfendeur d'Olivier Nora "en tant que patron", même s'il lui reconnait des talents d'éditeur, il a continué à dénigrer l'empire éditorial détenu par Vincent Bolloré depuis son acquisition du groupe Hachette Livre en 2024. "Ce que fait Bolloré, c'est mettre en place des maisons d’édition sans éditeur. C'est ce qu'il est en train de faire. C'est-à-dire du commerce et de l’idéologie. Pas du tout de la littérature, pas du tout des essais. Donc oui, vous le voyez, excusez-moi, je suis en colère", a-t-il fini par conclure cette séquence.
La crise couve donc chez Grasset, où Jean-Christophe Thiery, PDG de Louis Hachette Group et homme de confiance de Vincent Bolloré, devrait succéder à Olivier Nora à la tête de la maison d'édition fondée en 1907.

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