Boualem Sansal va publier son prochain livre chez Grasset.© Alexandre Fay / PixPlanete / Bestimage
Son départ de Gallimard, sa maison historique pendant 27 ans, avait provoqué un séisme dans le monde de l'édition. L'AFP annonçait le 13 mars dernier la signature de Boualem Sansal chez Grasset, filiale du groupe Hachette Livre, contrôlée par Vincent Bolloré. Depuis sa libération d'Algérie en novembre dernier, et la médiatisation qui a suivi, l'écrivain de 81 ans, sorti très marqué par ses mois de captivité, faisait l’objet d’innombrables sollicitations. Il a finalement choisi de rejoindre le premier groupe éditorial français, et a en a expliqué les raisons dans une tribune publiée dans les colonnes du "Monde". "Certains commentaires évoquent un débauchage, une mise sur le marché de mon prochain livre, voire l’intervention de personnalités pour organiser mon transfert. Ces affirmations sont infondées", assure le romancier, tout juste entré à l'Académie Française.
Il coupe ainsi court aux rumeurs concernant l’intervention de Nicolas Sarkozy le poussant dans les bras du groupe Bolloré. Ou encore celle du carnet de chèques du milliardaire breton, prêt à le soudoyer, ou bien la manipulation de proches pendant sa détention. Des scénarios qui, selon lui, "relèvent de la pure fiction".
"La divergence qui explique aujourd’hui mon départ est née pendant ma détention en Algérie. Entre Gallimard et moi s’est interposée cette épreuve", explique l'auteur du récompensé "2084. La fin du monde". Boualem Sansal regrette la stratégie mise en place par son éditeur de toujours pour obtenir sa libération des geôles algériennes, alors qu’il était malade. "Antoine Gallimard a privilégié, pour me défendre, une démarche diplomatique que je comprends et respecte. Mais elle ne correspond pas à la ligne de résistance que j’ai fermement assumée face au régime violent et cruel d’Abdelmadjid Tebboune", écrit l'homme condamné à cinq ans de prison ferme avant d’être gracié par le président de la République algérienne, Abdelmadjid Tebboune.
Malgré sa "reconnaissance sincère" pour Gallimard, il couche sur le papier des mots très durs envers son ancien employeur. "Une maison d’édition n’est pas une institution diplomatique et ne saurait parler à la place de l’écrivain concerné. Pour moi, la question était simple et essentielle. C’est de ma vie qu’il s’agissait. C’était, et cela demeure à moi de conduire souverainement ma propre défense", souligne l'octogénaire. Il évoque aussi un différend "d’ordre privé" sur ses conditions d’accueil après sa libération, pour justifier sa décision de prendre son envol.
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C'est donc désormais aux éditions Grasset qu'il publiera son prochain ouvrage, "un livre de combat", dans lequel il racontera l'épreuve de sa longue captivité. "Il assume clairement la ligne de résistance que j’ai choisie face au pouvoir d’Alger. Publier un tel texte dans une maison qui, durant ma détention, avait privilégié une démarche différente aurait introduit une ambiguïté. J’ai donc estimé plus juste et plus honnête de le publier dans une maison qui partage cette ligne", argue encore l'écrivain qui jure ne jamais avoir rencontré Vincent Bolloré. Seuls ses fidèles lecteurs comptent, à ses yeux, dans son transfert : "Ils n’auraient pas compris que j’adhère à une démarche qui semble chercher des conciliations impossibles avec Alger (...) Nous nous retrouverons pleinement sur ces principes simples : la liberté d’expression et l’exigence de justice ne se négocient pas".

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