Crise ouverte. Après le Syndicat national des journalistes (SNJ) mardi 14 octobre, c'était hier au tour de la CGT de France Télévisions de pointer les "dérives éditoriales qui s’accentuent depuis la rentrée" dans les éditions nationales d'information de France 2. "Le navire amiral du '20 Heures' est en train de couler", tranche-t-elle. "Quand Léa Salamé, après quinze minutes de journal le 13 octobre 2025, commente un off consacré au terrible anniversaire de l’assassinat de Dominique Bernard, elle refait la même erreur que son collègue Julian Bugier quelques heures plus tôt au '13 Heures', en confondant son nom avec celui de Samuel Paty, malheureuse victime lui aussi des islamistes extrémistes (...), c'est grave", insiste le syndicat.
Avant de s'étonner : "La même erreur, deux fois. Malgré toute la cohorte de chefs et directeurs qui relisent la moindre virgule". "C’est encore plus grave, ajoute-t-il, quand une directrice et un rédacteur en chef présents en régie sont informés de l’extérieur de l’erreur, mais décident de ne pas faire de rectificatif en direct à la fin du JT (de "13 Heures", ndlr). Cela peut paraître incroyable, mais c’est la réalité."
Force ouvrière, autre syndicat de France Télévisions, a corroboré dans d'autres termes cette version dans un communiqué. "L’erreur a été signalée en direct à la régie par le présentateur durant le '13 Heures'', est-il indiqué. Toujours d'après FO, la direction aurait "littéralement refusé de faire amende honorable à l’antenne à la fin du '13 Heures'". Selon "Le Parisien", qui a refait le film de la journée du 13 octobre, les équipes de l'édition de la mi-journée de France 2 savaient en effet, dès lundi, qu’elles avaient commis une erreur. Si Julian Bugier avait prévu de la rectifier le lendemain, l'information n’est pas parvenue jusqu’à la rédaction du "20 Heures", qui a donc repris mot pour mot le texte factuellement faux prononcé à l'antenne sept heures plus tôt.
Pour la CGT, "ce dernier incident, tout comme les précédents et les dérives éditoriales qui s’accentuent depuis la rentrée, sont le signe d’un système arrivé à bout de souffle", estime-t-elle avant de pourfendre le bilan de la direction de l'information de France Télévisions – les "désordres éditoriaux" et les "dégâts humains" – "depuis la destruction des éditions nationales de la 3". En septembre 2023, les éditions nationales de France 3 ("Le 12/13" et "Le 19/20") avaient, pour rappel, été supprimées après 37 ans d'existence au profit d'éditions fabriquées depuis les antennes régionales.
Désormais, déplore la CGT, "une clique de cadres journalistes fonctionnant en réseau choisit à la fois les sujets mis à l’antenne, les journalistes chargés de leur fabrication, et la façon de le faire. Directeurs adjoints de la rédaction, rédacteurs en chef et chefs de service ordonnent, font et défont parfois à la virgule (...) Ce ne sont plus les journaux de la rédaction, mais du petit groupe de décideurs éditoriaux. La conséquence est visible à l’antenne : aucune diversité, récurrence de sujets sur des thématiques autour du fait divers, de la consommation et du people, unicité des approches et de la pensée. Et on ne parle pas du ton des commentaires dans les sujets…", critique encore le syndicat.
"Nous ne ferons jamais de l'information ou de la télévision uniquement pour courir après une virgule de PDA", a rétorqué Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des antennes et des programmes de France Télévisions, auprès de Puremédias. "Le service public doit s'intéresser à tous les sujets de la société. Évidemment que c'est à nous de parler de narcotrafic. Évidemment qu'il n'y a pas de sujet tabou pour le service public. J'ai défendu l'arrivée du fait divers dans les programmes de France 2. Les faits divers, ce sont très souvent des faits de société. Mépriser ce qui relève de la vie courante, je pense que c'est une erreur. Notre rôle, c'est de faire rentrer le réel dans la télévision, de faire rentrer la vie quotidienne dans l'information", a-t-il poursuivi dans la même interview.
Jusqu'ici, l'état-major de France Télévisions a réagi en interne via un mail faisant office de recadrage, signé Alexandre Kara. Le directeur de l'information du groupe audiovisuel public a rappelé "toutes les équipes à la plus stricte vigilance" et annoncé travailler à l'amélioration de "la chaîne de contrôle éditoriale des textes de nos éditions". Toutes les voix des syndicats concordent : "cela ne peut suffire", a résumé sur X Serge Cimino (SNJ). La CGT, elle, réclame un rendez-vous à la présidence. "Il est grand temps de changer de direction et d’organisation à l’Information".

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