Un rapport très alarmant. Mandaté le 5 février 2025 "pour risque grave" par le Comité social et économique (CSE) de France Télévisions, le cabinet d'expertise Cedaet a livré – malgré "l'obstruction" à laquelle il dit avoir fait face ces derniers mois dans la collecte des informations – une analyse relative à l'état des salariés du groupe public ce mercredi 22 octobre 2025. 42% d'entre eux y ont répondu. Ces résultats – auxquels Puremédias a eu accès – mettent en lumière des méthodes de management brutales au sein du groupe dirigé par Delphine Ernotte. Celles-ci aboutissent à de la souffrance au travail et à l'essor de nombreux risques psychosociaux, tels que la perte d'autonomie, le manque de reconnaissance et la dégradation des rapports avec la hiérarchie.
Des différences de traitement entre les journalistes ont notamment été relevées, selon la rédaction – France 2 ou France 3 – à laquelle ils appartenaient avant leur fusion entamée en 2015. "On constate une organisation élitiste de la rédaction : seul un petit groupe de journalistes s’occupe des éditions phares", martèle ainsi George Pinol, délégué syndical central du SNJ-CGT de France Télévisions, auprès de "L'Humanité". Cette relégation a conduit à une multiplication des arrêts de travail "à cause des problèmes de santé mentale et physique".
Les auteurs du rapport affirment ainsi que la fusion des rédactions a conduit "à une assimilation des journalistes de France 3 au modèle France 2. Cette imposition d’un modèle, à l’époque, redoutée par une partie des journalistes de France 3, était démentie par la direction qui, aujourd’hui le reconnaît. Ce modèle est plus autoritaire, hiérarchique et élitiste que ce qu’ont pu connaître les journalistes de France 3."
"Comme dans certaines communautés sectaires, on nous fait comprendre qu’il y a les natifs et les adoptés. Les premiers sont les journalistes de France 2 et nous sommes les seconds. On nous a fait rapidement comprendre que nous sommes simplement tolérés. L’adoption passe donc par la soumission", déplore notamment un ancien grand reporter de France 3 dans un témoignage relayé par "Blast". 24 prises de paroles de journalistes reporters d'images et rédacteurs, qui allaient dans le même sens, avaient été publiées par la SDJ de France 3 et interprétés par la sociologue Danièle Linhart, en novembre 2024.
"Pendant un temps, il a été possible aux journalistes réfractaires à ce modèle de se replier sur les éditions de France 3, mais la disparition de ces dernières a soumis l’ensemble du personnel à un même moule hiérarchique", soulignent les auteurs du rapport qui retiennent aussi que "les journalistes issus de France 3 sont globalement défavorisés : en moyenne, leur rémunération est plus basse, ils et elles ont moins accès aux positions d’encadrement, aux éditions les plus prestigieuses, aux magazines, aux sujets les plus longs (qu’on apprécie la durée de confection ou de diffusion), à la possibilité même de signer un sujet en tant qu’auteur principal."
La rédaction d'origine des journalistes n'est cependant pas le seul indicateur discriminant : "Si les anciens journalistes de France 3 sont plus particulièrement victimes de ces disparités, la logique autoritaire et inégalitaire du modèle de gestion de la rédaction nationale, héritée de celle de la rédaction de France 2, n’épargne personne à part quelques stars adoubées par le système : ni les plus âgés dont l’expérience professionnelle est aujourd’hui méprisée, ni les plus jeunes qui doivent gagner leur place au prix d’une surcharge de travail (la suppression des éditions nationales de la Trois n'a pas entraîné une réduction équivalente de la production attendue compte-tenu de la durée plus longue du "20 Heures" de France 2 et de la diminution des effectifs, ndlr), d’une obéissance à des consignes éditoriales indifférentes aux réalités rencontrées sur le terrain", conclut le CSE.
Pour remédier au mal-être ambiant, les auteurs du rapport préconisent à la direction "d'achever la fusion des rédactions sur le plan salarial, en harmonisant les mécanismes de promotion et les rémunérations", à porter une attention particulière au travail "visible" et "invisible". Le rapport recommande enfin de réhabiliter "la dispute professionnelle" dans un "cadre sécurisant et constructif". En effet, "les inégalités de traitement (qui résultent parfois moins de discriminations délibérées que d’une inertie historique), combinées à la pression sur la charge de travail et les ressources mobilisées pour l’effectuer, débouchent sur de fortes tensions interpersonnelles", constatent les auteurs du rapport.
Dans un tract diffusé le 22 octobre, la CGT retenait que "le rapport Cedaet est une nouvelle bombe qui fait définitivement vaciller la forteresse bâtie depuis des années par une bande organisée dans une logique quasi sectaire. Voici venu le temps de la réforme." Pour Serge Cimino, délégué SNJ et élu au CSE, que Puremédias a pu contacter, "cette expertise est le début de la revanche des salariés broyés par un système de violence sociale, managériale et éditoriale. Il faut que la peur change de camp et que la rédaction reprenne ses droits face à un pouvoir confisqué par quelques-uns".

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