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Maxime Saada : "Aujourd'hui, les vrais concurrents de Canal+ sont Amazon et Youtube"
Publié le 18 octobre 2023 à 14:14
Lors du Mipcom à Cannes, Maxime Saada, président du directoire du groupe Canal+, est revenu sur la situation du groupe audiovisuel. Puremédias y était.
Bande-annonce "66-5" (Canal+)

Une âme de survivant. Lors du Mipcom 2023 à Cannes, Maxime Saada, président du directoire du groupe Canal+, s'est vu remettre le "Variety Vanguard Awards", un prix qui récompense "les leaders de l'industrie de la télévision qui ont apporté une contribution significative au secteur mondial du divertissement" selon le célèbre site américain. À cette occasion, le dirigeant français, qui fêtera ses "20 ans chez Canal+ en 2024, "soit la moitié de la vie du groupe qui fêtera ses 40 ans l'année prochaine", s'est confié sur son expérience au sein du groupe privé.

"On a d'abord développé un instinct de survie"

Avant de revenir sur le retour en force de Canal+ ces dernières années, Maxime Saada a martelé que "Canal+ a failli disparaître à de nombreuses reprises" au cours de son existence. "Juste après son lancement en 1984, ce fut un hit puis un gigantesque échec. L'entreprise était au bord de la fermeture. Quand j'ai rejoint Canal+ en 2004, c'était vraiment un moment critique pour nous. Nous perdions beaucoup d'argent en France et nous devions réduire drastiquement les dépenses parce que nous avions perdu 20% de nos abonnés. On a connu des temps très difficiles. On a alors développé un instinct de survie. On se demandait, 'Est-ce que cette compagnie doit exister ? Est-ce qu'il y a un sens à faire perdurer cette entreprise dans cet environnement ?". Quand vous en êtes convaincu, vous développez des instincts de survie. Mes actions ont été guidées par mon obsession de faire survivre cette entreprise", a-t-il déclaré.

Pour relancer Canal+ et "retrouver la croissance", Maxime Saada a alors "baissé les tarifs" des abonnements à la chaîne cryptée et fait "le pari risqué de se développer à l'international". "Encore une fois quand vous êtes en mode survie, vous êtes les meilleurs pour vous surpasser", a-t-il clamé. En 2018, un autre événement va bousculer la vie du groupe audiovisuel : la perte des droits sportifs de la Ligue 1 de football.

"À la base, Canal+ était une compagnie française vraiment dépendante des droits sportifs du football français. Il y a quelques semaines, j'ai annoncé que nous ne participerions pas à l'appel des droits pour la période 2024-2029 (cette prise de parole a eu lieu avant que la LFP n'annonce ce mardi 17 octobre 2023 qu'"aucun des cinq lots" des droits TV de la Ligue 1 pour la période 2024-2029 n'a été attribué aux enchères, ndlr). En 2018, quand nous avons perdu ces droits, des études ont annoncé que la moitié de nos abonnés allaient probablement partir. Mon obsession et l'obsession des équipes de Canal+ a été de mettre fin à ces dépendances. On s'est alors développé sur d'autres disciplines et événements (Formule 1, Moto GP, rugby, Ligue des champions). En même temps, on a signé des accords avec les grands majors et le cinéma français", a-t-il indiqué.

"On doit beaucoup à Netflix"

Au début des années 2010, face à l'émergence des plateformes, Canal+ a dû, une nouvelle fois se réinventer. "Pour être honnête, on doit beaucoup à Netflix, a-t-il d'emblée indiqué. "Ils nous ont ouvert la voie. Ils ont réussi à produire des séries et des films qui voyagent à travers le monde. Avant même leur lancement en France, ils étaient déjà puissants aux États-Unis. Pour vous donner un exemple, à cette époque-là, on avait une série appelée "Le Tunnel" qu'on coproduisait avec Sky Atlantic. Face à l'émergence de Netflix, j'ai décidé de la lancer en 'binge watching' pour ne pas être considéré comme de la veille télé. J'ai donc été à Londres pour convaincre nos partenaires de lancer tous les épisodes d'un coup. On voulait être un acteur innovant du marché aussi".

Avec un parc de 26 millions d'abonnés dans le monde aujourd'hui, dont 9,5 millions en France, Canal+ mise encore et toujours sur les contenus pour faire la différence. "On dépense 3,5 milliards d'euros par an dans nos contenus", a expliqué Maxime Saada. "Aujourd'hui, nous sommes toujours dépendants mais à différentes formes de contenus : le cinéma, le sport, etc... Studio Canal dépense 300 millions d'euros dans les contenus par an. Ce n'est pas assez. L'un des gros mouvements à venir c'est que Studio Canal va devoir grossir et développer son potentiel".

L'avenir du groupe, justement, Maxime Saada l'a évoqué à plusieurs reprises. "Si je regarde le futur, les vrais concurrents de Canal+ aujourd'hui sont Amazon et Youtube parce qu'ils sont gros et efficaces dans ce qu'ils font. Leur autre particularité c'est que leur principal business n'est pas nécessaire le nôtre donc ça représente un danger", a-t-il expliqué affirmant que "tous mes concurrents sont aussi mes partenaires". "Cet écosystème de devoir lutter contre des concurrents tout en finalisant des accords avec eux c'est ce que je préfère (...) Je pense toujours à l'après. Comment on continue à surprendre nos abonnés, comment on garde notre avantage ? Comment on reste pertinent ? Comment on continue à rester dans le coup. On doit toujours penser à la suite. On a signé nos deals sur plusieurs années, on a sécurisé des droits jusqu'à la fin de la décennie, donc ça nous laisse quelques années pour penser à la suite. Nous avons 26 millions d'abonnés dans le monde. Je veux porter ce chiffre à 50, 100 millions d'abonnés mais ça restera toujours moins de la moitié de Netflix. Donc ce n'est pas suffisant. La question désormais c'est 'Comment on reste compétitif sur ce marché ?". L'avenir le dira.

Par Benjamin Rabier | Rédacteur en chef
Addict aux audiences, Benjamin Rabier a choppé le virus de la télévision grâce à la « Star Academy ». Intrigué par l’envers du décor, il a décidé d’en faire son métier. 20 ans plus tard, s’il ne rate (presque) jamais un prime de « The Voice », il peut vibrer devant une compétition sportive, se passionner pour un documentaire ou dévorer une série en un week-end.
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