"Ces méthodes sont contraires à l'éthique professionnelle." Mediapart hausse le ton contre CNews. Dans un communiqué publié vendredi 12 juin, le site d'investigation affirme que plusieurs entretiens réalisés dans le cadre d'un documentaire consacré à Patrick Bruel ont été diffusés sur la chaîne d'information sans le consentement éclairé des personnes interrogées. Intitulé "Patrick Bruel : de séducteur à prédateur ?", ce "grand reportage inédit" a été diffusé ce vendredi soir à 21 heures sur CNews. Parmi les intervenants figure notamment Marine Turchi, journaliste de Mediapart à l'origine des révélations sur les accusations visant le chanteur.
Selon le média fondé par Edwy Plenel, cette interview, enregistrée le 26 mai dans ses locaux, avait été accordée à une équipe se présentant comme travaillant pour RTL Belgique. Or, Mediapart affirme avoir découvert que les images étaient en réalité destinées à un programme diffusé sur CNews.
"Derrière cette équipe de journalistes de RTL Belgique, Mediapart découvre que se trouve en fait la société de production de Guillaume Genton", écrit le site d'investigation. L'ancien chroniqueur de "Touche pas à mon poste !" et producteur est présenté comme un proche du président du Rassemblement national Jordan Bardella. Sa société fournit régulièrement des programmes longs formats à la chaîne du groupe Canal+.
"Mediapart et sa journaliste Marine Turchi dénoncent avec la plus grande virulence l'usage qui est fait de ces propos diffusés à notre insu", poursuit le communiqué. Le journal estime que "cette appropriation" de ses informations et "ce rapt" de sa réputation sont "indignes" et affirme se réserver la possibilité d'engager des poursuites judiciaires.
Mediapart assure ne pas être le seul à dénoncer ces pratiques. Sabine Langaret, qui accuse Patrick Bruel d'agression sexuelle et apparaît également dans le documentaire, affirme avoir refusé une invitation à intervenir sur le plateau de CNews avant de découvrir que l'interview qu'elle avait accordée à RTL Belgique le 31 mai figurait finalement dans le programme. "Je n'ai jamais soupçonné que CNews passerait des images de moi, sinon je m'y serais opposée", assure-t-elle.
Même constat du côté de Myriam Guedj Benayoun, avocate de plusieurs plaignantes. Selon Mediapart, celle-ci affirme avoir accepté de répondre aux questions d'une journaliste présentée comme travaillant pour RTL Belgique. L'avocate explique avoir découvert par la suite que cette même personne utilisait différentes identités auprès de ses interlocuteurs. Elle indique ne jamais avoir été informée de la destination finale de son entretien ni du fait que celui-ci pouvait être intégré à une production destinée à CNews. "Le recueil de témoignages au moyen d'informations incomplètes ou inexactes sur l'identité des intervenants et sur la finalité du projet prive les personnes interrogées de tout consentement libre et éclairé", estime-t-elle, jugeant ces méthodes "particulièrement déloyales".
Jean-Michel Aubry Journet, cofondateur du collectif #MusicToo, affirme lui aussi avoir été contacté dans le cadre d'"un documentaire pour RTL Belgique". "Je ne pourrais pas être plus loin de la ligne éditoriale de CNews et je n'aurais jamais répondu positivement à une demande d'interview de leur part", déclare-t-il.

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