Benjamin Stora n'a pas aimé l'objet de sa présence sur le plateau et l'a fait vivement savoir. Invité des débats internationaux de "Sur le terrain", que vient de quitter le journaliste Michel Mompontet, l'historien spécialiste de l'Algérie pensait être interrogé sur les relations bloquées entre Paris et Alger. Or, l'échange a très vite tourné sur le "Complément d'enquête" diffusé jeudi dernier, à l'issue duquel il avait dénoncé le traitement de l'émission, qui avait préféré donner la parole à des influenceurs plutôt qu'au travail de mémoire. Lorsque Loïc de la Mornais l'a de nouveau emmené sur ce terrain-là, son sang n'a fait qu'un tour. "Si on me vient me parler encore ce soir d'Amir DZ, je dis non, qu'est-ce que je fais ici ?", a-t-il lancé, jetant un froid sur le plateau. "Je vous dis franchement, moi, je m’en vais. Vous avez les essais nucléaires, vous avez les disparus de la Bataille d’Alger. Ça c’est des grosses affaires dont il faudrait parler à la télévision française", a ajouté l'auteur du rapport sur la mémoire franco-algérienne commandé par Emmanuel Macron.
Refusant d'être réduit au rôle de faire-valoir dans un débat qu'il juge indigne de l'ampleur du sujet, Benjamin Stora a répété "ne pas être venu ici pour parler d'un influenceur". "C'est une forme d'humiliation intellectuelle que vous voulez m'infliger", a même appuyé l'expert, hors de lui. Il a reproché à la rédaction de Franceinfo de lui avoir caché la vérité sur les réelles motivations de sa présence. "Ce n'était pas du tout prévu, encore une fois on ne m'a pas téléphoné pour venir parler de ça ce soir, on m'a téléphoné pour venir parler des rapports d'histoire entre la France et l'Algérie, du traumatisme et de la façon dont il faut se réconcilier avec ce pays", a-t-il déploré. Puremédias vous propose de découvrir cette colère froide dans la vidéo en tête d'article.
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Depuis cinquante ans, l'universitaire natif de Constantine travaille sur la colonisation française et la guerre de Libération nationale. Il a été chargé par le président français d’un rapport sur les questions mémorielles entre les deux pays, un dossier lourd de "centaines de milliers de morts et de victimes", a-t-il rappelé, courroucé. Et pourtant, son entretien approfondi avec le journaliste de "Complément d'enquête" a été réduit à quelques secondes sans rapport avec le fond de son analyse, au profit du reportage sur l'enlèvement présumé de l'influenceur Amir DZ en région parisienne en avril 2024. "Amir DZ a été plus important que les crânes (de résistants algériens, retrouvés sous le musée de l'Homme à Paris, ndlr). Amir DZ a fait 20 minutes par rapport aux crânes", s'insurge Benjamin Stora, qualifiant le procédé de "manquement grave à l'éthique journalistique".
"C'est une occasion ratée une fois de plus entre la France et l'Algérie pour que les uns et les autres se comprennent davantage”, regrettait l'historien, qui dit avoir écrit à l'équipe du magazine de France 2 pour lui faire part de sa déception.

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