Elle avait révolutionné Hollywood en devenant la première femme oscarisée de l'histoire dans la catégorie Meilleure Réalisation avec "Démineurs" (2009). Après "Zero Dark Thirty" et un retour tourmenté avec "Detroit" en 2017, Kathryn Bigelow opère un come-back explosif. Son nouveau film, "A House of Dynamite", mis en ligne le 24 octobre sur Netflix, s'est immédiatement imposé numéro 1 dans 72 pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, selon les données de Flixpatrol.
Ovationné pendant plus de dix minutes à la Mostra de Venise en septembre, et encensé par la presse, "A House of Dynamite" imagine une attaque nucléaire imminente contre les États-Unis. À la base militaire de Fort Greely, en Alaska, les radars détectent un missile balistique intercontinental. Destination : Chicago. Délai avant l'impact : 19 minutes. Pas une seconde de plus. Ces 19 minutes deviennent la colonne vertébrale du film, rejouées à travers plusieurs points de vue : la Maison-Blanche, le Pentagone, les forces aériennes, les techniciens d'urgence, les services de renseignement. À mesure que l'alarme se propage dans le pays, la tension grimpe jusqu'à l'insoutenable.
Sur le terrain, un casting de haut vol : Rebecca Ferguson incarne Olivia Walker, commandante du centre de crise à Washington. Idris Elba campe un président fraîchement élu, épaulé — ou mis sous pression — par son secrétaire à la Défense, joué par Jared Harris. Gabriel Basso (révélé par "The Night Agent") et Jonah Hauer-King complètent ce ballet politique et militaire où chaque geste compte. Dans les salles de crise confinées, saturées d'écrans et de signaux d'alerte, le montage nerveux s'accompagne d'un mixage sonore suffocant : claviers frénétiques, radios qui saturent, compte à rebours implacable… La musique anxiogène du compositeur Volker Bertelmann (alias Hauschka) parachève l'expérience sensorielle.
Katerine Bigelow a imaginé "A House of Dynamite" comme le troisième volet d'un triptyque entamé avec "Démineurs" et "Zero Dark Thirty". "Ce qui relie ces films, c'est mon intérêt pour les questions de sécurité nationale", explique-t-elle au "Monde". "Nous vivons dans un monde très instable, et cela me fascine." Et si la situation sous haute tension peut sembler irréaliste, elle l'assure : "Le film extrapole une situation crédible : le missile de défense échoue, la chaîne d'information est fragmentée, le président lui-même n'a qu'une connaissance partielle des faits". Avec le scénariste Noah Oppenheim, elle s'est documentée auprès de hauts responsables du Pentagone. L'un d'entre eux leur a confié "que ce type de protocole n'était presque jamais répété. Ils ont trop d'autres urgences. C'est en soi très inquiétant."
Après avoir questionné la guerre en Irak ou le contre-terrorisme américain, Kathryn Bigelow scrute cette fois le chaos qui pourrait naître d'un simple dysfonctionnement : une mauvaise information, un protocole bancal, un doute au sommet de l'État. Ce mélange d'action, de rigueur documentaire et d'émotion brute constitue peut-être la signature la plus puissante du son style : "Le cinéma, à mes yeux, est une forme de journalisme : c'est un voyage d'information. Il peut divertir, bien sûr, mais il est d'autant plus intéressant quand il transmet quelque chose."

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