Le chantier est lancé ! Delphine Ernotte avait promis de faire de la plateforme france.tv et des réseaux sociaux le centre de l’activité du groupe, lors de son renouvellement pour un troisième mandat. Dans le cadre de cette bascule, la présidente du groupe audiovisuel public a déjà adopté une toute nouvelle organisation en nommant des hommes et femmes de confiance aux postes clés. Stéphane Sitbon-Gomez, jusqu’à présent directeur des antennes et des programmes devient directeur général adjoint, en charge des offres et de la stratégie éditoriale. Antonio Grigolini a, lui, été nommé directeur des savoirs sous la tutelle de Sydney Poggi. Pour "Satellifacts Magazine", il a dévoilé les contours et objectifs de sa mission, et plus globalement de cette transformation vers le "streaming first".
Celui dont le périmètre se limitait jusqu'alors au documentaire résume cette révolution par une formule "simple mais très ambitieuse" : "passionner les Français pour la compréhension du monde". Et pour lui, cette réflexion passe par une logique de temps. "Du temps de récit, du temps d'enquête, du temps de réflexion, du temps du débat", énumère-t-il. Face à la concurrence des plateformes vidéo, Antonio Grigolini compte bien se distinguer et multiplier les formats divers. "Nous allons sortir d'une logique mécanique où chaque case correspondrait à un format et à un budget prédéterminés", explique le directeur des savoirs, plaidant la qualité d'écriture et la "singularité du regard porté sur le sujet" pour émerger de la masse de contenus.
Plusieurs projets ont d'ores et déjà été lancés, notamment une mini-série sur le champion des bassins Léon Marchand, et atterriront dans un premier temps sur france.tv. C'est tout l'intérêt du virage "streaming first" voulu par Delphine Ernotte. "Historiquement, beaucoup de décisions étaient pensées à partir des cases de diffusion. Les producteurs savaient qu'un prime time de France 2 ne répondait pas aux mêmes logiques qu'un documentaire destiné à France 5. Nous allons raisonner autrement", explique le salarié de France Télévisions.
La plateforme numérique sera ainsi le point de départ de la commande des projets, bien avant leur diffusion sur la télévision linéaire. "Nous allons commander nos films et séries d'abord pour france.tv. C'est le changement le plus structurant", révèle-t-il. Avant de développer : "Cette évolution répond à une réalité très simple : les usages ont changé. Chaque soir, moins de personnes regardent la télévision linéaire à 21h. Ces publics n'ont pas disparu mais regardent simplement les contenus autrement".
Dans un communiqué publié le 23 avril 2026, le groupe public avait annoncé un partenariat stratégique avec Youtube, dont le but premier est "d'élargir l'accès aux contenus du service public et lutter contre la désinformation". Mais sans le copier, comme l'a confirmé Antonio Grigolini dans cet entretien. "Nous ne cherchons pas à reproduire le modèle des plateformes privées. Lorsqu'une ambition éditoriale est partagée, des collaborations sont possibles. Mais, elles doivent rester cohérentes avec notre mission de service public", a-t-il martelé.

player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2
player2