Le chantier s’annonce colossal. Fragilisée par des mois de polémiques autour du financement et de la neutralité de l’audiovisuel public, la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte préparerait une profonde réorganisation du groupe. Selon les informations de "L'Opinion", relayées par "Le Monde", trois scénarios de réforme ont été présentés mardi 26 mai lors d’un séminaire à huis clos réunissant le conseil d’administration et le comité exécutif de France Télévisions.
Ces hypothèses de travail, transmises dans un contexte particulièrement tendu, interviennent alors que la nouvelle ministre de la Culture Catherine Pégard doit dévoiler dans les prochaines semaines les nouveaux contrats d’objectifs et de moyens (COM) des groupes audiovisuels publics pour la période 2026-2030.
Premier scénario évoqué : une refonte radicale des chaînes du groupe. France 2 et France 5 pourraient ainsi fusionner afin de créer une grande chaîne généraliste unique. France 4 et la plateforme numérique France TV Slash seraient quant à elles supprimées. Le projet prévoit également une réduction drastique des émissions de sport, des jeux et des divertissements afin de recentrer davantage le groupe sur des contenus jugés prioritaires. Selon les estimations présentées en interne, ces mesures permettraient de réaliser 170 millions d’euros d’économies immédiates et jusqu’à 280 millions d’euros d’ici 2030.
Un deuxième scénario miserait davantage sur une mutualisation avec Radio France. L'idée serait de créer une plateforme commune aux deux groupes publics sans bouleverser immédiatement les programmes. Mais derrière cette coopération se cacherait aussi un important plan d’économies passant notamment par une automatisation accrue de certaines tâches et une réduction de la masse salariale. Un projet qui rappelle les ambitions de fusion de l’audiovisuel public déjà portées par Rachida Dati ces derniers mois.
Enfin, troisième option : recentrer France Télévisions presque exclusivement sur l’information. Dans cette hypothèse, France 3 et Franceinfo pourraient être fusionnées afin de renforcer un grand pôle info du service public, tandis que les divertissements et la fiction seraient fortement réduits. Ce scénario permettrait selon les projections environ 230 millions d’euros d’économies.
En interne, les inquiétudes sont immenses. "Aucun des trois scenarii, angoissants et déprimants, n’est acceptable du point de vue social" a notamment réagi Jean-Hervé Guilcher, secrétaire du comité social et économique central de France Télévisions (CGT), auprès du "Monde".
Ces propositions interviennent dans le sillage du rapport explosif rendu début mai par le député UDR Charles Alloncle à la suite de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public. Après six mois d’auditions particulièrement tendues, le parlementaire a formulé 70 recommandations visant à réaliser près d’un milliard d’euros d’économies. Parmi ses propositions figuraient déjà plusieurs mesures radicales : fusion de France 2 et France 5, suppression de France 4, réduction massive des budgets du sport et des jeux télévisés ou encore instauration d’un devoir de neutralité renforcé pour les salariés de l’audiovisuel public.
Delphine Ernotte avait vivement dénoncé un rapport "à charge" composé selon elle "d’insinuations, d’approximations et de contre-vérités". La présidente de France Télévisions avait également alerté sur "un affaiblissement historique" du service public et "le plus grand plan social de l’histoire culturelle française".

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